"L'énergiewende", épouvantail ou modèle ?

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La fin du nucléaire allemand signifie recours accru aux centrales thermiques et augmentation des émissions de CO2... / Reuters
La fin du nucléaire allemand signifie recours accru aux centrales thermiques et augmentation des émissions de CO2... / Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le « tournant énergétique » que l'Allemagne a entamé il y a quelques années a représenté une transition radicale qui plane aujourd'hui sur le débat français. Malgré des situations différentes, les deux pays font face à des défis semblables.

Proximité géographique et interconnexion des réseaux obligent, les politiques énergétiques adoptées en Allemagne ne sont pas neutres pour la France. Mais si les regards français sont rivés sur nos voisins, c'est d'abord parce qu'ils ont déjà entamé leur Energiewende, un virage radical devant aboutir d'ici à 2022 à une sortie définitive du nucléaire.
Huit des 17 réacteurs allemands sont déjà à l'arrêt et, en dix ans, le pays a installé 25 gigawatts (GW) d'énergies renouvelables (EnR), qui lui fournissent 23% de son électricité (24% pour le nucléaire) et ont créé près de 400000 emplois. Mais à quel prix? 18 milliards d'euros pour soutenir les EnR en 2012, intégralement répercutés sur les consommateurs. Majoritairement favorables à cette transition, les Allemands, qui paient leur électricité près de deux fois plus cher que les Français, commencent néanmoins à trouver la note salée!
Et ce n'est pas fini. Le gouvernement a récemment évoqué une baisse de ces subventions, alors qu'on estime à 200 milliards d'euros d'ici à 2020 les investissements nécessaires dans les réseaux de transport et de distribution, pour absorber la production intermittente de ces énergies (dont une part est aujourd'hui perdue lors des pics de production) et pour transporter l'électricité depuis les fermes éoliennes du Nord vers les lieux de consommation du Sud. 2000 km supplémentaires doivent être construits, mais seulement 200 km sont sortis de terre depuis 2009. En plus des coûts, les opérateurs affrontent l'hostilité des riverains face aux lignes à haute tension!

750 coopératives, 800 régies locales

Enfin, le recours prévu à environ 42 GW de nouvelles centrales thermiques (sachant que le charbon est plus rentable que le gaz) pour assurer la transition vers la fin du nucléaire menace l'engagement de réduire de 40% les émissions de CO2 entre 1990 et 2020.Malgré tout, certaines initiatives allemandes pourraient filtrer dans la transition énergétique française. « Malgré la différence de prix, grâce à des équipements plus performants et à des comportements plus sobres, la facture des ménages allemands ne dépasse pas celle des Français », note Andreas Rudinger, chercheur à l'Iddri. Or l'implication des Allemands est très liée à la décentralisation de l'énergie : 750 coopératives de production, 800 régies locales de distribution, des capacités d'énergies renouvelables détenues à 40% par des particuliers contre 7% pour les quatre principaux énergéticiens... « Si la décentralisation est un enjeu du débat en France, il faut s'en donner les moyens, observe Andreas Rudinger. Par exemple en revenant sur l'interdiction des régies municipales qui date de 1946... »Parmi les défis semblables des deux côtés du Rhin, la rénovation thermique des bâtiments. Si l'Allemagne ne consacre que 1,5 milliard d'euros par an à l'efficacité énergétique, le mode de financement de la rénovation, dans lequel la banque publique KfW joue un rôle central, inspire les experts français qui planchent sur le sujet.

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a écrit le 28/03/2013 à 15:04 :
Dire que les Allemands paient 2 fois plus cher leur électricité (ce qui est vrai pour le tarif) c'est faire croire au lecteur que les Allemands sont étranglés par des factures 2 fois plus élevées que celles des Français et ça c'est faux. En Allemagne la consommation d'électrcité baisse de 2% par an depuis 4 ans. Elle était identique à la notre en 1999, elle est désormais 30% inférieure. Autre petite impasse de l'article: ne pas indiquer la dynamique des évolutions de la part des ENR et émission de CO2 entre la France et l'Allemagne. Evidement comme les chiffres sont favorables à l'Allemagne ça ne compte pas...
Réponse de le 31/03/2013 à 20:20 :
La seconde partie de l'article le disait. Cela dit avec chaque kWh au moins 2 fois plus cher qu'en France (avec l'augmentation de l'eeg, on est chez beaucoup de fournisseur pas loin de 30c contre 12 en France), les Allemands ne contiennent leurs facture que en faisant beaucoup d'efforts. Ainsi qu'en utilisant massivement un chauffage fossile, leurs pointes de conso gaz valent bien nos pointes électriques. Et libère plus de CO2, le CO2 de l'électricité françaises diminuant régulièrement grâce à la fermeture de nos centrale charbon et l'augmentation progressive des EnR.

La dynamique du CO2 en Allemagne, pour le secteur électrique et malgré de très gros dépenses, une énorme augmentation du PV et sensible de l'éolien, elle est à l'arrêt depuis 2011 à cause de l'arrêt du nucléaire. C'est dans les autres secteurs que les Allemands obtiennent des résultats pour moins cher qu'on pourrait copier.
Réponse de le 02/04/2013 à 14:36 :
dire que "la dynamique du CO2 en Allemagne est en arret depuis 2011" c'est un mensonge, colporté aussi par D. Batho dans une interview récente: http://blogs.mediapart.fr/blog/jpm2/190313/lallemagne-reduit-ses-rejets-de-co2-tout-en-fermant-son-parc-nucleaire
Et comme en 2013 l'Allemagne va approcher les 30% d'enr dans son mix électrique, les pro nuc Français vont devoir inventer de nouvelles fables..
Réponse de le 05/04/2013 à 19:39 :
J'ai parlé des émissions de CO2 *du secteur électrique*. Le site que vous référencez montre que *malgré* sur l'électricité le coup d'arrêt en 2011 et l'augmentation sensible en 2012, *grâce* aux autres secteurs, les émission globale sont restées stables.
Merci l'industrie, merci le transport, le chauffage, l'agriculture, tandis que l'électrique et ses GW d'éolien et de PV ne fait rien lui, et même marche dans le mauvais sens.
De plus l'auteur porte pour quantité absolument négligeable le choix de remplacer le gaz par le lignite, qui est l'autre scandale de la situation en Allemagne, qui montre qu'en fin de compte les Allemands s'en foutent du CO2, puisqu?économiser un peu de fric sur le gaz vaut bien pour eux d'augmenter fortement les émission charbon, et donc aussi la pollution atmosphérique et les morts qu'elle provoque (environ 8000 morts par an, soit 2 Tchernobyls par année).
Pour l'électricité, on est donc passé (chiffres BRD stromerzeugung) de 349.7 TWh de fossile en 2010, à 347 en 2012 (2009 était plus bas, mais à cause de la crise), mais de 262.9TWh de charbon et lignite à 277 TWh pour 2012, donc des émission de CO2 très sensiblement augmentées au final.
Il faut quand même noter que pendant les 3 dernière années, en volume le PV ajouté a été exceptionnel, 21 GW au total, et le rythme de progression ralentit nettement aujourd'hui.

Enfin pour le nucléaire à 66g, déjà inutile de dire à quel point c'est mieux que le lignite à 1000g, mais en fait même l'étude qui arrive à cette conclusion s'appuie sur l'hypothèse d'une électricité très carbonée pour obtenir cette valeur (à cause de l'enrichissement). C'est faux en France, et c'est pourquoi en utilisant les valeurs française l'Oeko-Institut allemand trouvait 8g en 2007 Cf http://www.oeko.de/oekodoc/318/2007-008-de.pdf
Par ailleurs quand on fait cette hypothèse d'électricité très carbonée, les panneaux solaires eux passent largement au-dessus de 32g, et l'immense majorité sont maintenant produits en Chine aujourd'hui, avec des centrales au charbon.

30% d'EnR en 2013, aucun espoir, les 22,1% atteint en 2012, c'est avec seulement 7,4% d'éolien et 4,5% de PV, or la biomasse et l'incinération qui ont contribué pour 6,6% n'augmenteront pas beaucoup, ni même d'ailleurs l'éolien en dehors des variations aléatoires annuelles du facteur de charge. Comme le gaz en Allemagne est presque totalement à l'arrêt, et que les centrales charbon ont décidé d'exporter massivement, il n'y aura aucun progrès. Mais je suis sûr que les thuriféraire de l'Allemagne trouveront moyen d'affirmer que c'est génial d'avoir exporté en 2013 des quantités massive, plus que la France, d'électricité à 500g/KWh contre environ 50 en France.
a écrit le 28/03/2013 à 14:49 :
Aux dernières nouvelles l'Allemagne fermera plus tôt que prévu des centrales charbon et gaz pour causse de "trop grand développement des enr". Y'a vraiment que dans une Atom'Cratie qu'on peut qualifier cette situation d'Epouventail. Pour les autres pays y'a pas photo: tout le monde s'inspire de l'Allemagne
Réponse de le 05/04/2013 à 21:56 :
Non, ce sont des centrales gaz y compris flambant neuve fabriqué pour 400 millions d'? comme Irsching 5, qui sont fermées en faveur des centrales lignites modernisées qui viennent d'ouvrir. Le bilan carbone de substituer l'un à l'autre est très défavorable, et efface presque 100% des progrès dus au solaire&éolien, ce qui à 62GW d'éolien et de solaire, autant que tout notre parc nucléaire est quand même un résultat impressionnant d'incohérence. La rigueur allemande semble très extrêmement loin.

Les Américains se gaussent et soulignent que le gaz de schiste en remplacement de leur propre centrale charbon leur a permis ces dernière années de faire mieux que l'Allemagne en réduction de carbone, pour une fraction du prix. Alors on peut se demander si le schiste c'est si bien que cela, surtout que le bilan officiel oublie les très fortes fuites à l'extraction, mais quand même. Les Anglais du coup, se décident bon grès mal grès à commander une centrale nucléaire à Areva, même en payant le prix fort, et envisagent d'en faire d'autre mais avec Mitsubishi pour faire baisser le prix.
Aussi chers que soient Flamanville et Hinkley C, cela le reste assez sensiblement en dessous du prix de l'éolien offshore
Réponse de le 06/04/2013 à 13:06 :
mais l EPR (100 à 130 E/MWh) est au dessus du solaire PV > 100 kW (81.8? /MWh) et nettement au dessus de l éolien terrestre (65 ? /MWh), ou l éolien couplé à une step (env 84 ? /MWh). Le prix du nucléaire n arrête pas d augmenter et ceux des ENR n arretent pas de baisser, et le problème de l intermittence n en sera plus un d ici quelques années grâce à tous les développements en cours sur le stockage (hydrogène, gaz de synthese, etc...), l effacement et les réseaux
Réponse de le 19/04/2013 à 21:13 :
Ce tarif PV a 81.8E/MWh a été choisi pour qu'il soit trop faible pour recevoir la moindre demande. Pour cette capacité ça passe uniquement par appel d'offre et les tarifs négociés obtenus ne sont pas publiés, les capacité plus petites sont bcp plus chères, le plus bas du plus bas étant à 172?.
La preuve ici les tarifs http://www.photovoltaique.info/Aujourd-hui-arrete-du-4-mars-2011.html#Priodedetransition20122013 et ici les derniers raccordements : http://www.cre.fr/documents/deliberations/communication/valeurs-des-coefficients-s7-et-v7 rien au dessus de 100 kWc.

Quand à l'EPR, même si Flamanville a connu de très gros surcoût pour ce premier réacteur, un tarif aussi élevé s'obtient en supposant que l'argent qu'y investit EDF doit lui rapporter 7 à 8% par an. Mais EDF en fait emprunte de l'argent à travers sa dernière obligation à seulement 4.5%, soit 2,5% déduit de l'inflation.

Depuis 10 ans, le tarif de l'éolien est presque stable (ce qui explique que la subvention n'a pas baissé depuis) la diminution est très faible, vu la quantité d'acier et de béton dans des engins de 100 m de haut, il ne peut pas baisser beaucoup.

Enfin sur le stockage, les pertes de rendement pour l'hydrogène multiplient par 3 le coût au final, pour l'effacement on a considéré comme un exploit récemment d'avoir réussi à effacer 500 MW, moins de 1% de la consommation moyenne. Effacer un peu, de temps en temps, est faisable, mais les 20 à 30% de la consommation du pays qui serait nécessaire face à un trou d'air éolien, qui peut durer plusieurs jours en plus, ceux qui imaginent que ça va marcher n'ont pas de vrai notion du problème.
Réponse de le 19/04/2013 à 21:41 :
C'est sur qu'avec l'escroquerie à l'assurance du nucléaire (une dépense cachée qui se situe entre 400 et 5000 millliards d'euros) notre technocratie radioactive peut toujours donner des leçons d'économie aux Allemands !

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