Utiliser les certificats d'économie d'énergie pour financer l’efficacité énergétique dans l’industrie

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(Crédits : Décideurs en région)
Les mécanismes existants destinés à l’efficacité énergétique et mis à disposition des industriels français sont-ils suffisants ? Le point de vue de Jean-Pierre Riche, Président d’Okavango-Energy, cabinet de conseil en efficacité énergétique.

La transition énergétique donne bien du fil à retordre au gouvernement. Reconnue comme le « chantier majeur du quinquennat » par Jean-Marc Ayrault au cours de la deuxième conférence environnementale, de nombreux doutes persistent sur la manière de mener à bien cette grande ambition. Au cœur de ce vaste débat demeure la problématique des subventions, dans un environnement de disette budgétaire. 

Les industriels boudent les certificats d'Economie d'Energie

Toute une palette d'outils existe d'ores et déjà, à l'instar des prêts garantis par la BPI, des mécanismes d'aides au financement sans compter les accompagnements proposés par l'ADEME, les régions, les Chambres du Commerce et de l'Industrie ou l'Europe. A titre d'exemple, les Certificats d'Economie d'Energie (CEE) constituent un des instruments les plus puissants et pourtant largement méconnu du monde industriel. Créés dans le cadre d'une politique de maîtrise de la demande énergétique en 2005, ce dispositif gouvernemental oblige les fournisseurs d'énergie - les « obligés » - à initier des actions d'efficacité énergétique chez leurs clients. Pour atteindre leurs quotas d'économies réalisés, les « obligés » rémunèrent sous forme de prime l'initiative d'investissement de leurs clients. Ainsi les CEE influencent directement la prise de décision d'un industriel concernant l'investissement, en réduisant de 5 à 40 % le montant net final. Pourtant, cinq années après la mise en place du dispositif, les CEE déposés pour des projets industriels ne représentaient que 6% du total alors que l'industrie pèse pour près de 25% de la consommation énergétique française. Incompréhension du mécanisme, méconnaissance de son fonctionnement, ce dispositif mérite une communication claire et forte.

Simplifier le dispositif

Un effort de simplification puis de communication est aussi attendu à l'égard du mille-feuille des autres dispositifs d'aide. Comment justifier que des budgets alloués à l'efficacité énergétique ne soient aujourd'hui pas distribués, les interlocuteurs impliqués dans la gestion des aides ne trouvant pas d'entreprises pouvant bénéficier de subventions ? Face au maquis des aides, les industriels sont plus ou moins armés pour s'y retrouver. Les PME sont ainsi relativement peu informées de l'existence de solutions leur permettant des réductions significatives d'énergie. Quand elles les connaissent, elles sont confrontées aux démarches administratives pléthoriques et à un manque de transparence concernant les critères d'éligibilité des programmes d'aides. Pour inciter les industriels à agir pour diminuer leurs consommations énergétiques actuelles, l'Etat doit donc simplifier, fusionner et communiquer. Les premières clefs d'appréhension de la transition énergétique se trouvent déjà entre nos mains, une mise en œuvre correcte permettrait d'obtenir des résultats à court terme.

Rendez-vous au printemps 2014

Les fonds supplémentaires qui pourraient être affectés doivent plutôt servir à innover pour atteindre l'objectif fixé de réduire de moitié de la consommation d'énergie en 2050. Cet objectif ambitieux est atteignable si les centres de recherches, les fabricants et les industriels se mobilisent ensemble avec l'appui de quelques fonds publics. Il passe par une remise à plat des modes de production et le développement de nouvelles technologies. Nous avons quarante ans pour atteindre cet objectif. Une éternité pour l'industrie si nous nous y préparons tout de suite. Nul doute alors que, par cet effort, les entreprises gagneront en compétitivité et par le développement de filières innovantes, capables d'exporter leurs concepts et technologies d'optimisation. La France a devant elle quelques mois pour opérer ses propres choix en matière de transition énergétique, l'adoption d'une loi à ce sujet ayant été repoussée au printemps 2014. Profitons de ce laps de temps pour enfin éviter l'empilement des mécanismes d'aides et simplifier l'utilisation de l'argent public en le concentrant sur les vraies priorités.

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Bio express de l'auteur

Jean-Pierre Riche est Président d'Okavango-Energy. Ce cabinet de conseil en efficacité énergétique travaille avec des industriels sur l'optimisation de leurs coûts énergétiques et la réduction de leurs émissions de CO2.

Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 05/11/2013 à 11:58 :
La problème avec les CEE que ce soit au niveau des entreprises ou des particuliers est qu'ils ne sont pas facilement lisibles. Il faut souvent en tant que professionnels faire beaucoup de pédagogie pour expliquer aux clients (surtout les particuliers) qu'ils peuvent bénéficier de cette aide (sans arnaque ou autre contrepartie). Il revient de mon point de vue, à l'état de jouer son rôle et mieux communiquer sur le sujet. Espérons qu'avec l'entrée de la grande distribution dans le secteur, il sera mieux vulgarisé.

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