Efficacité énergétique : ColdInnov produit du froid avec du chaud

Fondée en 2013, la société toulousaine ColdInnov ouvre ce mois-ci son premier atelier de préséries. Interview
(Crédits : D.R)

Plusieurs industriels proposent déjà la récupération de la chaleur perdue pour l'exploiter à proximité, ou même produire de l'énergie. ColdInnov se démarque avec une idée originale : produire du froid à partir de la chaleur émise par toute machine thermique (camion...). Rencontre avec Jean-Louis Juillard, ingénieur, serial entrepreneur, et associé fondateur de ColdInnov.

Cleantech Republic : En quelques mots (simples), quel procédé avez-vous imaginé ?

Jean-Louis Juillard : L'objectif consiste à récupérer de la chaleur fatale - c'est à dire perdue - pour produire du froid. Par exemple, la chaleur du moteur d'un camion pour réfrigérer la cargaison de ce même camion. Techniquement, il s'agit d'une réaction chimique réversible entre un solide (le réactif que nous avons développé) et un gaz (de l'ammoniac : NH3) dans un réacteur breveté de notre conception. Dans un premier temps, l'ammoniac est absorbé par le réactif, provoquant la détente du gaz, et donc du froid jusqu'à ce que le stock de NH3 soit totalement absorbé. On chauffe alors le réactif solide avec la chaleur fatale à 120°C minimum. Cela provoque la restitution (désorption) de l'ammoniac, alors remis en réserve. Et ainsi de suite. Le procédé étant séquentiel, il suffit d'associer plusieurs réacteurs en décalage de phase pour obtenir une production de froid continue.

Ce type de système est peu répandu. Comment avez-vous eu l'idée ?

En 2005, j'ai participé à la création d'une société spécialisée dans la production de froid avec une technologie dite « solaire directe » (à partir de panneaux solaires). Implantée sur le marché africain, elle oeuvrait principalement dans l'agro-alimentaire. C'est là que j'ai rencontré mon associé Lionel Bataille avec qui nous avons rapidement identifié une problématique : comment respecter la chaine du froid ? Autrement dit, comment transférer cette technologie dans des moyens de transports - typiquement des camions - et avec des puissances de plusieurs dizaines de kilowatts ? Nous avons commencé nos travaux de R&D en 2010 et créé ColdInnov fin 2013, une fois nos brevets bien protégés.

Quels marchés visez-vous, et avec quelles priorités ?

Il est vite apparu qu'au-delà du transport routier, d'autres applications et donc d'autres marchés pouvaient être intéressés : climatisation pour le transport de voyageurs, transport maritime frigorifique (ou navires de pêche), climatisation de bureaux dans l'industrie, congélation dans l'industrie agro-alimentaire (ou chez le boulanger-pâtissier !), et même le stockage d'énergie dans l'habitat ou le tertiaire. Pour ce dernier marché, on pourrait imaginer stocker de la glace pendant la période de chauffe pour l'exploiter via la climatisation l'été. Nous visons cependant en priorité le transport routier et l'industrie agro-alimentaire pour lesquels les gisements d'énergie, et donc les économies, sont importants.

Justement, quel retour sur investissement annoncez-vous ?

Prenons l'exemple d'un camion frigorifique de 40 tonnes. Son groupe froid classique consomme 3 litres de gasoil par heure jusqu'à 6000 heures par an. Notre réacteur étant mécaniquement simple, quasiment sans entretien, et sans consommables, il permettra un retour sur investissement inférieur à une année. Dans tous les cas où l'on dispose d'une source de chaleur, il sera mieux placé qu'un compresseur traditionnel. De plus, la modularité du dispositif permet de l'insérer plus facilement dans le véhicule, et même de gagner de l'espace de transport utile.

Il y a bien quelques contraintes...

La principale réside dans une réglementation parfois limitatrice, en France notamment, où le stockage d'ammoniac peut être assorti d'obligations effectivement contraignantes. Mais cela ne concerne que les fortes puissances, au-delà de 40 kW environ.

A quel stade de développement en êtes-vous ?

Nous disposons de plusieurs prototypes fonctionnels et allons ouvrir notre premier atelier de préséries en ce mois de septembre 2014. Pour commencer, nous allons produire 30 réacteurs pilotes-démonstrateurs qui seront testés dans plusieurs secteurs d'activités afin de récolter des retours d'expérience opérationnels. Nous cherchons également à lever des fonds : entre 2 et 3 millions d'euros d'ici à la fin de l'année.

A quoi servira cette levée de fonds ?

Une partie en ressources humaines, car il nous faut recruter au moins un directeur business development et un ingénieur projet. Ces fonds financeront également la conception et l'implantation de notre première ligne de fabrication en série de réacteurs et de réactif solide. Au niveau international, il s'agira d'étendre nos brevets et de préparer notre implantation extra-européenne. Nous pensons notamment commencer par l'Inde, un marché en déficit de camions frigorifiques, et aussi les Etats-Unis, toujours friands d'innovations énergétiques. Dans ces pays, nous allons partir à la recherche de partenaires à qui nous céderons nos licences et avec qui nous implanterons des démonstrateurs-pilotes locaux. Enfin, nous souhaitons mettre rapidement un pied en Afrique. Après tout, c'est grâce à ce continent que nous avons eu l'idée et l'envie, de nous lancer dans cette aventure.

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ColdInnov en bref...

  • Siège social : Toulouse
  • Création : fin 2013
  • Effectif : 9 personnes
  • Recherche de fonds : 2 à 3 millions d'euros
  • Label : Jeune Entreprise Innovante

Cleantech Republic

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