Ariel Wizman retrouve le micro sur France Culture après dix ans d’absence
Rémi Jacob

Ariel Wizman racontera chaque dimanche « Une histoire truculente » sur la station publique.
LTD/Christophe ABRAMOWITZ/RAdio France
Rémi Jacob

Ariel Wizman racontera chaque dimanche « Une histoire truculente » sur la station publique.
LTD/Christophe ABRAMOWITZ/RAdio France
« Chers auditeurs de France Culture, je vais vous raconter une histoire... » Dès les premières syllabes, difficile de ne pas reconnaître la voix singulière d'Ariel Wizman, qui entame avec sa faconde habituelle un récit d'une quinzaine de minutes consacré à la figure du black dandy.
Le titre de ce nouveau rendez-vous hebdomadaire à découvrir ce dimanche à 12 h 45 : Une histoire truculente. « J'ai envie de raconter des histoires inattendues et mordantes, de mettre en lumière des personnalités ou concepts étonnants que j'ai découverts au cours de mes lectures ou nombreux voyages », confie le journaliste de 63 ans, avant de dérouler les sujets des prochains épisodes.
Pêle-mêle : la trajectoire ébouriffante du chanteur queer de disco Sylvester (You Make Me Feel), celle des jumeaux Journo, deux Tunisiens qui ont inventé le langage de Belleville, ou encore les secrets de l'artiste Ylipe, maître de l'humour noir.
Avec en guise d'écrin un élégant habillage sonore peaufiné à la microseconde près. « Quand on raconte une histoire, il y a le texte mais aussi les ponctuations musicales ; c'est une émission où j'ai l'impression de fusionner le journalisme, l'écriture et ma carrière de DJ », confie Ariel Wizman, auditeur depuis toujours de France Culture.
Un retour au micro que savoure celui qui avait pourtant fait le choix de quitter la sphère des médias il y a près d'une dizaine d'années. « À l'époque, j'ai ressenti un véritable affaissement intellectuel. Ça a commencé par la télé-réalité puis l'arrivée de talk-shows où la méchanceté était de rigueur, exacerbée par les réseaux sociaux. De mes années Canal+ [où il a travaillé près de quinze ans], je garde de très bons souvenirs mais c'était aussi un lieu avec ses baronnies, où l'on se tapait dans le dos mais pas toujours avec sincérité ni solidarité. Et puis je n'avais plus ce besoin de me montrer à l'antenne, j'étais arrivé au bout de ma passion pour moi-même. [Il se marre.] »
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En 2017, après l'arrêt de l'émission La Nouvelle Édition, il part chapeauter les contenus de la déclinaison française du magazine américain Vice. Pas franchement un souvenir impérissable. « Je m'y emmerdais copieusement. Les gens n'étaient pas sympathiques du tout, là-bas. C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'il fallait m'aventurer dans quelque chose que je n'avais jamais fait. J'ai entamé une formation à l'ESCP Business School. » Objectif : digérer fissa les rudiments nécessaires pour se lancer dans les affaires.
« Le premier cours était consacré à la lecture d'un bilan d'entreprise. Ça m'a fasciné alors que je m'en serais moqué quelques mois auparavant. Jusqu'alors, j'avais un rapport inexistant à l'argent. J'essayais juste de ne pas être à sec. Dans cette nouvelle sphère, j'ai rencontré des personnes très différentes de celles que je fréquentais dans le milieu parisien et mondain. On n'est pas dans la séduction et l'apparence, la moindre erreur peut vous coûter très cher. Ceux qui lisent The Economist sont bien plus proches de la réalité que ceux qui achètent Technikart. »
Ariel Wizman croise sur sa route deux hommes - Jonathan Siboni et Nicolas Rey - avec qui il se met en tête de monter un business. Les trois associés jettent finalement leur dévolu sur la marque chinoise Miniso - temple du cute et du kawaï à petits prix - dont ils obtiennent en 2020 la franchise exclusive pour la France. Bingo. En cinq ans, près de 30 boutiques fleurissent partout en France, dans des endroits hautement stratégiques comme le Forum des Halles ou les Champs-Élysées. Pas mal pour un néophyte.
Il y a tout juste un mois, au cœur de l'été, Ariel Wizman et ses acolytes ont mis un terme à cette odyssée entrepreneuriale en revendant leur participation au siège chinois, empochant au passage un joli chèque. De combien ? Impossible de lui tirer les vers du nez. « On a fait un "coup", ça m'offre la liberté de vivre comme je l'entends désormais », concède tout juste Ariel Wizman, reconnaissant avoir plus gagné qu'au cours de ses années télé. « On va réinvestir cet argent, on travaille déjà sur quelques dossiers mais on veut se laisser du temps. »
De quoi lui permettre de s'adonner dans les prochains mois à l'écriture d'un ouvrage sur l'élégance masculine qui paraîtra aux éditions Assouline, où il a déjà signé ces deux dernières années Paris by Paris, une exploration érudite de la Ville Lumière, ainsi que Maroc - Terre de lumière. Un pays où il a grandi dans une famille juive avant de s'exiler à l'âge de 5 ans.
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« La religion est très présente dans ma vie, tout ce que je fais en est imprégné, glisse-t‑il. L'étude du texte et de la métaphysique juive m'a apporté une clarté de raisonnement qui m'est précieuse. Aujourd'hui, en France, nous sommes dans un moment extrêmement compliqué pour la communauté juive, qui a participé à l'effort de la République, à la laïcité, et dont beaucoup de membres se disent le matin : "On fait quoi ? On va où ?" Moi-même, il m'arrive de me poser la question de partir. Mais ce n'est pas seulement l'antisémitisme qui m'inquiète. C'est également la dégradation de la vie intellectuelle, la tolérance envers des discours de plus en plus paresseux, violents et extrémistes. Je ne retrouve plus dans ce pays la douceur que j'ai connue. »
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