OPINION. « L’IA arbitre des Oscars 2025 ? », par Sarah Lelouch, fondatrice du techCannes Business Club et de clapAction
Quelle place laisser à l’intelligence artificielle dans le cinéma ? Si certaines craintes des professionnels sont légitimes, Sarah Lelouch, fondatrice du techCannes Business Club et de clapAction, plaide pour un dialogue constructif afin d’intégrer ces nouvelles technologies sans altérer l’essence du talent artistique.
Par Sarah Lelouch
Fondatrice du techCannes Business Club et de clapAction, Sarah Lelouch plaide pour une utilisation maîtrisée de l'IA dans l'industrie du cinéma.
L' IA est devenue non seulement une bataille économique mais aussi un débat politique voire une question de civilisation. L'art et le cinéma sont très directement concernés, comme en témoigne la polémique autour du film The Brutalist. On reproche à son réalisateur d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour améliorer l'accent hongrois des deux acteurs principaux, Felicity Jones et Adrien Brody.
Faut-il considérer que l'IA dans le cinéma constitue un artifice qui nuit à l'authenticité ou, au contraire, qu'il s'agit d'un outil supplémentaire au service des créateurs ? Cette polémique fait rage aux États-Unis, dans un contexte de concurrence pour l'oscar du meilleur acteur entre Timothée Chalamet, brillant dans le biopic sur Bob Dylan Un parfait inconnu, et Adrien Brody, qui incarne un architecte rescapé de la Shoah dans The Brutalist.
Ce débat fait écho aux grèves massives de Hollywood en 2023. Redoutant de subir de plein fouet les conséquences sur les droits d'auteur et la liberté de création d'une utilisation systématique de l'IA, les scénaristes, les acteurs de cinéma et de séries se sont mis en grève. En France, on estime que 90 % des scénaristes, réalisateurs et techniciens partagent cette défiance. Les producteurs, diffuseurs et distributeurs restent très prudents. La puissance de cette innovation peut évidemment inquiéter, mais il est temps de réfléchir au bon usage des nouvelles technologies comme l'IA dans le cinéma.
L'histoire du cinéma démontre que les nouvelles technologies n'ont jamais été ses ennemies.
Une certitude absolue : la tech ne remplacera jamais le talent. De l'invention de la photographie à l'avènement de la 3D, chaque innovation a enrichi le langage artistique, sans en altérer l'âme. À chaque révolution, les opportunités surpassent les craintes. On le mesure ainsi avec les effets spéciaux dont le réalisme provient de la puissance de calcul des ordinateurs. Les épisodes de Star Wars permettent d'apprécier les progrès accomplis grâce à la tech.
Dès lors, le monde de la création et celui des nouvelles technologies doivent se parler. C'est la conviction que porte le techCannes Business Club, qui co-organisera en avril prochain à Nice le WAIFF (World AI Film Festival), le premier festival de cinéma qui récompensera les productions audiovisuelles réalisées avec l'aide de l'intelligence artificielle.
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L'histoire du cinéma démontre que les nouvelles technologies n'ont jamais été ses ennemies. Certes, par sa puissance, l'IA représente un changement d'échelle. Alors, continuons d'ouvrir le dialogue avec tous les professionnels, car derrière les craintes souvent justifiées se trouvent des possibilités fantastiques. Sait-on par exemple que l'IA a été utilisée dans des documentaires réalisés en Iran pour modifier le visage de témoins afin de les protéger de la répression ? Que la blockchain permet de renforcer la protection du droit d'auteur et donc de mieux rémunérer les artistes ?
Le débat sur l'authenticité de la performance avait déjà été soulevé en France avec la série sur Bernard Tapie, où le réalisateur avait utilisé l'IA pour rajeunir et vieillir Laurent Lafitte. Or, à l'instar de cette technique, l'IA dansThe Brutalistn'a pas remplacé Adrien Brody mais a seulement amélioré un aspect technique de sa performance, son accent. Il s'agit donc d'un outil qui sert à approfondir l'authenticité artistique et non à la trahir.
À ce jour, les règles des Oscars n'interdisent pas l'utilisation de l'IA. Dès lors, on peut poser la question de l'équité entre les acteurs. Comment les Oscars intégreront-ils ces évolutions tout en protégeant le talent artistique ? Le débat est essentiel, et il nous revient, professionnels de l'industrie, de le mener avec discernement. Et entre Timothée et Adrien, que le meilleur gagne !