ENTRETIEN — À l’affiche de « Fils de » où elle incarne une politicienne machiavélique, Karin Viard se dévoile et revient sur la sincérité qui l’a guidée à ses débuts.
Elle débarque à vélo, comme dans un rôle : instantanément présente. Parle comme elle joue : toujours avec le cœur. Déteste les cases et n'entre dans aucune. L'actrice aux trois césars passe ses quatre premières années à Oran (Algérie) avec ses parents avant d'être élevée à Rouen (Seine-Maritime) par ses grands-parents maternels.
C'est là que s'invente sa liberté, entre amour rugueux et cadre « foutraque ». À l'aube de la soixantaine, la jeune mariée garde ce même refus des codes. Et c'est dans cette franchise parfois maladroite que se loge sa plus belle sincérité. Même quand elle dérange.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous dites être incapable de mentir. C'est un sacré paradoxe quand on est comédienne...
KARIN VIARD — Et pourtant, c'est vrai. Je suis comme ça, entière, un peu sauvage. Dès que j'essaie de cacher quelque chose, ça déborde. Il faut toujours que j'aille chercher en moi, même pour jouer le rôle d'une femme politique machiavélique, comme dans Fils de, que m'a offert le réalisateur Carlos Abascal Peiró. C'est très jouissif de m'y autoriser à l'écran. Je peux tout faire, même être cruelle, parce que c'est du jeu.
Socialement, vous sentez-vous en décalage ?
Bien sûr. Mais j'ai appris. En observant. En me prenant des portes. Mes amis m'ont aidée aussi. Ils m'ont éduquée, avec beaucoup d'amour. Et puis j'ai toujours été un peu dissidente. Avec cette même question que je me pose : « Pourquoi vous pensez tous pareil ? » Je n'ai jamais craint de penser autrement.
C'était compliqué. J'avais des profs qui m'adoraient parce que j'étais très bonne élève, mais un peu givrée. D'autres qui me détestaient et me disaient : « Avec les capacités que vous avez, c'est du gâchis. »