ENTRETIEN — Après ses irrésistibles romans-poèmes, l’écrivain revient à la prose… mais sans se départir de sa poésie.
Plutôt que de rester à pleurer sous la couette, un jeune couple fuit Paris et un drame personnel (le deuil de l'enfant à venir et qui ne viendra pas). À bord d'une vieille voiture, radio Nostalgie à fond et bonbons planqués dans la boîte à gants, ils roulent vers l'est.
Pas d'itinéraire prédéfini, mais des étapes dans d'improbables musées : celui du Poids, de la Colombophilie ou de la Cire - lequel donnera l'un des nombreux épisodes géniaux de ce livre où l'on retrouve tout l'univers poétique et fantasque de Victor Pouchet. Rencontre tout en légèreté et bifurcations avec cet écrivain-voyageur du bout de la rue.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture de Voyage voyage ?
VICTOR POUCHET — Tous mes romans sont des histoires d'amour. Ici, j'ai voulu raconter comment un couple qui s'aime affronte ensemble un chagrin brutal et essaie de le dépasser. La question qui m'intéresse, c'est : comment trouver des moyens d'échapper au malheur, comment inventer des bifurcations ? Je venais de passer deux ans à visiter des musées insolites en France, une vieille passion. Tout s'est noué comme ça. Quoi de mieux pour ce couple que de trouver du réconfort dans... le musée du Poids à Mécringes ?
Orso, votre personnage, parle d'une « théorie de la grande diversion », aux accents baudelairiens (« Au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau »). Qu'est-ce ?
Le réel est violent, chaotique. Pour le traverser, il faut trouver des chemins de fuite. Souvent, ils mènent au merveilleux. Mon titre de travail était « Ici, ce sont les dragons » (hic sunt dracones, cette mention qu'on voyait sur de très anciennes cartes, aux endroits inconnus). Dans ces zones blanches, on pouvait imaginer des monstres, de l'invention, du fantastique. Moi, quand j'essaie d'échapper au désespoir, je cherche toujours : où est-ce que je vais retrouver du merveilleux ? Et il n'est pas forcément lointain. J'appelle ça le « merveilleux de proximité ». C'est l'itinéraire qu'empruntent mes personnages.
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