Ce qui est dangereux avec la poésie - pour ceux qui en lisent comme pour ceux qui en écrivent -, c'est qu'elle ne pardonne pas : elle est sans concession avec les fausses notes, sans compromis avec les petites impostures, sans
accommodement avec les demi-talents : elle produit des sons justes, et d'autres qui ne le sont pas, et puis voilà, ne cherchez pas, il n'y a rien entre les deux.
Victor Pouchet est du côté des mots qui tombent bien, mieux qu'un costume, simplement bien, mais vraiment bien; à chaque instant il met le doigt, et la plume, sur l'à-propos du rythme, celui qui dénoue l'émotion. Retenez le nom de ce jeune homme - 38 ans - qui versifie comme on refuse de grandir, comme on marche, comme on sourit aux étoiles, comme on aime, comme on fait la vaisselle, comme on attend, comme on se désespère, comme on prend le RER, comme on regarde en face la tristesse, et aussi la joie. On en avait eu un aperçu lorsque, parrainé par son ami Hervé Le Tellier, il fit irruption sur la scène - fort peu fréquentée - du « roman-poème » inventé par son maître le poète Georges Perros: ce fut La Grande Aventure
(du confinement). Le tome 2 qu'il nous livre aujourd'hui - chez Gallimard, cette fois, sur les traces de Perros... - est une micro-aventure : l'odyssée de la banalité d'un été à Paris conçue à la manière d'un roman picaresque. Cent onze poèmes, aussi dérisoires qu'essentiels.
« Dès qu'il fait gris / même très peu / qu'importe l'heure / j'allume toutes / les lumières / et je fabrique / à peu de frais / des contre-feux / qui éliminent / le désespoir / très simplement. »