L’extraordinaire ordinaire de Richard Morgiève
Juliette Einhorn
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Écrivain de La Mission, Richard Morgiève, a écrit une trentaine de romans
LTD/Philippe MATSAS/opale.photo
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Écrivain de La Mission, Richard Morgiève, a écrit une trentaine de romans
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Et si, pour l'auteur de La Mission, tout était une question de prénom ? Car s'appelle-t-il, au fond, Richard, ou Jacques ? D'un autre nom encore ? Dans La Fête des mères, Richard Morgiève racontait la vie de Jacques Bauchot, un vieil ami, à laquelle il mêlait des bribes de lui-même. Le narrateur, ici, porte un nom donné par l'Assistance publique, « pour cacher sa vraie identité qu'il ne connaît pas » : Jacques Paul.
Enrôlé par hasard dans la Résistance, alors qu'il passait d'une ferme à l'autre pour proposer ses services, il s'offre une destinée nouvelle, quittant une existence d'esclave pour aider à libérer la France : Bonnet, Cathy, et les autres - pas plus que lui ils ne se désignent par leur vrai nom - lui apprennent qu'en ce 6 juin 1944 a eu lieu le Débarquement. C'est, aussi, le jour de ses 17 ans.
Scintillant, le roman installe, entre la trajectoire intime de Jacques et celle, collective, de la France, un lien sacré. Mais, pour se rencontrer, le héros devra se séparer de lui-même. Presque tous ceux qu'il croise passent de vie à trépas sous ses yeux - en ces temps d'épuration, nul n'est ce qu'il prétend. Résistants et collaborateurs s'entretuent, en un cercle infernal de trahisons et de masques qui laissent Jacques pantelant.
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Les points de suspension ourlent le texte pour dire l'imminence perpétuelle, le cœur arraché, la fraternité fracassée, la menace tapie, l'indétermination générale. La mission première à laquelle Jacques s'était offert tourne au désastre : il se retrouve accusé à tort d'un viol et de deux meurtres - après sa vie soumise d'orphelin placé, il traverse la vie dans le maquis en un huis clos crypté : « On a commencé par perdre la guerre, on finira par perdre la paix », lui dit un résistant...
Juliette Einhorn