C'est un pays en plein désarroi politique qu'Antony Blinken va trouver demain en atterrissant à Séoul. Le secrétaire d'État américain vient s'entretenir avec son homologue de Corée du Sud alors que ce proche allié de Washington traverse une crise inédite.
Pour la première fois, la justice sud-coréenne a émis un mandat d'arrêt contre un président en exercice. Suspendu de ses fonctions depuis trois semaines et le vote d'une motion de destitution par le Parlement, Yoon Suk-yeol refusait toujours de se rendre hier soir, affirmant être prêt à se « battre jusqu'au bout ». Le chef de l'État conservateur, membre du Parti du pouvoir populaire, restait retranché dans son domicile du centre de la capitale, protégé par les membres du service de sécurité présidentiel resté sous ses ordres. Vendredi, les enquêteurs ont tenté de le déloger. Mais, face à sa garde rapprochée et à une foule hostile, ils ont dû reculer. Pourtant, le temps presse. Le mandat d'arrêt expire demain.
Ce psychodrame a démarré le 3 décembre lorsque, dans un discours surprise à la télévision, Yoon Suk-yeol a décrété la loi martiale, qui n'avait jamais été imposée depuis l'instauration de la démocratie en 1987. Pour le président, elle aurait été nécessaire face à « des forces antiétatiques » menaçant le pays - sous-entendu, des sympathisants de la Corée du Nord. L'ancien procureur, dont le pouvoir a dérivé vers l'autoritarisme, visait en fait ses opposants du Parti démocrate, majoritaires au Parlement et avec qui la cohabitation était extrêmement tendue. Après s'être battus avec les soldats qui barraient l'entrée du Parlement dans la nuit du 3 au 4 décembre, les députés ont réussi à empêcher l'instauration de la loi martiale.