Après des affrontements meurtriers mêlant minorités, forces gouvernementales et Israël, un cessez-le-feu a été signé entre la Syrie et l’Etat hébreu. Mais son application s’annonce difficile.« Je m'attendais à ce que mon pays connaisse une forme de chaos après Assad. C'est toujours le cas après la chute de tels régimes. Mais de telles violences dans ma province, ça, je ne les pensais pas possibles. » Cette jeune femme de la minorité druze, jointe par téléphone, vit à al Kafr, village à quelques kilomètres de Soueïda. Depuis dimanche 13 avril, cette ville du Sud syrien est en proie à de violents affrontements sectaires.
Pour des questions de sécurité, Rima préfère ne pas donner son identité, ni même son métier. « Je croyais que le nouveau pouvoir serait capable de contrôler ses propres forces armées, ajoute-t-elle. Je savais qu'il serait au service de la majorité sunnite, mais j'espérais qu'il soit là aussi pour les minorités, les druzes, les alaouites, les chrétiens. Je n'imaginais pas qu'il participerait à leurs massacres. »
Combats militaires, exécutions extra-judiciaires, bombardements... Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 940 personnes, dont au moins 262 civils, sont mortes depuis le 13 avril dans la province de Soueïda. Le bilan devrait s'avérer beaucoup plus lourd dans quelques jours. Près de 80. 000 habitants ont été contraints de fuir leur domicile.
Sept mois et demi après la chute de Bachar el-Assad, quatre mois après le massacre de 1. 500 Syriens de confession alaouite sur la côte, le président de transition Ahmed al-Charaa vient de vivre son premier grand revers politique et militaire. Il s'est révélé incapable de rétablir l'ordre dans une province, d'empêcher une partie de ses troupes de commettre des exactions et de tenir tête à l'expansionnisme d'Israël. Depuis décembre dernier, l'État hébreu bombarde régulièrement des bases militaires syriennes et s'immisce, voire attise, le conflit qui oppose une partie de la minorité druze au pouvoir central.