Il n'aura pas fallu aux Ukrainiens encore debout plus de quelques secondes, lors de la conférence de presse de Vladimir Poutine et de Donald Trump, pour comprendre comment le patron du Kremlin venait de manger le président américain tout cru. Entre le « bonjour, cher voisin » en hors-d'oeuvre et une nouvelle logorrhée historiciste en plat de résistance, insistant sur la nature « fraternelle » des nations russe et ukrainienne, Vladimir Poutine n'a laissé que des miettes au golfeur de Mar-a-Lago, incapable de prononcer le mot cessez-le-feu, ni d'esquisser le moindre contour de ce que les deux hommes venaient de discuter ensemble. « La montagne d'Alaska a accouché d'une souris », écrit quelques minutes plus tard un journaliste ukrainien ayant fait le déplacement en Alaska.
Samedi, ce n'est pas la déception qui règne à Kiev, où il y avait très peu d'attentes quant à la possibilité d'avancées vers la paix, lors de ce sommet d'Alaska. Tout comme les Ukrainiens n'ont jamais cru aux pseudo-négociations d'Istanbul au printemps, lors desquelles les Russes ont surtout cherché à gagner du temps. Cette fois, le Kremlin a tenté de se voir offrir sur un plateau ce qu'il n'arrive pas à obtenir par les armes, c'est à dire le contrôle intégral de la région de Donetsk, dont un tiers du territoire est encore ukrainien.
Juste avant la séquence Alaska, l'armée russe a lancé ses fantassins dans une opération suicide près de Dobropillia, dans le Donbass, pour créer l'illusion d'une percée massive des lignes ukrainiennes, ainsi qu'un effet médiatique suggérant la chute imminente du Donbass ukrainien.