LA TRIBUNE — A l'heure où le marché de l'électrification est à la peine, avec plusieurs projets industriels annulés ou reportés en Europe (Northvolt, Britishvolt, ACC, etc.), quelle vision dressez-vous du marché sur lequel s'engage Verkor, avec la livraison de sa première gigafactory à Dunkerque, toujours à l'agenda pour mi-2025 ?
BENOÎT LEMAIGNAN — Il y a 18 à 24 mois encore, Verkor pouvait être vu comme un projet qui a peut-être manqué d'ambition. On se rend désormais compte qu'il est probablement à la bonne mesure, entre l'exécution, qui reste délicate dans un nouveau secteur industriel, et les ambitions de la filière, à laquelle on promettait un basculement très rapide. Il existe aujourd'hui plus de réalisme, mais cela n'enlève rien au dynamisme du marché de l'électrification, sur lequel on observe l'arrivée de nouveaux véhicules, comme la R5 électrique de Renault. La question des bornes électriques n'est plus vraiment un sujet non plus.
J'ai cependant été un peu catastrophé de voir « l'EV bashing » qui s'est déployé cet été, comme si l'on pouvait encore continuer de rouler, en Europe, avec des voitures à essence sans avoir ni d'impact environnemental, ni sur notre balance des paiements. L'électrification est inéluctable. Considérer que l'électrique est cher, alors qu'on a dû mettre 8 milliards d'euros pour payer l'essence des français en 2023, c'est se tromper de combat.
En dépit de ce contexte, votre première gigafactory de Dunkerque, qui vise à produire 16 gigawattheures annuels (dont les deux tiers sont destinés à votre actionnaire et client Renault) ne sera pas retardée ?