L’ancien patron de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, aujourd'hui vice-président de la Fédération française de football (FFF), estime qu’il existe des « passerelles » entre le sport, la société et la politique. Il aspire à « agir juste » et « rassembler large » pour Lyon. Un pas vers une candidature aux municipales de mars 2026.
On dit parfois que le football n'est qu'un jeu. Ce n'est pas vrai. Ce que l'on vit dans un stade dépasse le sport. Le football est un miroir grossissant de la société, et parfois même son laboratoire.
Pendant plus de trente-cinq ans, j'ai dirigé l'Olympique lyonnais. Ce fut une aventure humaine, économique, sociale, politique aussi. Une aventure de passion et de responsabilité. Certains voudraient la réduire à des accusations : celle d'ignorer les réalités de la ville ; pire, d'avoir été complaisant envers des idées que je combats.
Ce simplisme dit beaucoup de notre époque : amalgames, caricatures, injures érigées en méthode. Ceux qui s'y accrochent révèlent leur propre fébrilité.
« Un club, c'est une école de vie »
Dans les tribunes, toutes les sensibilités existent. Il y a ceux qui chantent à gauche, ceux qui grondent à droite, ceux qui viennent pour le club, pour le quartier ou pour l'échappée du quotidien. Il y a des tifos et des silences. Il y a la joie, la fidélité et parfois l'excès.
Ce mélange, s'il est bien gouverné, devient une force. J'ai vu à Lyon des générations entières trouver leur place dans un groupe, leur énergie dans une passion partagée. J'ai vu les tribunes éduquer, intégrer, réparer, non pas mieux, mais autrement que les politiques publiques.
Un président ne choisit pas les idées de ceux qui s'assoient dans les tribunes
Jean-Michel Aulas vice-président de la FFF
Un club, c'est une école de vie. Dès le plus jeune âge, la formation sportive apprend le vivre-ensemble, la solidarité, le respect. On y comprend que le talent isolé ne gagne pas sans l'équipe, que la diversité est une richesse. Ces valeurs, nous les avons transmises à des milliers de femmes et d'hommes, bien au-delà du terrain, quels que soient leurs credo.
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Un président ne choisit pas les idées de ceux qui s'assoient dans les tribunes. Il choisit d'ouvrir, de poser des règles, de maintenir un équilibre. Et mon devoir n'a jamais varié : faire tenir ensemble, faire club, faire société. Voilà pourquoi je n'ai jamais considéré que le football se limitait à un terrain : c'est une manière de gouverner, d'organiser, de bâtir.
Tensions et espoirs
J'ai toujours condamné les débordements et agi quand les limites étaient franchies. Mais j'ai refusé l'exclusion dogmatique, qui devient parfois censure. La cohésion se construit dans l'exigence, pas dans l'effacement ni la diabolisation.
Les stades concentrent tensions et espoirs. Ils peuvent devenir des laboratoires du commun, si l'on s'emploie à y gouverner avec justesse. [L'écrivain] Jean-Philippe Toussaint a résumé l'esprit des tribunes : « Le football permet d'être, non pas nationaliste [...], mais chauvin ; j'entends par là un nationalisme pas dupe [...], un nationalisme qui brandirait plutôt des casquettes que des concepts [...] et s'épanouirait dans les tribunes au son des sifflets, des maracas et des cornes de brume. » Cette ferveur joyeuse, mais lucide, est celle que j'ai voulu préserver.
Cette leçon vaut pour Lyon qui, comme un grand stade, vibre, débat, accueille. Ses quartiers et ses histoires peuvent faire ville si l'on incarne une vision claire et partagée. Lyon gagne quand elle fédère au-delà des origines et des opinions, quand elle cultive l'attractivité et le dialogue plutôt que l'exclusion.
À l'inverse, céder aux extrêmes, c'est rétrécir la ville. La quête d'un environnement durable, qui devrait rassembler, ne peut se muer en fanatisme sans trahir son dessein et fragiliser à la fois notre cadre de vie et notre bien-être collectif.
La culture comme priorité
Je sais aussi qu'une ville n'existe pas en reniant sa culture et son histoire : c'est son souffle vital, son ciment discret. Je veux que Lyon renoue avec son histoire et fasse de la culture non pas une variable d'ajustement, mais une priorité, parce qu'elle est ce qui relie, inspire et donne sens à l'action collective.
Pour moi, il n'y a donc jamais eu de cloison étanche entre sport, société et politique : il y a des passerelles. Gouverner un club, une entreprise ou une ville, c'est composer avec les egos et les tensions, sans perdre de vue l'intérêt collectif. Dans l'entreprise comme dans le football, j'ai construit. Dans la vie publique, je voudrais désormais refonder.
J'ai toujours pensé que faire ville, c'est rayonner sans diviser, ouvrir sans diluer
Jean-Michel Aulas vice-président de la FFF
Les prochaines semaines seront décisives pour tracer ce chemin. Lyon a toujours su conjuguer excellence et enracinement. J'ai toujours pensé que faire ville, c'est rayonner sans diviser, ouvrir sans diluer.
À ceux qui opposent culture et économie, lien social et performance, solidarité et exigence, je réponds : regardons ce que nous devons réinventer. C'est cette vision de Lyon que j'aimerais raviver : celle d'une ville qui pense loin, agit juste et rassemble large.
Par Jean-Michel Aulas, vice-président de la Fédération française de football