OPINION. « François Bayrou, devenir Henri Queuille », par Julien Aubert, président d’Oser la France
Julien Aubert

Julien Aubert, président d’Oser la France, est un ancien député LR du Vaucluse.
LTD/Victor Joly/ABACAPRESS via Reuters
Julien Aubert

Julien Aubert, président d’Oser la France, est un ancien député LR du Vaucluse.
LTD/Victor Joly/ABACAPRESS via Reuters
Lors de son discours d'entrée en fonctions, François Bayrou s'est placé dans les pas d'un grand roi de France, Henri IV, dont il dit partager les attaches rurales et l'ambition réconciliatrice. Pourtant, pour le moment, les premiers pas du nouveau Premier ministre semblent davantage le porter vers Henri ... Queuille.
Qui se souvient de cet homme politique qui en son temps fut un recordman de la longévité gouvernementale ? Vingt et un fois ministre sous la IIIème République et la IVème République, le « petit père Queuille » fut aussi trois fois président du conseil. Très populaire de son vivant, il devint pourtant le symbole de l'inefficacité d'un régime tournant à vide, car Queuille avait théorisé une forme de maintien cynique au pouvoir par l'inaction.
François Bayrou, devenu Premier ministre, va-t-il tenter de survivre en devenant le « bouddha de l'immobilisme » ? Si la comparaison saute aux yeux, c'est car François Bayrou semble avoir fait sienne la fameuse maxime d'Henri Queuille : « Il n'est aucun problème assez urgent en politique qu'une absence de décision ne puisse résoudre. »
Lors de son passage rue de Grenelle (1993-1997), François Bayrou alors ministre de l'Education avait certes d'abord tenté de réformer le pays, mettant sur la table un projet controversé de réforme de la loi Falloux sur l'enseignement public. Un million de personnes dans la rue avait mis un terme à cette ambition et poussé le néo-ministre à changer de radicalement de méthode.
François Bayrou avait alors élevé le mot de « concertation » au rang de devise du ministère, ouvrant un long cycle de négociation tous azimuts. Ses détracteurs considèrent qu'il a ainsi acheté la paix sociale en cédant les clés de la maison au SNES. C'est le sens du mot cruel de Laurence Rossignol à propos du président du MoDem et de son long passage à l'Education nationale : « celui ci a un assez bon bilan puisqu'il n'a rien fait... ». Simone Veil s'était aussi illustré par un commentaire acerbe à l'encontre de l'ancien ministre de l'Education nationale, l'ayant accusé de trahir Balladur pour Chirac en 1995 afin de rester à son poste et « continuer à ne rien faire ».
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De Grenelle à Matignon, faut-il craindre que cette méthode se poursuive à Matignon ?
Prenons le cas des retraites, sujet épineux qui divise sa propre majorité. Le Premier ministre, pris en étau entre une Gauche qui veut revenir sur les mesures d'âge et une Droite qui en fait une ligne rouge, a choisi... de ne pas choisir. Ô réforme suspend ton vol ! Vite, on ouvre une conférence qui va débattre, gagner un peu de temps.
Dans l'intervalle, chacun peut y voir ce qu'il veut. On rouvre le dossier, on peut débattre de l'âge, mais si la conférence n'est pas conclusive, elle ne changera pas la réforme actuelle. Sauf qu'il y aura un nouveau projet de loi sur les retraites, même sans « accord global » des partenaires sociaux. Donc, si on est logique, sans accord global, on devrait faire un nouveau projet de loi qui confirmerait les équilibres de l'ancienne réforme ?! « Quand vous êtes embêtés, embrouillez tout. » disait Queuille. « Quand vous voulez enterrer un problème, créez une commission » disait quant à lui Clémenceau.
Autre sujet, la fiscalité. Alors qu'il a lui-même dramatiquement pointé le problème de la dette et de la dépense publique, le chef du gouvernement ne s'est pas exprimé dans sa déclaration de politique générale sur une nouvelle taxe sur les grands patrimoines, visant à remplacer la Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR). Il n'a pas non plus clairement dit que les impôts des ménages seraient maintenus au même niveau. Plus grave, il a laissé entendre que certaines dépenses de santé augmenteraient....obligeant son ministre des comptes publics à vigoureusement corriger le tir le lendemain. Mais comme disait Queuille « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ».
Cette politique de l'imbroglio se comprend par la volonté du Premier ministre de solidifier son socle pour durer. Mais plutôt que de lorgner vers le petit père Queuille, en ressuscitant la proportionnelle au passage qui fit tant de mal à la France, le Premier ministre devrait relire la biographie qu'il a lui même rédigée, celle du bon roi Henri.
Henri IV et son panache blanc, c'est la volonté de rassembler une France divisée par les luttes confessionnelles autour de sa personne ; celle de faire des concessions avec ses ennemis jurés (Paris vaut bien une messe) ; celle enfin de lutter pour une meilleure vie de ses sujets (la fameuse poule au pot). C'est aussi un roi voyageur : Henri IV a tellement parcouru la France, qu'il est indiscutablement le roi de France qui a le mieux connu son royaume.
Si Bayrou veut réunir la France, et pas seulement son socle, il faut donc aller à la rencontre de l'électorat RN et LFI et les réintégrer dans le jeu démocratique. Sortir des chambres closes du Parlement. Les équilibres budgétaires sont une chose, mais deux priorités sont sur la table : la question migratoire et celle du pouvoir d'achat. La question migratoire mérite bien une messe. Pour régler cette question, il faut renouer avec le peuple via la référendum et de récupérer des éléments de souveraineté cédés aux juges. Henri IV s'est converti au catholicisme, François Bayrou doit embrasser le souverainisme.
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Le défi du pouvoir d'achat implique d'avoir du panache : il faut d'urgence réveiller la France productive par une politique d'industrialisation, d'allègement des normes et de clarification de nos attentes écologiques. L'Etat doit rompre avec une logique rentière (comme l'a démontré excellemment Pierre Vermeren) qui fait de plus en plus ressembler la France à la défunte URSS. François Bayrou a frayé un temps avec le socialisme girondin : qu'il embrasse le colbertisme libéral.
C'est à ce prix qu'il deviendra Henri IV ou finira Henri IVème République.
Julien Aubert