Alors que le taux de pauvreté a atteint un record en 2023, les principales associations d’aide sociale alertent sur l’inaction du gouvernement. Face à l’« année blanche » annoncée pour les prestations sociales, elles dénoncent des choix budgétaires qui fragilisent encore davantage les plus précaires, et appellent à un véritable changement de cap.
Le chiffre est tombé comme un couperet : 15,4 %. C'est le taux de pauvreté en France pour 2023, selon l'INSEE. Le plus élevé depuis 1996. Plus de 9,8 millions de personnes vivent désormais sous le seuil de pauvreté. Un record dramatique, qui ne tient même pas compte de la situation explosive dans les Outre-mer, ni des personnes sans-domicile. Près de 12 millions de personnes sont alors concernées selon l'INSEE.
Ce constat aurait dû appeler à un sursaut. Recevant les associations le 3 juillet dernier le Premier ministre avait affirmé vouloir « Organiser le combat contre la pauvreté ». Mais mardi 15 juillet, François Bayrou a asséné une trajectoire budgétaire qui ne fera qu'en aggraver les effets, avec une « année blanche » pour les prestations sociales, qui induira des pertes sèches sur le pouvoir d'achat des plus modestes. Ce choix politique tourne à nouveau le dos aux engagements de lutte contre la pauvreté. Les plus fragiles n'ont pas les moyens de payer les arbitrages budgétaires.
Les familles monoparentales, en particulier, ont vu leur situation se dégrader de façon spectaculaire. Elles représentent désormais près de la moitié des foyers pauvres, et sont un des nombreux visages de cette crise sociale inédite. De même, les personnes en situation de handicap sont particulièrement exposées, avec plus de 25% d'entre eux vivant sous le seuil de pauvreté et dans l'incapacité d'accéder financièrement aux services qui leurs sont nécessaire pour vivre à domicile.
Face à cela, le gouvernement n'a rien proposé, si ce n'est moins de moyens pour les collectivités, pour la Sécurité sociale, pour le logement, l'insertion, l'aide alimentaire ou la santé mentale.
Un sous-financement chronique
Présenté comme une feuille de route indispensable pour renforcer la lutte contre la pauvreté, le Pacte des solidarités était censé constituer un levier, à court et long terme. Sa déclinaison locale, pleinement justifiée, devait permettre d'agir au plus près des besoins.
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Mais à quoi bon décliner un Pacte des solidarités d'un côté lorsque tout est fait, de l'autre, pour en amoindrir les effets ? Pendant ce temps-là, les collectivités et les associations, elles, tiennent en première ligne, tandis qu'elles n'ont eu de cesse d'alerter sur la lente et insidieuse dégradation des conditions de vie des plus fragiles.
Nous demandons un changement de cap, pas un plan de plus
Le gouvernement annonce confier au Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale le soin de définir un objectif de réduction la pauvreté sur 10 ans. Soit. Nous sommes disponibles pour discuter des évolutions nécessaires. Mais si cette initiative ne débouche pas sur des décisions fortes et financées, elle ne sera qu'une énième occasion manquée.
Organiser le combat à la pauvreté, c'est d'abord en reconnaître l'urgence. Cela suppose aussi d'en accepter le coût, et de mettre chaque euro là où il compte vraiment : dans les services sociaux de proximité, dans l'hébergement d'urgence et le logement social, dans les accueils de jour, les épiceries solidaires, dans l'aide aux jeunes, aux familles en difficulté, aux personnes isolées.
Les présents signataires le disent clairement : il est temps de cesser les demi-mesures. Organisons, pour de bon, le combat contre la pauvreté.