Face au développement de la marine marchande de plusieurs puissances mondiales, Edouard Louis-Dreyfus, président d’Armateurs de France, et plusieurs parlementaires appellent à une ambition renouvelée afin de capitaliser sur des années de politique volontariste.
Il est des domaines dans lesquels la France ne subit pas le rythme du monde, mais le devance. Le maritime en est un. Depuis 2002, grâce à une politique volontariste de la part de l'État — marquée notamment par la mise en place du régime fiscal international de la taxe au tonnage en 2003, la création du Registre international français en 2005, ou plus récemment les exonérations d'une partie des cotisations patronales pour nos marins français en 2016 — la France a consolidé un positionnement stratégique précieux et en croissance. Un avantage fort à l'heure où, trop souvent, nous nous contentons de suivre plutôt que de conduire.
Mais cet avantage ne saurait être considéré comme un acquis définitif à l'heure où les grandes puissances, États-Unis et Chine en tête, prennent conscience de l'importance de se doter d'une marine marchande performante et souveraine. Dans un monde où 90 % des marchandises transitent par navire, le positionnement stratégique français appelle donc à une ambition renouvelée pour continuer capitaliser sur cet atout.
Une ambition économique, d'abord. Dans un monde fracturé, la maîtrise des flux maritimes est un des leviers majeurs de souveraineté. Nos armateurs, nos ports, nos chantiers navals, nos équipages sont des actifs stratégiques. Ils doivent être traités comme tels.
Soutenir nos armateurs nationaux, c'est garantir la sécurité de nos approvisionnements
Ce sont eux qui ont maintenu les chaînes d'approvisionnement pendant la crise de la Covid-19, eux qui interviennent aux côtés de l'État en cas de catastrophe naturelle comme récemment à Mayotte, eux qui maintiennent la continuité territoriale avec les îles qui bordent le littoral français et nos territoires ultramarins, eux qui soutiennent la Marine Nationale en cas de crise, eux qui permettent le déploiement et la maintenance des infrastructures numériques mondiales (46% de la flotte mondiale de câbliers est opérée depuis la France)...
Soutenir nos armateurs nationaux, c'est garantir la sécurité de nos approvisionnements, notamment énergétiques, l'autonomie de notre commerce extérieur, la compétitivité de nos entreprises et la résilience de notre modèle économique pour faire face aux défis actuels et futur. C'est rendre cohérente notre position de deuxième puissance mondiale en termes d'espace maritime avec les moyens permettant d'en faire un actif souverain.
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Une ambition industrielle et environnementale, ensuite. La France dispose de tous les atouts pour se positionner en leader dans le développement d'une marine marchande décarbonée. Navires innovants, propulsion vélique, carburants alternatifs, optimisation digitale : le secteur maritime français est à la pointe dans tous ces domaines. Avec un cadre clair, ambitieux et surtout stable, accompagné de solutions de financement innovantes, nous pourrons changer d'échelle pour atteindre notre objectif de « net zéro » d'ici 2050.
Repenser l'ambition maritime tricolore
La France accueillera en juin prochain à Nice le monde entier pour discuter de l'avenir des océans lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Océan. Soyons à la hauteur des enjeux et démontrons que nous pouvons développer une marine marchande puissante et décarbonée.
Une ambition humaine, enfin. Être une puissance maritime, c'est aussi employer des marins français. C'est former des officiers avec une excellence reconnue à l'international. C'est valoriser les expertises françaises et transmettre ces savoir-faire rares. C'est offrir des carrières attractives pour nos jeunes. C'est préserver une culture maritime française. C'est faire le choix d'un emploi qualifié, pérenne, ancré dans nos territoires littoraux qui s'exporte sur toutes les mers du globe.
Le maritime n'est pas un sujet uniquement sectoriel. Notre puissance maritime est une condition structurante de notre souveraineté, de notre transition écologique et de notre rayonnement international. Forte de la deuxième zone économique exclusive mondiale avec 10,9 millions de kilomètres carrés dans nos mers et nos océans, il est urgent que la France repense son ambition maritime à la lumière de la nouvelle donne internationale, en toute cohérence avec nos partenaires européens.
L'Amérique, dont le pavillon a quasiment disparu, relance aujourd'hui son secteur maritime. En France, l'ambition politique que nous avons portée en matière maritime porte ses fruits : davantage de navires battant pavillon français, davantage de marins qualifiés, davantage d'armateurs de qualité, davantage d'innovations. Cependant les récents débats parlementaires n'ont pas été à la hauteur des enjeux. Le secteur maritime français présente une avance sur la concurrence. Ne la perdons pas et redonnons-nous les moyens d'accélérer dans un domaine majeur pour notre souveraineté.