Pour la dette écologique, repassez plus tard

Retrouvez l'édito de Philippe Mabille, directeur éditorial de « La Tribune », à l'occasion du forum Act 50, prévu mardi 3 décembre 2024 à Paris.
LTD/Cyrille George Jerusalmi

Retrouvez l'édito de Philippe Mabille, directeur éditorial de « La Tribune », à l'occasion du forum Act 50, prévu mardi 3 décembre 2024 à Paris.
LTD/Cyrille George Jerusalmi
Lors de son discours de politique générale, Michel Barnier a placé la dette écologique au même plan que la dette financière. L'espoir d'une véritable prise en compte des dérèglements climatiques dans les politiques publiques n'a pas résisté longtemps au chaos d'une discussion budgétaire embourbée dans les calculs politiciens à court terme. La baisse des moyens du fonds vert a mis sous tension des collectivités locales
en première ligne face aux catastrophes naturelles. et le compte n'y est vraiment pas au regard des enjeux.
Or, on le sait bien, le coût de l'inaction est infiniment supérieur au coût de la prévention : 5 % à 20 % du PIB mondial, contre 1 % pour celui de l'action, avait évalué en 2006 l'économiste britannique Nicholas Stern. Cette prévision n'a jamais semblé plus actuelle que cette année, encore une fois la plus chaude jamais enregistrée. La plus pluvieuse aussi, en particulier en Europe qui subit un enchaînement dramatique de feux l'été pendant les canicules, d'inondations l'automne provoquées par le réchauffement de la Méditerranée et de tempêtes de plus en plus violentes l'hiver.
Certes, d'autres régions du monde seront encore plus durement frappées, mais la France découvre sa vulnérabilité et nous ne sommes pas prêts. Selon I4CE [ Institut de l'Économie pour le Climat ] , tenir compte du réchauffement de la planète dans les grands programmes d'investissements dès leur conception coûtera toujours moins cher que d'en subir les coûts a posteriori. Il faudra construire des logements ou des écoles aptes à résister aux fortes chaleurs ; développer des réseaux de transports et d'énergie pouvant affronter des intempéries ; favoriser des filières agricoles compatibles avec le manque d'eau... Le think tank climatique évalue ce surcoût à 2,3 milliards d'euros par an, une goutte d'eau dans l'océan de nos dépenses publiques.
Et il y a urgence, car dans le même temps, la hausse des sinistres met sous tension le monde de l'assurance. Malgré la hausse des taxes finançant le régime des « Cat Nat », une spécificité française que bien des pays nous envient, le risque est de ne plus pouvoir garantir demain tous les risques car leur coût dépassera les capacités
de l'État et des assureurs privés.
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Pour résoudre la dette écologique, il nous faut donc changer à la fois de leadership et de narratif afin d'impliquer toutes les parties prenantes dans les changements nécessaires. Le combat n'est pas gagné en ces temps de régression écologique sous les coups de butoir des populismes. Mais à l'horizon 2050, il est inéluctable. Autant s'y préparer, car il est encore temps...
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