La volonté de puissance de l’Amérique et de la Chine dans l’intelligence artificielle a dominé le forum de Davos. Emmanuel Macron organisera début février un « sommet pour l’action » afin de reprendre l’offensive sur le sujet.La guerre technologique que se livrent les États-Unis et la Chine a pris des allures de course aux armements la semaine dernière avec la multiplication d'annonces spectaculaires à l'occasion de l'investiture de Donald Trump. Au Forum économique mondial de Davos, jeudi, le président américain a affirmé sa volonté de faire de l'Amérique « le leader mondial de l'IA ».
La veille, il avait annoncé la fin des régulations de l'administration Biden et lancé le projet Stargate, littéralement « porte des étoiles », financé notamment par le grand investisseur japonais SoftBank en partenariat avec le géant des logiciels Oracle et OpenAI, la maison mère de ChatGPT. Doté de 500 milliards de dollars destinés à financer les grandes infrastructures de l'IA, c'est-à-dire des data centers et les centrales électriques associées, Stargate a eu immédiatement une onde de choc mondiale.
Le projet fait penser au projet Manhattan lancé par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale pour développer avant l'Allemagne les premières armes nucléaires. Ou bien, dans un autre registre, au programme Apollo de conquête de la Lune de Kennedy, alors que Trump veut planter le drapeau américain sur Mars. On peut aussi faire le lien avec la « guerre des étoiles », annoncée en 1983 par Ronald Reagan pour distancer l'URSS dans la course au nucléaire, qui a épuisé l'économie de l'ex-Empire communiste.
Par les montants mis sur la table, Stargate montre que l'ambition première des États-Unis est de prendre de vitesse la Chine dans l'IA. Depuis les premières restrictions sur les exportations de semi-conducteurs, la compétition entre les deux pays n'a fait que s'intensifier. Lors d'une table ronde organisée par la revue The Atlantic, les Américains présents à Davos ne le cachaient pas : « Il faut tout faire pour éviter que la Chine dispose de l'intelligence artificielle générale avant l'Amérique. » L'idée est de bâtir une machine qui dépasserait l'intelligence humaine dans tous les domaines. Un fantasme encore lointain qui, s'il devenait réalité, changerait la face du monde.
Philippe Mabille, envoyé spécial à Davos (Suisse)