L'édito éco de Lucie Robequain. Comment renoncer à l’avenir
Lucie Robequin

Découvrez l'édito éco de Lucie Robequain, directrice des rédactions de « La Tribune ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Lucie Robequin

Découvrez l'édito éco de Lucie Robequain, directrice des rédactions de « La Tribune ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Les premiers ministres sont confrontés à deux types de problèmes : les urgents et les importants. Les urgents ne sont jamais importants et les importants ne sont jamais urgents. Assis sur un siège éjectable, François Bayrou n'a évidemment que l'urgence en tête et sacrifie l'important.
Exit le climat, au moment même où la planète franchit le seuil hautement redouté de 1,5 degré de réchauffement. Exit aussi la compétitivité, la défense, l'éducation et la recherche : elles n'ont jamais été sérieusement évoquées ces dernières semaines et ne le seront probablement guère plus mardi, quand le chef du gouvernement prononcera sa déclaration de politique générale.
L'urgence est de faire voter un budget et de voir quelles « concessions remarquables » peuvent être faites à la gauche pour éviter la censure et retrouver un semblant de stabilité politique. Le bras de fer se joue autour des retraites et sera d'autant plus dévastateur que François Bayrou a déjà abattu ses cartes en acceptant de remettre en débat l'âge de départ à 64 ans. Il s'agit, rappelons-le, de la seule réforme permettant de faire des économies substantielles depuis l'arrivée à l'Élysée d'Emmanuel Macron. Y renoncer, c'est faire déraper les comptes publics de plusieurs milliards d'euros supplémentaires, non pas une fois mais chaque année.
C'est donc devoir chercher des économies ailleurs, dans ces projets d'avenir dont les hommes politiques ne tirent aucun crédit immédiat mais toute leur respectabilité. Le gouvernement le reconnaît lui-même : il coupera dans les investissements pour réaliser les 50 milliards d'euros d'efforts budgétaires requis cette année. La France réduit donc ses investissements en même temps qu'elle augmente son train de vie.
La tendance n'est d'ailleurs pas nouvelle : les investissements publics représentaient 5,1 % du PIB en 1973, ils n'en représentent plus que 4,3 % aujourd'hui. Le budget que nous consacrons à l'éducation, et donc à nos enfants, ne cesse de baisser. Alors que les États-Unis et la Chine investissent des centaines de milliards dans les technologies du futur, la France fait le choix de battre en retraite dans cette grande bataille qu'est celle de la compétitivité.
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Elle prend aussi le risque de perdre le peu de confiance que lui accordaient encore les marchés. Nos créanciers ne cessent de le dire : la réforme des retraites est un totem que personne ne peut attaquer impunément. Les conditions auxquelles se finance le pays se sont déjà fortement dégradées cette semaine, avec des taux d'emprunt à 3,4 %, jamais vus depuis 2011. Elles pourraient devenir encore plus catastrophiques dans les prochains mois. La preuve avec le Royaume-Uni, qui se voit infliger des taux d'intérêt dépassant allègrement les 5 %, une première au XXIe siècle ! Le gouvernement ne pourra pas sacrifier la réforme des retraites sans prendre le risque de sacrifier l'avenir.
Lucie Robequin