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Céline Gréco, professeure de médecine : « Si je n’avais pas été placée, je serais morte »

Sophie Iborra

Publié le 11 mai 2025 à 03:20

Céline Gréco est présidente de l'association IM'PACTES, qu'elle a créée en 2022 pour améliorer les conditions de vie des enfants placé

Céline Gréco est présidente de l'association IM'PACTES, qu'elle a créée en 2022 pour améliorer les conditions de vie des enfants placé

LTD/STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Enfant battue, la cheffe de service à l’Hôpital Necker-Enfants malades veut offrir aux jeunes victimes de violences les mêmes chances de se construire un avenir.

Silhouette frêle et visage juvénile flanqué d'une paire de lunettes rondes multicolores, Céline Gréco déambule dans la cour d'une ancienne école maternelle du 12e arrondissement de Paris pour nous montrer l'avancement des travaux de son nouveau projet. Dans quelques mois, la présidente de l'association IM'PACTES, qu'elle a créée en 2022 pour améliorer les conditions de vie des enfants placés, inaugurera le premier centre d'appui régional à l'enfance Asterya, entièrement dédié aux enfants suivis par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE).

Objectifs : permettre aux jeunes Franciliens placés de bénéficier d'un bilan de santé complet, et le cas échéant, de soins renforcés encadrés par une équipe d'une trentaine de professionnels. « Les enfants de l'ASE sont concernés par deux à trois fois plus de maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires et de cancers. Côté santé mentale, ils sont plus enclins à connaître des troubles du sommeil, à avoir des conduites alimentaires et de comportements à risques ainsi que des syndromes dépressifs. Ce centre est une première que nous souhaitons développer dans tous les départements de France d'ici à 10 ans ».

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Protection de l'enfance : le système au bord de la rupture

Son engagement en faveur des plus fragiles trouve sa source dans une enfance où les coups et les humiliations étaient quasi quotidiens. « Je suis la conjonction de deux parents violents, eux-mêmes victimes dans leur enfance. Si je n'avais pas été placée, je serais morte », affirme-t-elle. À 41 ans, ce petit bout de femme garde encore les stigmates physiques et psychiques de son calvaire : tassement de vertèbres, santé dentaire chaotique, problème de confiance en soi et « une peur panique de l'abandon ».

Des failles dans le système

Au moment où elle est placée, la petite Céline a 14 ans et pèse 31 kg. Une infirmière scolaire, alertée par sa maigreur, parvient à gagner sa confiance et décide de faire un signalement à la brigade des mineurs de Viroflay (Yvelines). Placée d'abord sous X à l'hôpital de Versailles, puis en famille d'accueil d'urgence, elle se retrouve finalement dans un foyer de semi-liberté à Choisy-le-Roy (Val-de-Marne), à deux départements de son lycée.

Ballotée d'une structure à l'autre et souvent livrée à elle-même, l'adolescente abîmée n'en reste pas moins déterminée : elle veut faire médecine. « Mon père était un très bon joueur d'échecs, accéder à mon rêve après ce cauchemar était le seul moyen pour moi de gagner la partie. Je ne voulais pas être mat.»

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L'horizon professionnel se résumait, au mieux, à passer un BEP et la plupart des jeunes filles avec moi n'avaient pour ambition que de toucher leRSA. Il n'y avait pas d'autre échappatoire.

Si la chercheuse, cheffe de service à l'Hôpital Necker-Enfants malades à Paris, assure que son placement à l'ASE lui a sauvé la vie, elle a aussi pu constater au fil de son parcours de nombreuses failles dans le système. Voilà plusieurs années qu'elle tire la sonnette d'alarme, notamment au conseil national de la protection de l'enfance (CNPE), où elle siège depuis 2017.

Malgré une santé très fragile, elle n'a vu aucun médecin pendant toute la durée de son placement et aucun soin physique ou psychique ne lui a été dispensé. Dans le dernier foyer qu'elle a fréquenté, elle était la seule parmi ses 23 camarades de galère à être scolarisée. « À 18 ans, nous devions être autonomes. L'horizon professionnel se résumait, au mieux, à passer un BEP et la plupart des jeunes filles avec moi n'avaient pour ambition que de toucher le RSA. Il n'y avait pas d'autre échappatoire. »

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Céline Greco, au combat pour l'enfance maltraitée

Ces constats, tirés de sa propre expérience il y a plus de vingt ans, semblent faire écho aujourd'hui à ceux énoncés dans le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l'enfance, publié le 8 avril.

Après un an de travaux et une soixantaine d'auditions auxquelles Céline Gréco a participé activement, la députée socialiste Isabelle Santiago, rapporteure de la commission, alerte sur les enjeux de santé publique, évoquant les conséquences « dramatiques » de la situation sur la santé physique et mentale des jeunes concernés ainsi que sur leur parcours scolaire. « Les enfants victimes de violences intrafamiliales passés par l'ASE perdent en moyenne vingt ans d'espérance de vie ; seuls 30% d'entre eux bénéficient d'un bilan de santé à leur admission et ils ne sont que 10% à avoir un suivi médical », fulmine la professeure de médecine.

Catherine Vautrin, une ministre « déterminée »

Depuis près d'une décennie, elle n'hésite pas à mettre son expertise médicale et sociale au service de tous les acteurs et décideurs publics en capacité, selon elle, « d'agir concrètement ». Comme lorsqu'elle travaille en étroite collaboration avec Catherine Vautrin, l'actuelle ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, dont elle tient à saluer l'engagement : « C'est la première fois que je vois une ministre si déterminée sur ces sujets. »

Cette dernière, porteuse d'un plan de refondation de l'aide sociale à l'enfance, a annoncé en avril ses priorités. Parmi lesquelles la création de deux premiers centres d'appui (Île-de-France et Hauts-de-France), sous la conduite du Pr Céline Gréco. « Je me réjouis que notre démarche ait retenu l'attention de la ministre. Je me suis toujours battue pour que les projets de l'association deviennent des politiques publiques et c'est ce qui est en train de se produire.»

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Mardi dernier, la présidente d'IM'PACTES a posé la première pierre de son centre Asterya à Paris. Elle espère y accueillir les premiers jeunes bénéficiaires à la fin de l'année. « À ce jour, nous avons pu lever 4,9 millions d'euros sur les 8 millions nécessaires. Grâce notamment à l'engagement des collectivités, du ministère, des acteurs publics de santé et de mécènes qui ont permis que ce projet sorte de terre. Nous sommes sur le pont pour trouver les 3 millions restants ! »


Site internet de l'association : https://association.impactes.fr/

Sophie Iborra

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