ENTRETIEN EXCLUSIF — La Française, première vainqueure de la Ligue des champions comme joueuse, puis comme entraîneuse, retrace deux décennies d’évolution économique du football féminin.
Dans son autobiographie très authentique, Une vie de foot, Sonia Bompastor (44 ans) révèle qu'elle est en couple avec son adjointe Camille Abily, partenaire de longue date à Lyon et en équipe de France.
Ainsi libérée de « treize ans de mensonges », l'ex-capitaine des Bleues, devenue l'entraîneuse de Chelsea (Angleterre), raconte aussi les changements profonds dans l'économie de son sport. Sur ce terrain-là aussi, sa parole est libre.
LA TRIBUNE DIMANCHE — À vos débuts, vous aviez un salaire de 1 137,50 euros et des primes de victoire à 75 euros. Que pensez-vous de ces montants ?
SONIA BOMPASTOR — Ça semblait énorme, car il n'y avait rien du tout pendant longtemps. Pour l'écriture du livre, j'ai ressorti mes fiches de paie de documentaliste au Centre national du football à Clairefontaine, où je travaillais en même temps que j'évoluais à Montpellier [2002-2006]. De l'argent de poche, car j'étais nourrie et logée.
Compariez-vous avec les hommes ?
Non. C'était une autre planète, inaccessible. On n'a jamais espéré atteindre les montants pratiqués dans le foot masculin ni même vivre un jour de notre sport. C'est finalement arrivé quand je suis partie aux États-Unis, à l'âge de 29 ans [à Washington Freedom en 2009].
Au plus haut, vous perceviez 10 000 euros par mois à Lyon.
C'était énorme, et ça l'est toujours. Mais cela n'a pas changé ma manière d'être. Le budget vacances a augmenté, on a payé quelques restos et fringues, pensé à la famille. Mais j'ai toujours gardé la tête sur les épaules. Aujourd'hui, des joueuses ont de bons salaires [14 000 euros mensuels de moyenne à Lyon ; 60 000 euros pour la Parisienne Marie-Antoinette Katoto, selon L'Équipe]. Mais je ne pense pas qu'il y ait de dérive ou d'abus. Les sportives restent rationnelles.
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