Dans la tourmente, l'allocation d'actifs a-t-elle encore un rôle à jouer ?

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L'année 2008 a viré à la déroute pour tous les actifs, excepté les papiers gouvernementaux. Dans ce contexte, l'allocation d'actifs peut-elle encore être considérée comme un outil de construction de portefeuille efficace ? Par Patrick Thullen, responsable Solutions d'investissement, Gestion privée chez Pictet & Cie.

Il est d'usage de considérer a priori l'allocation d'actifs comme la pierre angulaire de la gestion de patrimoine, étant entendu qu'il s'agit d'un processus, et non d'une fin en soi, dont l'analyse des objectifs d'investissement et des besoins spécifiques du client constitue le point de départ. La création de portefeuilles séparés avec des objectifs spécifiques permettant de faire correspondre l'horizon temporel avec les attentes de performance, dans le respect de paramètres de risque clairement définis.

Cette année cependant, certains se sont interrogés sur l'efficacité de l'allocation d'actifs pour lutter contre des circonstances plus qu'adverses. Comment en effet anticiper les agissements d'un courtier peu scrupuleux, pouvait-on soupçonner qu'un agent de change fondé il y a 85 ans, Bear Stearns, serait forcé de fusionner pour éviter la banqueroute ou que la banque d'affaires Lehman Brothers, vénérable institution plus que séculaire, disparaîtrait du paysage financier pour toujours?

Avec le recul, d'aucuns vous diront qu'un changement important d'allocation d'actifs début 2008 aurait sauvé maints portefeuilles et s'interrogent sur les raisons pour lesquelles les stratèges n'ont pas su interpréter les signes avant-coureurs afin de positionner plus judicieusement les avoirs de la clientèle. Après tout, avec cette masse d'informations à disposition, il aurait dû être possible d'être plus perspicace.

Certains l'ont fait, dans une certaine mesure, et ont réalloué les actifs. Des établissements ont banni de leurs portefeuilles les produits structurés sophistiqués, les titrisations innovantes et toute autre forme de produit financier dont on découvre aujourd'hui la toxicité. Avec au final des pertes bien sûr, car personne n'a été épargné par la tourmente, inutile de le nier, mais pas aussi abyssales que celles de nombre d'institutions qui ont voulu surfer sur la vague de rendements anormalement élevés jusqu'au bout...

Aujourd'hui, à la lumière des leçons que chacun commence à tirer du passé, il convient de s'interroger sur les stratégies d'allocation d'actifs à adopter pour l'avenir.

Notre établissement a démarré le dernier trimestre sur une exposition limitée aux actions (moins de 25% pour les profils balancés), les portefeuilles étant répartis uniformément entre des liquidités très accessibles, des obligations de très haute qualité, des actions et de l'alternatif. Pour les clients disposant d'une surface financière très importante, un fonds de fonds de "private equity" a permis, début 2008, d'allouer une part des avoirs à cette classe d'actifs très prometteuse maintenant que les acteurs financiers en ont été écartés.

Nous entamons ainsi cette dernière étape avec une position très défensive. Cette position pourra-t-elle encore permettre de satisfaire les objectifs des clients? Un contact régulier pour vérifier les prémices des allocations en place constitue la seule approche qui permette de valider la justesse de l'allocation, d'apprécier les effets potentiels de baisses supplémentaires, voire de déterminer les modifications à apporter à la structure. En d'autres termes, "revoir sa copie" avec le client très régulièrement en fonction des développements.

Dit autrement, des allocations stratégiques bien pensées se fixent sur un horizon pluriannuel et sont ensuite infléchies par le biais de changements tactiques qui capturent des tendances à court terme, une composante importante notamment lors de périodes difficiles. Des portefeuilles distincts, des objectifs clairement identifiés et des allocations spécifiques forment ainsi la base claire de l'analyse de l'impact des mouvements des marchés.

Au cours de la période à venir, le but sera ainsi de déployer, en contact étroit avec les clients, des investissements opportunistes qui amèneront les allocations tactiques en direction de la médiane de la fourchette d'allocation stratégique. Un exemple, au moment de la rédaction de cet article, un rebond de près de 20% amenait l'indice S&P 500 au-dessus de la barre des 1.000 points, niveau d'il y à dix ans, avant de reculer de presque autant en deux jours. Et d'atteindre ainsi un niveau inférieur de 40% aux niveaux records de l'année précédente.

De telles circonstances impliquent obligatoirement une évaluation sérieuse et l'examen de questions précises. La récession et les révisions des bénéfices à venir sont-elles aujourd'hui reflétées dans les cours actuels? Avec en corollaire une réponse claire, rattraper le terrain perdu constitue certainement un objectif trop ambitieux. Toutefois, avec une approche rigoureuse, les investisseurs sont dans la position de pouvoir s'exposer aux opportunités les plus prometteuses pour les mois à venir. Au final, l'allocation d'actifs a donc clairement son rôle à jouer, même en période de crise...  

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