Dieu est-il français ?

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

Quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console. Tel est, ces jours-ci, le refrain des autorités françaises. La France va en effet afficher une croissance fortement négative pour le début 2009 - l'Insee en donnera la mesure exacte ce matin - mais l'année devrait être moins désastreuse qu'en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Espagne, pour ne rien dire de l'Irlande et des pays baltes, qui s'effondrent.

La différence, pour modeste qu'elle est, incite l'hebdomadaire The Economist à célébrer les vertus protectrices du "modèle français". Le journal britannique ne nous avait pas habitués à de tels hommages, en brocardant systématiquement notre antilibéralisme. Il y a peu, c'était le Financial Times qui jetait par-delà la Manche une brassée de compliments sur la robustesse française. De quoi faire prendre à la carnation de Marianne une teinte aussi rosée que les pages du quotidien de la City.

Autre paire de joues rougissantes, celle de Christine Lagarde, la ministre française de l'Economie, couronnée par le "Time" comme l'une des personnalités les plus influentes au monde, dans la mystérieuse catégorie des "dirigeants et révolutionnaires" - les éminents analystes du magazine américain ne précisent pas lequel des deux épithètes convient le mieux à notre "Bercywoman" de choc. A quoi attribuer cette aménité soudaine des Anglo-Saxons, qui avaient fait du "french bashing" un art ? Avec la crise, le monde a changé, ainsi que l'idéologie dominante.

La France, elle, ne change pas. Elle reste corsetée de règles, socialisée à outrance, peu connectée à l'économie-monde et adepte du culte de l'Etat. Aujourd'hui, ces particularités nous protègent en partie des vents glacés de la récession. Mais n'oublions pas qu'ils nous ont protégés du plein emploi et de la croissance pendant quinze ans. Et que notre fameux "modèle" ne révèle ses avantages qu'une ou deux fois par siècle. La dernière fois, c'était dans l'entre-deux-guerres. Le correspondant allemand du Frankfurter Zeitung a publié à l'automne 1930 un livre intitulé "Dieu est-il français ?", dans lequel il s'interrogeait sur les causes de la résistance du "pays de la juste mesure".

A l'époque, l'Union soviétique résistait aussi plutôt bien. Si l'URSS existait encore, Brejnev ou Andropov seraient peut-être sacrés hommes de l'année par "Time". Et cette fois-ci, le qualificatif de révolutionnaire serait pleinement justifié.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Très bonnes remarques concernant le modèle français.

Dans le cadre des réformes inclues dans le programme de Monsieur Sarkozy par exemple, il serait bon de faire la part des choses entre ce qui a fait défaut durant la crise chez nos voisins, et ce qui peut nous aider niveau croissance économique et plein emploi.

Il ne faut pas oublier que Monsieur Sarkozy faisait preuve d'un libéralisme particulèrement excessif, disons bushiste, qui voulait amener les subprimes en France... la crise venant, on connaît la suite... espérons qu'il ne reprendra pas ce mauvais chemin, comme bien d'autres testés, à la suite du constat que l'on a pu dressé avec la crise.

Faire à la manière des chinois, tantôt communiste (vaste marché intérieur, ce qui n'est pas le cas de la France) et tantôt capitaliste à outrance. Garder les bons et jeter les mauvais côtés du libéralisme. Au possible.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
C'est réaliste, mais que faire ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
t'as raison
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
hhaaa, j'ignorais que la France des 60's était à la traine et les USA des 70's en pleine croissance, c'est la nouvelle historiographie économique, pas facile à suivre tt cela, un jour nous sommes tous keynésiens, le lendemain c'est la liberté ou la faillite et en fin de semaine on sociale les pertes
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
@remy yes, mais que voulez vous, le marché de la vérité est trés volatile, t'a à peine réaliser tes rêves qu'ils sont déjà en faillite, le gd bond en avant c'est comme la rupture, faut adapter le produit aux réalités du marché
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
qui peut prouver aujourd'hui qu'on sortira un jour de la crise ? On n'en sortira jamais en réalité, n'est-ce pas ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Amusant et à rebrousse-poils (compte tenu des vents dominants).
N'empêche : de quelle croissance parle-t-on pour dire que la France est restée à l'écart? De l'économie-casino? De celle de la sphère-bulle financière qui accru les inégalités de revenus et jettent aujourd'hui de millions de gens sur le pavé? La bonne question êut été: Dieu est-il un veau d'or?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
MDR .... c'est du trés bon ce commentaire il est pas journaliste pour rien le monsieur mais bon je ne suis pas d'accord avec le fait que la france n'est pas connéctée avec l'économie du monde on ne vit pas dans un pays stalinien quand méme et les pays adéptes du stalinisme se sont converties depuis tres longtemps au capitalisme le plus intransigeant alors nous faire passer pour des moins que rien c'est vraiment domage, moi je trouve que la défense de nos arriére avec nos régles social c'est une trés bonne chose mais que le mouvement doit l'étre aussi c'est comme la cuisine française finalement c'est tout un art .

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