Lettre ouverte au président Obama sur la réforme de l'assurance maladie aux Etats-Unis

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Par Claude Reichman, président du Mouvement pour la liberté de la protection sociale (MLPS).

Monsieur le président,

vous avez l'intention de réformer la couverture maladie des Américains. Présidant depuis 1991, en France, le Mouvement pour la liberté de la protection sociale (MLPS) que j'ai fondé, je crois être en mesure de vous soumettre le fruit de nos réflexions concernant le système d'assurance maladie des Etats-Unis et sa nécessaire réforme.

La situation actuelle n'est pas satisfaisante. Les salariés des plus grandes entreprises bénéficient d'une assurance maladie qui leur est fournie par leur employeur. Les autres salariés, pour l'essentiel ceux des petites et moyennes entreprises, doivent payer leur assurance eux-mêmes. Beaucoup ne le font pas. Ils représentent l'essentiel de la quarantaine de millions de personnes que les médias étrangers citent sans cesse à l'appui de leurs démonstrations visant à prouver que les Etats-Unis sont un enfer social. Rappelons à ces contempteurs du pays de la libre entreprise que celui-ci n'a pas poussé le libéralisme jusqu'à se désintéresser des pauvres et des personnes âgées. Les unes et les autres bénéficient d'une assurance maladie qui leur est fournie par des organismes d'Etat (Medicaid et Medicare), qui n'ont rien à envier au régime français de sécurité sociale, réputé le plus protecteur au monde.

Alors où est le problème ? Tout simplement dans l'illusion selon laquelle ce serait les entreprises qui "offrent" une assurance maladie à leurs salariés. En réalité, les entreprises n'offrent rien du tout. Elles se contentent d'amputer les salaires d'un certain montant qu'elles versent pour le compte de leurs employés à des sociétés d'assurance. Et ce sont bien les salariés qui supportent le coût de leur assurance maladie. Si les petites entreprises ne peuvent le faire, c'est parce que leur profitabilité ne leur permet pas de payer des salaires élevés et que ceux qui sont versés ne sont pas suffisants pour supporter une amputation destinée à fournir une assurance maladie.

Il n'est pas inutile de rappeler que cette situation résulte de l'entrée en guerre des Etats-Unis lors du deuxième conflit mondial. Les prix et les salaires étant bloqués, les entreprises ne pouvaient améliorer la situation de leurs employés qu'en leur accordant des avantages en nature, comme par exemple une assurance maladie. Deux tiers de siècle plus tard, cet expédient est devenu permanent, ce qui prouve une fois de plus que la "tyrannie du statu quo" stigmatisée par Milton Friedman n'est pas une vue de l'esprit.

La réforme à mettre en ?uvre est donc évidente. Il faut que les sommes consacrées par les entreprises à l'assurance maladie de leurs salariés soient versées à ces deniers, dont la rémunération sera dès lors complète. Il leur appartiendra alors de contracter une assurance maladie à titre personnel. Ils pourront d'ailleurs, s'ils le souhaitent, se regrouper au sein d'associations, de syndicats ou de mutuelles qui concluront avec les assureurs des contrats de groupe dans des conditions le plus souvent avantageuses. Il va de soi qu'il ne s'agit en aucune manière de remplacer une carte forcée par une autre et que l'adhésion à un groupe quel qu'il soit sera libre et révocable à tout moment dans les conditions habituelles des contrats privés.

Cette solution offre des avantages qui sautent aux yeux. Tout d'abord, les salariés découvriront ce qu'ils "valent" vraiment, et ce qu'ils coûtent à l'entreprise. Redevenus propriétaires de leur salaire complet, ils auront soin d'en faire le meilleur usage et y regarderont à deux fois avant de souscrire un contrat d'assurance maladie. Enfin les assureurs seront placés dans un marché redevenu vraiment concurrentiel, alors que dans le système actuel, le principal intéressé, à savoir l'assuré, est absent de la négociation des contrats.

Qui dit concurrence dit baisse des tarifs. Cela permettra à beaucoup de salariés des petites et moyennes entreprises d'acquérir enfin une assurance maladie. Ajoutons que la baisse généralisée des coûts de l'assurance maladie améliorera grandement le pouvoir d'achat des salariés, ainsi que leur capacité d'investissement, et que cela renforcera la croissance de l'économie américaine.

Une réforme de ce type est en cours d'application en Europe, à la suite de deux directives communautaires de 1992. Mais elle se heurte, là encore à la "tyrannie du statu quo", notamment dans les pays les plus socialisés, comme la France, à qui l'idée de rendre au travailleur le fruit complet de son labeur paraît une abomination libérale. Espérons que les Etats-Unis sauront revenir aux grands principes de leur société, tels que les ont énoncés les Pères fondateurs, et procéder à cette réforme pour le plus grand bien de tous leurs citoyens.

Veuillez agréer, monsieur le président, l'expression de mes sentiments de haute considération et de mes voeux de réussite.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Article historiquement intéressant mais qui fait l'impasse sur la seule question qui vaille, aux USA comme en France ou ailleurs: comment permettre aux salariés des petites entreprises de bénéficier des mêmes avantages sociaux que ceux des grandes?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Cher Monsieur,
les "avantages sociaux" ne sont que des éléments du salaire. Si une entreprise paie des salaires plus élevés qu'une autre, c'est que sa rentabilité le permet. Quand la rentabilité diminue, voire devient négative, l'entreprise n'a pas d'autre choix que de réduire les salaires ou de licencier. L'exemple des salariés américains de l'automobile démontre que leurs salaires réels (c'est-à-dire "avantages sociaux inclus)étaient trop élevés eu égard à la compétitivité et donc à la rentabilité de leurs employeurs, même s'il est vrai que ceux-ci ont en outre fait de mauvais choix industriels. D'où leur faillite.
Bien cordialement
Claude Reichman
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Merci à Claude Reichman de nous rappeler qu'en fin de compte ce sont bien les salariés qui paient l'assurance maladie. Toute réflexion sur la sécurité sociale doit tenir compte de ce constat fondamental.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
A titre d'exemple, suite à un changement d'emploi, j'ai dû prendre une assurance de santé personnelle en 2003/2004
1/ elle était plus onéreuse qu'en entreprise (180 E par mois pour la couverture maximale pour une famille)
2/ elle remboursait largement moins bien qu'une mutuelle d'entreprise !

Ce sont donc vraiment des arguments fallacieux de la part de M.Reichman: comment un individu peut par exemple négocier mieux qu'une entreprise de plusieurs milliers de personnes, avec des acheteurs compétents?
Réponse si personne n'a deviné: il paiera plus pour bcp moins bien.




a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
M. Reichman n'a qu'une connaissance trés superficielle du fonctionnnmement du système social américain car en réalité la couverture sociale des assurances privées est trés limitative. Elle est suffisante pour une grippe ou un bras cassé mais pour traiter un cancer l'assuré se retrouve vite tout seul !! système impitoyable, heureusement nous avons la sécurité sociale.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Que se passe-t-il quand l'assureur déménage avec la caisse ? Pourquoi ne pas admettre que notre système est plus social et sûr que ce que vous décrivez en perspective pour les Américains. Les sommes versées précédemment par les entreprises à l'assurance maladie soient versées aux salariés ? C'est un coup de bluff ! leur faire croire qu'ils gagnent plus et le grand risque c'est que ceux-ci (les plus pauvres en général ) gardent ces sommes à d'autres fins. Ce qui ne peut se passer avec notre système. Quelle est la part de versement de l'entreprise américaine ? Remarque : lorsque une personne en France annonce son salaire, c'est toujours global, c'est-à-dire charges comprises. Monsieur le Président, vous pouvez dire pourquoi notre système social est réputé le plus protecteur du monde ! copiez-nous ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Toujours cette théorie fallatieuse selon laquelle les individus prennent naturellement de bonne décision pour eux-même et pour la société...Donnons leur donc l'argent réservé aux assurance par les entreprises et il en feront bon usage! Sauf que bien sur les plus pauvre ne prendrons probablement pas d'assurance, ou alors au rabais et la situation sera encore plus inégale qu'a l'heure actuelle.

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