Total, question de méthode

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Total joue de malchance. Ou d'inconscience. Le groupe pétrolier, qui avait annoncé, en mars 2009, près de 560 suppressions d'emplois en France, un mois après avoir dévoilé un bénéfice historique de 13,9 milliards d'euros, s'apprête à récidiver. Début février, il devrait officialiser la fermeture de sa raffinerie de Dunkerque, dix jours à peine avant la publication de ses profits 2009, attendus à? 8 milliards d'euros, et six semaines avant le premier tour des élections régionales.

Difficile de faire politiquement plus maladroit, dans un pays où toute fermeture, même partielle, d'un site industriel devient un deuil partagé. Un pays qui, de Continental à Nortel, de Molex à New Fabris, pour citer des conflits de l'été dernier, se montre instinctivement plus réceptif aux surenchères des salariés abandonnés qu'aux justifications industrielles ou financières des sociétés concernées.

Total n'est pas la seule entreprise du CAC 40 à se retrouver prise dans ce piège. En 2008, Michelin et ArcelorMittal provoquèrent aussi l'opinion en annonçant simultanément, et des bénéfices record, et des restructurations : la fermeture de l'usine Kléber à Toul pour le premier ; l'abandon partiel du site de Gandrange pour le second. Deux décisions sur lesquelles les entreprises ne revinrent pas, malgré l'indignation des Français et les pressions des élus. Nul n'a oublié les deux voyages de Nicolas Sarkozy en Lorraine, deux voyages aller puisqu'il n'y eut aucun? retour, en tout cas, fort peu de retombées !

Les nécessités industrielles, dans une économie extrêmement concurrentielle et mondialisée, s'accommodent mal des injonctions politiques et du calendrier électoral. Christophe de Margerie, le PDG de Total, l'a rappelé à François Fillon, lorsqu'il s'est rendu en début de semaine dernière à Matignon pour tenter d'en désamorcer le courroux. Mais prévenir le pouvoir politique n'est en aucun cas suffisant. On attend de Total qu'il amplifie encore sa politique de gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences pour arriver, comme Rhodia, à fermer des usines sans bruit. Ni fureur.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2010 à 21:14 :
En mars 2009, ce n'était pas des licenciement, mais des suppressions de poste, avec création de nouveaux postes pour ceux dont le poste avait été supprimé, une gestion exemplaire, mais une communication catastrophique. Il reste que le mot "fermeture" résonne comme une défaite, et même une faillite de la capacité à garder des emplois en France sans se ruiner à les subventionner.
a écrit le 26/01/2010 à 10:15 :
pierre angel gay, rhodia a laissé 223 cites pollué en france ,c' est vrai sans bruit!!!
a écrit le 25/01/2010 à 12:24 :
Bien trop facile à écrire quand one ne craint pas pour son emploi ni sa famille. Iriez vous jusqu'à défendre les partons de Nortel qui s'octroient des primes de départ en Millions ou de prétendus bonus de rétention uniquement au niveau "Executive"? Le working level est dehors à chercher du travail ou encore dedans à essayer de sauver les apparences...ni prime ni bonus. juste un job pour le quotidien.

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