2010, l'année de transition...

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Chaque semaine, Hélène Fontanaud propose son regard sur la politique française. Un point de vue décalé pour prendre la mesure des stratégies, des idées et des jeux de pouvoir avant la présidentielle. Aujourd'hui : que retiendra-t-on de 2010 ?

Que restera-t-il de l'année 2010 dans l'histoire politique française ? Sans doute l'écume des vagues, tant les acteurs de la pièce qui trouvera son dénouement en 2012 ont souvent paru être - délibérément ou pas - en position d'attente. Ce n'est que dans les derniers jours de novembre que le tempo s'est accéléré, avec l'entrée en campagne - officieuse - de Nicolas Sarkozy et celle - officielle - de Ségolène Royal.

Les deux adversaires de 2007, prêts à en découdre une nouvelle fois, n'auront pas trop des quatorze mois qui restent avant l'élection présidentielle pour effectuer un rétablissement dans l'opinion publique.

Comme un joueur de tennis qui se sait surclassé dans le premier set, Nicolas Sarkozy s'est réfugié en fond de court, laissant passer les balles des derniers jeux. Le chef de l'État attend les jours meilleurs de 2011, la présidence française du G20, la sortie de crise et le retour de la croissance pour mener son opération de reconquête des Français.

2010 restera à droite comme une année noire, de la bataille perdue des régionales de mars à l'affaire Bettencourt, dont l'unique victime en cette fin d'année n'est autre que le ministre du Travail démissionné Éric Woerth, autrefois promis à un avenir radieux à Matignon. Sans oublier le débat malencontreux sur l'identité nationale, qui n'aura profité qu'à l'extrême droite.

Quant à l'adoption du projet de réforme des retraites, après deux mois de conflit social, elle n'a pas enrayé la mécanique de désaffection de l'opinion vis-à-vis du chef de l'etat.

Dans un discours étonnamment sombre prononcé mardi dernier devant les parlementaires de l'UMP, François Fillon a reconnu que le pouvoir actuel incarne « pour les Français les heures difficiles ». « Nous ne sommes pas tout à fait dans la situation du jeune premier », a-t-il lancé avec humour. « C'est à la fois une épreuve pour nous, parce que nous allons avoir devant nous le mur de la démagogie qu'il va nous falloir démonter. Mais en même temps, je crois que ça peut être un avantage parce que je pense que l'élection à venir reposera très largement sur la crédibilité politique », a estimé celui que le remaniement du 14 novembre a conforté dans son rôle de chef de la majorité.

La crédibilité. C'est justement autour de ce thème que Martine Aubry entend bâtir le projet des socialistes pour 2012. Pour la première secrétaire du PS, 2010 a été l'année du rétablissement. Régions sauvegardées, guerre des chefs en sourdine, conquête de points précieux dans les sondages, la maire de Lille a sans doute mangé son pain blanc. Le pain noir des primaires est au menu de 2011.

Lors d'un déplacement dans ses terres nordistes, jeudi dernier, Martine Aubry ne cachait pas son agacement devant la curiosité des journalistes à propos de cette compétition. Elle a feint de ne pas avoir été surprise par le retour tonitruant de Ségolène Royal et a défendu bec et ongles la stratégie choisie par la direction du parti : travail sur le projet jusqu'au printemps, désignation du candidat à l'automne et recherche d'alliances avec les partenaires de la gauche.

Mais 2010 aura surtout été marqué au PS par le surplace entêté de Dominique Strauss-Kahn. Interrogé jeudi à Washington lors d'un débat organisé par Thomson-Reuters, le directeur général du FMI a lancé qu'il n'avait « pas le temps de penser » à l'élection présidentielle. Pour DSK, champion incontesté des sondages, l'heure du choix arrivera en 2011, sans doute avant l'été. Tout comme pour François Hollande, qui devrait faire connaître sa décision en mars après douze mois consacrés à l'édification d'une nouvelle image et à la présentation d'un projet économique, éducatif et écologique. Quant à Martine Aubry, nul n'ignore que son choix dépendra de la décision de Dominique Strauss-Kahn.

2010 aura aussi vu naître l'union des familles de l'écologie, après la confirmation de la bonne santé électorale d'Europe Écologie aux régionales. Mais là aussi rien n'a été réglé et la candidate pressentie pour 2012, Eva Joly, pourrait se voir contester par la star des sondages, Nicolas Hulot. Ou bien par la patronne du nouveau parti, Cécile Duflot.

Le « marqueur » des régionales aura aussi permis de déceler le sursaut du Front national. 2010 aura été l'année de la révélation pour Marine Le Pen, qui sera consacrée à la tête de l'extrême droite lors du congrès de janvier. Pour la fille de Jean-Marie Le Pen aussi, le plus dur commence. Le FN n'a retrouvé qu'une partie de l'oxygène dont il avait été privé par Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007.

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