Il faut garder le cap du numérique

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Par Guy Mamou-Mani, président de Syntec Numérique

La France et le monde vivent aujourd'hui une révolution technologique majeure qui nous amène à penser notre économie et notre société différemment. Le numérique bouleverse les organisations, les façons de communiquer, de consommer, de commercer, d'apprendre, de vivre en communauté, d'innover, de s'informer... Il donne naissance à une nouvelle génération de citoyens, d'entreprises, de travailleurs, de consommateurs... et à des pratiques nouvelles et inédites dont l'affaire WikiLeaks est emblématique. Le numérique donne aussi naissance à une nouvelle filière, en construction, qu'il est important de comprendre afin de mieux accompagner son développement. Pour les politiques, il ne faut pas perdre de vue la nécessité de soutenir l'innovation, dans toutes ses composantes, industrie et services. Il est de notre responsabilité à tous d'accompagner cette révolution technologique en mettant en place un environnement qui, tout en prévenant les effets pervers, favorisera l'innovation.

Sous l'effet de la démocratisation d'Internet, la révolution numérique entre dans une phase plus mature et s'accompagne de l'émergence de nouvelles pratiques. Les États vont progressivement s'organiser afin de comprendre ces usages nouveaux et prévenir ceux potentiellement à risque. Dans cet exercice, ils devront associer des représentants de la société civile et les acteurs du secteur dans une instance de gouvernance pérenne et représentative. Autre enjeu majeur dans les mois à venir : celui de la diffusion des usages dans toutes les composantes de la société et de l'économie afin d'éviter que n'émerge une « fracture numérique » et de permettre au tissu industriel de se moderniser.

Depuis quelques années, la France se fixe, à juste titre, pour objectif de pallier son retard en matière d'usages numériques, notamment dans les entreprises. Les statistiques européennes le rappellent périodiquement : la France est la 3e économie de l'Union européenne alors que, en matière d'usages numériques, elle se situe dans le dernier « tertile » sur de nombreux indicateurs. En 2009, sur les 15 pays constituant le groupe « UE 15 », elle était ainsi au 12e rang en matière de nombre d'entreprises ayant un site Web, au 11e rang pour celles ayant un réseau local, au 9e rang pour le nombre d'entreprises dont les salariés utilisent régulièrement Internet... Il nous faut poursuivre ces efforts et contribuer à l'amélioration de la compétitivité des entreprises françaises en accompagnant le développement des usages numériques, notamment dans les PME.

Le numérique, c'est aussi une filière dont il faut favoriser la construction, afin d'être en mesure de conquérir des positions dominantes. Là encore, la France cumule un certain retard. De nombreux pays mettent en place des mesures afin de soutenir cette nouvelle filière innovante qu'ils ont identifiée comme prioritaire et stratégique. Il en est ainsi des États-Unis qui envisagent d'accroître et de pérenniser les crédits d'impôt déjà existants pour la recherche et développement en faveur des entreprises des nouvelles technologies. En France, les débats qui ont lieu sur le crédit d'impôt recherche et celui sur la Jeune Entreprise innovante ont semé le doute sur la stabilité de ces dispositifs.

Ceux-ci sont pourtant essentiels au bon développement des acteurs innovants de notre nouvelle économie.

La composante « services » du numérique a déjà beaucoup souffert lors de la refonte de la taxe professionnelle. Elle s'est en effet traduite par la création d'une « contribution sur la valeur ajoutée », touchant avant tout les sociétés de services. La croissance de nos économies et de nos entreprises est de plus en plus tributaire du savoir et de l'innovation, il n'est plus possible d'opposer « industrie » et « services ». À défaut, on risque de faire des arbitrages au détriment de l'un ou de l'autre sans comprendre les nouveaux mécanismes de diffusion de l'innovation qui se mettent en place. Les emplois d'avenir sont à chercher dans les technologies et usages numériques qui permettront d'améliorer la compétitivité et l'innovation de notre industrie.

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