Les déficits de confiance creusent nos déficits financiers

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Par Alain Madelin, ancien ministre.

Voici les Français champions du monde du pessimisme. C'est ce que vient de montrer un récent sondage international BVA-Gallup, faisant ainsi suite à bien d'autres études qui, depuis longtemps déjà, nous dressent le portrait d'une France craintive et frileuse, hostile à la mondialisation, au libre-échange et à l'économie de marché, à contre-courant de tous les autres grands pays. Or, on le sait, le facteur mental est essentiel à la croissance. Les déficits de confiance d'une France anxiogène sapent notre croissance. Et une trop faible croissance contribue à creuser nos déficits financiers.

Notre environnement politique et culturel n'est pas sans responsabilité. Si la prospérité se nourrit de confiance, la politique française aujourd'hui prospère sur les peurs : peur de la mondialisation, de la concurrence et des délocalisations, de la finance apatride et spéculative ; celle de l'islam et du terrorisme, d'une Europe trop libérale et trop ouverte ; celle des menaces qui planent sur notre santé, de la "vache folle" aux pandémies grippales en passant par les téléphones mobiles ou les antennes-relais ; celle d'un progrès mal maîtrisé, des OGM aux nanotechnologies ; la grande peur encore du réchauffement climatique qui menace la survie même de notre espèce ; la peur toujours des criminels récidivistes ou des jeunes de nos cités...Il faut dire que, sur le marché médiatique, les peurs se vendent bien et que la politique se fait de plus en plus spectacle.

Alimentée par le carburant des peurs, la nouvelle mécanique politique semble bien rodée. Elle fonctionne comme un moteur à quatre temps : 1er temps : médiatisation d'un problème et exposition des victimes ; 2ème temps : émotion-compassion ; 3ème temps : recherche des boucs émissaires et dénonciation des coupables ; 4ème temps : réaction politique à l'émotion de l'opinion ; proposition d'une nouvelle loi pour interdire, réprimer ou taxer.

Il existe ainsi une connivence de fait entre les fabricants de peurs et les marchands de sécurités que sont les politiques, toutes tendances confondues. Marché médiatique et marché politique fonctionnent de concert. Qui dit peur dit besoin de sécurité. Et la sécurité, c'est le coeur de métier de la politique : la sécurité militaire et policière, la sécurité juridique, la sécurité sociale aussi, bien entendu. C'est d'ailleurs au nom du Bien social que les politiques de tous bords ont construit au fil des ans cet énorme État providence qui dépense et redistribue plus d'un euro sur deux de la richesse produite.

Le problème est que cet État providence, aux rendements sociaux décroissants, est aujourd'hui à bout de souffle. Nous ne savons plus le financer, nous ne savons pas davantage le réformer. Loin d'annoncer le retour de l'Etat, la crise financière et notre endettement portent l'exigence d'un État plus frugal et plus modeste. Mais un tel changement d'orientation est plus difficile en France qu'ailleurs.

D'abord parce que les immenses forces et les gros bataillons intellectuels, qui s'étaient investis dans les « lendemains qui chantent » d'une nouvelle société, se sont reconvertis, au lendemain de la chute du mur de Berlin, dans la critique radicale d'un quotidien qui déchante, dans les descriptions apocalyptiques de l'avenir capitaliste et dans la défense du statu quo étatique.

Ensuite, parce que les transformations du monde, sous l'influence des technologies et de la mondialisation qui remettent partout en cause le pouvoir et l'organisation des Etats, posent à la France un problème culturel. Si l'Angleterre est d'abord une démocratie, l'Allemagne un peuple, les Etats-Unis une certaine idée de la liberté, la France, c'est d'abord un Etat. C'est dire qu'une crise de l'Etat est, chez nous, une crise de notre identité nationale.

Dès lors que le filon de la dépense publique s'épuise, on comprend que le filon sécuritaire devienne une aubaine pour une classe politique qui n'a d'ailleurs guère envie de redistribuer ses pouvoirs. Ce faisant, la politique ne fait qu'augmenter la peur des solutions de liberté dont la France a besoin.

Alors qu'il nous faudrait une pédagogie audacieuse des libertés économiques pour stimuler la confiance, nous avons trop souvent une démagogie de la peur. Pour que les Français retrouvent confiance, il faut leur faire confiance, selon la célèbre formule d'Abraham Lincoln : "Le gouvernement ne doit pas faire ce dont les citoyens sont capables."

Il est symptomatique que les meilleures politiques du gouvernement soient celles de l'autonomie des universités ou de l'auto-entrepreneur, c'est-à-dire des politiques dont le préfixe "auto" marque un choix de confiance dans la liberté.

Dans l'élection présidentielle qui s'approche, les candidats, qui rêvent de prendre le pouvoir et qui se préparent à expliquer aux Français pourquoi ils doivent "leur faire confiance", devraient réfléchir aux avantages et à l'écho d'une politique visant à redonner du pouvoir aux Français, à faire confiance à leur liberté et à leur responsabilité.

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