Fin d'une année folle, début d'une réforme de la gouvernance

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DR (Crédits : Bloomberg)
La crise a permis d'engager une réforme majeure de la gouvernance économique au sein de l'Union européenne. Beaucoup reste à faire, notamment rendre la surveillance budgétaire préventive plus efficace.

L'année 2010 est derrière nous. Tant mieux diront certains, en tout cas d'un point de vue économique et financier. Comme l'a déclaré un collègue, "c'était une année folle, vivement qu'elle se termine !"  2010 mérite-t-elle cette réputation d' "annus horribilis" ? Oui et non. Oui, dans la mesure où certaines régions d'Europe ont plongé plus encore dans la crise financière, une crise de la dette souveraine. Non, parce que la relance économique est amorcée en Europe. Par ailleurs, la crise a déclenché une réforme majeure de la gouvernance économique dans l'UE. Une crise est un tournant, souvent décisif. C'est une mise à l'épreuve qui met en exergue les faiblesses structurelles. En l'absence de réaction, une crise peut être une occasion manquée, et se solder par un échec encore plus marquant.

Le risque de grande dépression a été évité car, au moment crucial, les décideurs politiques de l'UE et d'autres pays sont parvenus à coordonner leurs efforts. L'Europe a connu un autre moment de vérité avec la menace d'insolvabilité de la Grèce. Après quelques hésitations, les États membres de la zone euro sont intervenus et un mécanisme de protection financière a été mis en place en une semaine. Enfin, une action décisive a été engagée en novembre pour aider l'Irlande.

Quel est donc le bilan des réformes économiques engagées en Europe en 2010 ? De nombreuses mesures ont été prises pour préserver la stabilité financière et mettre en place des mesures de protection budgétaire. Mais il reste encore beaucoup à faire. Soyons honnêtes : si la crise mondiale a touché l'Europe aussi durement, c'est parce que nos finances publiques n'étaient pas saines. Malgré le Pacte de stabilité et de croissance, les finances publiques étaient fragiles avant la crise, et des déséquilibres macroéconomiques importants s'étaient accumulés au fil du temps.

C'est pourquoi il est si important que les États membres de l'UE et le Parlement européen achèvent rapidement la réforme fondamentale de la gouvernance économique de l'Union européenne. Cela devrait être fait d'ici à l'été prochain, en conservant les propositions initiales ambitieuses de la Commission, sans les édulcorer. La leçon la plus importante à tirer de la crise, c'est que nous devons rendre la surveillance budgétaire préventive beaucoup plus efficace et plus rigoureuse qu'auparavant. Nous ne voulons plus que des crises comme celle de la Grèce se produisent à l'avenir. Pour cela, il nous faut des sanctions crédibles, et la possibilité de les actionner au moyen d'un vote majoritaire inversé, de sorte que la proposition de sanctions de la Commission à l'encontre d'un État membre prenne effet sauf si une majorité qualifiée marque son veto.

 

Autre leçon : les déséquilibres macroéconomiques peuvent contenir les germes d'une crise grave, comme nous avons pu le constater dans le cas de l'Irlande. La réforme nous permettra de les identifier suffisamment tôt et d'insister auprès de l'État membre concerné pour qu'il prenne des mesures de correction.

Il faut achever la réforme de la gouvernance économique avec un maximum d'ambition et résister à la tentation d'adoucir les règles, pour la crédibilité de l'Union économique et monétaire à court et long terme. Prévenir vaut mieux que guérir, sans parler de la sortie de crise. Ainsi, une gouvernance économique efficace est le meilleur rempart contre les crises, et elle est certainement plus importante que n'importe quel mécanisme de secours financier.

2010 a bien été une année difficile. Mais rétrospectivement, on peut la voir comme une avancée majeure dans l'intégration économique et politique de l'Europe, si nous sommes déterminés à aller jusqu'au bout de la sauvegarde de la stabilité financière et du renforcement de la gouvernance économique. Ces réformes compléteront l'union monétaire et permettront à terme de créer une véritable union économique performante. Il est grand temps de le faire, et de jeter des bases solides pour l'euro.

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