La vaine croisade du G20

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Par François Lenglet, directeur de la rédaction de La Tribune.

Avec la présidence du G20, la France va enfourcher son cheval préféré, la lutte contre l'instabilité. Une croisade religieuse, aussi vieille que la nation elle-même, qui rassemble gauche et droite et nous met immanquablement aux prises avec les "Anglo-Saxons" - les diables du marché. Cette fois-ci, l'obsession française se pare d'un manteau aux couleurs flatteuses, la lutte contre l'injustice. Le blé, l'orge, le sucre subissent de fortes hausses de leurs cours, risquant de déclencher des émeutes de la faim, comme en 2008 ? Il faut que le G20 encadre le prix des denrées essentielles, dit l'Elysée, pour limiter les fluctuations mortifères.

La guerre monétaire menace ? Il faut reconstruire le système international des échanges en remplaçant le trop volatil dollar par un panier de monnaies, plus stable. Nobles ambitions. Limitons donc le cours du blé ou le prix du pain. Ce qui se verra : la hausse sera stoppée. Ce qui ne se verra pas : les producteurs seront dissuadés de travailler davantage, et les risques de pénurie et d'émeutes plus élevés que jamais. Même illusion pour la monnaie. En apparence, la stabilité des taux de change facilite le commerce et les échanges.

En réalité, la flexibilité des cours des devises est aussi vitale à l'économie que le mouvement à un corps vivant. Elle stimule une activité déprimée ou bien refroidit une conjoncture en surchauffe : c'est un outil précieux. Les deux anomalies de l'économie actuelle, le considérable excédent commercial chinois et celui de l'Allemagne, proviennent justement de taux de change bloqués, le yuan et l'euro. Le premier étant sous-évalué par rapport à la compétitivité de la Chine, le second, à celle de l'Allemagne. Déséquilibres qui expliquent largement la crise financière que nous avons connue. Le monde est malade de rigidité excessive, et non pas de trop de volatilité. Fût-il présidé par un Français, un G20 qui ignorerait cette évidence aggraverait le mal qu'il est censé soigner.

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