Des radars à la pompe à essence

Par Philippe Mabille, rédacteur en chef à La Tribune
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Qui a dit que ce gouvernement n'aime pas les automobilistes ! Une semaine après le chassé-croisé sur le vrai-faux enlèvement des panneaux de signalisation des radars, voilà que Christine Lagarde se réveille soudain sur le prix de l'essence à la pompe. Pour une fois, ce n'est pas à l'Élysée que les pétroliers sont convoqués, mais à Bercy, où la direction de la concurrence leur reproche de ne pas répercuter assez vite la baisse, récente, des cours du pétrole. Phénomène classique de déjà-vu, qui conduira les pétroliers à répondre poliment qu'ils n'ont pas les mêmes statistiques, que la France a le marché des carburants « le plus compétitif d'Europe », etc. Passons sur la transfiguration de Christine Lagarde qui, autrefois, conseillait aux automobilistes de rouler « à vélo » et se résout d'autant plus à froncer les sourcils que ce combat est bon pour sa cote de popularité. L'essentiel n'est pas là. On sait bien que ces rodomontades politiques sur le soi-disant blocage des prix n'auront aucun effet significatif. Il y a quelques semaines, Christophe de Margerie, le président de Total, avait lancé un pavé dans la pompe en prédisant un litre d'essence à 2 euros le litre. Cette provocation a des vertus pédagogiques : le signal-prix de carburants durablement plus chers n'est-il pas la meilleure incitation financière au changement du modèle automobile actuel ? Ce gouvernement n'a-t-il pas failli créer la taxe carbone, qui aurait eu pour effet de renchérir le prix de l'essence, pour provoquer une rupture technologique dans la filière et encourager au passage le véhicule électrique ? Cette évolution est inéluctable, ce qui n'autorise pas pour autant les compagnies pétrolières à abuser de leur position. À preuve, le même Total se prépare à se lancer à son tour dans la guerre des prix, en transformant en stations à bas prix une partie de son réseau. Une rupture commerciale pour l'enseigne la plus chère de France qui préfigure une sérieuse bagarre avec la grande distribution.

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