Quand l'empire du Milieu note le reste du monde

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Coup de tonnerre au Royaume-Uni. La note de la dette britannique a été abaissée. Si, si, vraiment : elle est passée de AA? à A+, avec surveillance négative. Si personne ou presque n'y a prêté attention, c'est que la décision venait de... Dagong, l'agence de notation chinoise. Quasiment inconnue dans le monde occidental, celle-ci notait jusqu'à l'an dernier essentiellement les entreprises chinoises. Mais elle s'est lancée depuis l'été 2010 dans la dette souveraine, couvrant désormais une soixantaine de pays. Et ça fait des ravages. La France ? Sa note vient aussi d'être abaissée à A+, avec surveillance négative. Même les États-Unis n'y échappent pas, avec une note réduite à A+ depuis novembre dernier.

Dans ses rapports - dans un anglais parfois approximatif - Dagong ne mâche pas ses critiques. Petit florilège avec la récente note sur le Royaume-Uni : « (L'austérité budgétaire) est rendue difficile par les problèmes sociaux, l'inflation élevée, et la relativement faible croissance... Il est improbable que les recettes fiscales [...] augmentent sensiblement. » Dagong en profite pour lancer une savoureuse petite pique politique : « L'engagement du Royaume-Uni dans la guerre en Libye va encore augmenter le déficit. »

Il serait tentant d'écarter d'un revers de la main ce rapport. L'agence Dagong n'a pour l'instant aucun impact sur les marchés internationaux. Mais l'offensive a de l'importance. D'abord parce que la Chine est l'un des tout premiers créditeurs du monde occidental, et que la perception qui y règne est essentielle. Ensuite parce que cela remet en cause la suprématie, très critiquée, des trois grandes agences de notation : Standard and Poor's et Moody's (toutes les deux américaines, avec 80 % du marché) et Fitch (dont le siège est à la fois à Londres et à New York, avec 12 % du marché).

Ces trois mastodontes sont aussi mis en cause par l'Europe, qui envisage de créer sa propre agence. L'idée a émergé de la crise financière : les agences sont accusées, d'une part, d'avoir accordé la meilleure note (AAA) à des produits financiers qui se sont finalement révélés toxiques et, d'autre part, d'accentuer la crise de l'euro en abaissant les notes des pays comme la Grèce ou l'Irlande et de provoquer des mouvements de panique. Les agences de notation « cherchent à modeler le destin et déterminer l'avenir de nos enfants », accusait en mars Georges Papandréou, le Premier ministre grec.

Les cas chinois et européens relèvent de la même volonté de rééquilibrer les points de vue. Sur son site Web, l'agence Dagong parle sans détour de renforcer « son pouvoir de négociation sur les marchés des capitaux internationaux ». L'agence est explicitement là pour mettre un terme au biais pro-occidental des agences traditionnelles. En comparaison, l'offensive européenne semble bien en retard. « Le projet d'une agence de l'UE n'a pas l'air de se concrétiser », persifle une source d'une des grandes agences actuelles. Les Britanniques en particulier sont contre, estimant que le conflit d'intérêts avec les propriétaires de l'agence - les États européens - serait trop évident. Ils n'ont pas tort. Mais il faudrait aussi éviter la naïveté. Les agences de notation actuelles sont-elles vraiment aussi indépendantes et scientifiques qu'elles voudraient le faire croire ? Et si oui, comment expliquer que les États-Unis gardent une note AAA - certes désormais vacillante - malgré leur dette et leur déficit colossaux ? Un autre regard, qu'il soit de Chine ou d'Europe, ne peut qu'aller dans le bon sens. Et tant qu'à faire pour les Européens, autant qu'il vienne d'Europe.

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