Grèce : quand la sécurité prime la justice
Florence Autret, correspondante de La Tribune à Bruxelles
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Monsieur Squire, vous avez beaucoup insisté sur le fait que la participation des créanciers privés au sauvetage de la Grèce doit être volontaire et non obligatoire. Pourquoi ?
Je n'ai pas été le seul à le faire. Le président de la BCE, Monsieur Trichet, ainsi que Monsieur Juncker en ont fait une question de principe. La raison en est très simple : si cette participation était obligatoire, cela signifierait que la Grèce est en situation de défaut de paiement. Un défaut grec constituerait ce que l'on appelle un évènement de crédit et créerait un choc systémique susceptible de dégénérer en second Lehman.
Mais si l'on annonce très clairement, dès le début, que cette participation sera limitée à, mettons, 20 ou 30 % des créances, qu'elle sera étalée dans le temps, que ce n'est donc pas un défaut complet, n'est-il pas possible de limiter le risque ?
C'est tout de même un évènement systémique.
Qu'est ce qui vous permet d'en être certain ?
Le fait justement que nous ne sommes pas certains des réactions du marché et du risque de déclenchement des contrats d'assurance contre un défaut (CDS).
C'est en quelque sorte cette incertitude qui est votre certitude ?
Je préfère dire que si nous refusons le principe d'une parti- cipation obligatoire, c'est à cause des conséquences possibles et incertaines de cette participation.
Et non pas parce qu'elle serait justifiée ou injustifiée ?
En effet.
Pensez vous néanmoins, que dans l'absolu, il est juste qu'une institution prêtant de l'argent contre intérêt à un ménage, une entreprise ou un État assume elle-même les conséquences d'un éventuel défaut de cet emprunteur ?
Je n'aime pas raisonner dans l'absolu. Mais pour les besoins de notre entretien, je veux bien vous répondre qu'en effet, il est normal qu'un créancier assume le risque. Naturellement.
Et vous recommandez cependant de faire une exception au bénéfice des créanciers privés de la Grèce : ils seront donc remboursés aux frais du contribuable européen via les prêts de la zone euro et du FMI, lesquels reprendront à leur charge le risque d'insolvabilité ?
Florence Autret, correspondante de La Tribune à Bruxelles