Banques : la mauvaise solution de Lagarde

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Face à la crise de liquidité bancaire qui menace, la recapitalisation des banques préconisée par Christine Lagarde n'apportera rien. Elle n'est pas à la hauteur du problème. Des solutions imaginatives peuvent être esquissées.

Les crises les plus graves viennent des crises de liquidité bancaire, c'est-à-dire d'une situation où les banques ne trouvent plus auprès des prêteurs les ressources nécessaires au financement de leurs actifs, qu'elles ne peuvent pas vendre (crédits), ou seulement à un prix déprimé (actifs financiers).

La dernière - et très grave - crise de liquidité bancaire s'est produite après la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Le marché interbancaire (prêts entre banques) s'est fermé, chaque banque pensant que les autres allaient réaliser des pertes insupportables ou allaient connaître le même sort que Lehman en raison de la chute des prix des actifs structurés complexes (ABS divers). Puisque les banques ne pouvaient plus se financer, elles ont arrêté de prêter et il y a eu rationnement du crédit bancaire, aux entreprises, aux ménages et à l'exportation, ce qui explique la transmission de la crise à tous les pays, y compris les pays émergents. L'économie mondiale s'est alors effondrée.

Malheureusement, on observe aujourd'hui les premiers signes, à nouveau, d'une crise de liquidité bancaire. Les primes de risque que les banques doivent payer sur leurs emprunts obligataires sont passées de 120 à 180 points de base (1,8 %) ; les banques ne se prêtent plus sur le marché interbancaire qu'à des échéances très courtes (1 jour, 1 semaine) et il leur devient très compliqué de refinancer des prêts à plus long terme ; les fonds monétaires américains, qui prêtent traditionnellement en dollars aux banques européennes, ont réduit de 40 % ces prêts. Ceci correspond à un mouvement de défiance vis-à-vis des banques européennes, ce qui les conduit à commencer à resserrer les conditions du crédit aux ménages et aux entreprises.

Cette défiance est liée à la détention de dettes publiques à risque. Les banques de la zone euro détiennent 90 milliards d'euros de dette grecque, 40 milliards de dette portugaise, 326 milliards de dette italienne, 278 milliards de dette espagnole. Le risque de défaut de certains de ces pays n'est pas nul en raison de la difficulté de mise en place de plans de soutien crédibles, de la croissance très faible, même négative de ces pays.

Un défaut conduirait à des pertes pour les banques européennes, insupportables s'il s'agissait de l'Italie et de l'Espagne. Il faut absolument éviter le risque de crise de liquidité bancaire pour éviter une nouvelle récession, pire peut-être qu'en 2008. Comment faire ?

À Jackson Hole, le 26 août, Christine Lagarde a défendu la solution d'une capitalisation supplémentaire des banques européennes, soit sur fonds privés, soit sur fonds publics. Les exigences de fonds propres seraient donc renforcées. Nous ne pensons pas qu'il s'agisse d'une solution efficace. On peut augmenter la taille des fonds propres des banques de 1, 2 ou 3 points de la taille de leur bilan. Mais s'il y a une crise de liquidité bancaire, elle porte sur des montants d'actifs bien plus considérables : les refinancements à court terme des banques de la zone euro représentent 9 % du total de leur bilan, l'encours d'émissions obligataires des banques de la zone euro 15 % ; si les banques ne peuvent plus se refinancer à court terme ou à long terme, elles font faillite, quel que soit le niveau de leurs fonds propres.

Il faut donc utiliser d'autres instruments que la hausse du capital des banques. En ce qui concerne les financements à court terme, le rôle de la BCE est central : elle se substitue aux banques lorsque celles-ci ne veulent plus se prêter entre elles.

Mais, s'agissant du long terme, le problème reste entier. Il a même été accru par les nouvelles règles prudentielles (Bâle III) qui imposent aux banques de financer à long terme, et plus à partir des dépôts à vue, les crédits à long terme aux ménages et aux entreprises. Il faut ici faire preuve d'imagination. Pourquoi ne pas étendre le champ des obligations sécurisées (« covered bonds », en France obligations foncières) au refinancement des crédits aux entreprises ? Aujourd'hui les banques ne peuvent utiliser ce type d'obligations, sur lequel les crises de liquidité sont très rares puisque les investisseurs sont très protégés, que pour financer les crédits immobiliers et les crédits aux collectivités locales.

Pourquoi ne pas demander aux banques d'avoir des réserves de « vraie » liquidité, par exemple en ayant négocié à l'avance auprès d'investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension) la garantie qu'ils achèteraient des obligations de la banque émises en cas de besoin. Les régulateurs des banques, la Commission européenne et maintenant le FMI se sont focalisés sur la recapitalisation. Mais ce n'est pas le bon remède pour éviter la crise bancaire la plus grave, compte tenu de ses conséquences sur l'économie, qui est la crise de liquidité.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2011 à 2:09 :
Pour compléter.... les banques ont joué, elles doivent accepter de perdre. Cessez donc de réclamer à cor et à cri toujours plus d'argent, cela finit par devenir lassant, et même presque insultant, quand vous en arrivez à proposer l'extension de l'utilisation des obligations financières, après avoir constaté les dégâts provoqués par les excès de ce genre de titrisation aux US....
a écrit le 02/09/2011 à 1:58 :
M. Artus, l'effort est louable, mais le résultat est plus que désappointant. Revoyez votre copie... C'est bien une crise de solvabilité à laquelle les institutions financières doivent faire face et tous vos efforts de rhétorique n'y pourront rien changer...
a écrit le 01/09/2011 à 17:38 :
Patrick Artus a la vue étroite quand il parle de besoins de liquidités. Bien sûr qu'il faut des liquidités, mais certainement pas en monnaie de singe. Or, la liquidité repose sur la confiance en la monnaie, elle-même soutenue par la confiance établie entre les ressources (les rentrées futures) et les dettes (les créances futures). Il n'y a plus de confiance ni dans les ressources rapides ni dans les remboursements de dettes. Donc, il faut bien en passer par un apurement des dettes sur les bilans quand celles-ci seront constatées perdues à tout jamais pour tout ou partie.

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