Santé : un projet pour sortir du malaise

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Par Nathalie Canieux, secrétaire générale de la CFDT santé-sociaux.

L'exemple des brancardiers résume à lui seul la situation dans laquelle se trouve l'hôpital. Dans le cadre de travaux de réhabilitation, les revêtements de sol sont changés dans de nombreux établissements, mais les roues des brancards s'enfoncent dans les nouveaux revêtements. Il faut attendre six mois en moyenne pour changer les roues de tous les brancards. En attendant, les brancardiers sont condamnés à pousser comme ils peuvent des charges deux fois plus lourdes qu'à l'habitude. Le mal de dos cause de nombreux arrêts de travail et des aides-soignantes assurent au pied levé la tâche des brancardiers absents...

Cette situation n'est pas une situation isolée. C'est sans doute à cause de cela que l'enquête lancée par la CFDT santé-sociaux et la CFDT Cadres connaît un tel succès : 56.400 réponses depuis le mois d'avril.

Les militants de la CFDT qui sont allés à la rencontre de leurs collègues pour les écouter ont souligné à quel point les salariés des filières soignante, administrative, sociale et ouvrière sont désireux de s'exprimer sur leurs conditions de travail.

Les conditions dans lesquelles ils exercent sont un réel sujet d'inquiétude dans la fonction publique hospitalière. Leur dégradation est vécue comme un manque de reconnaissance et de respect de l'engagement des salariés, qui ont le sentiment que leur travail a perdu son sens.

Le dévouement est souvent plébiscité par l'opinion publique, mais le seuil de tolérance est aujourd'hui franchi. L'implication personnelle, qui est bien une réalité, sert souvent à justifier les pires conditions de travail plutôt que les meilleures.

Ces dernières années, les agents ont dû assumer individuellement toutes les évolutions du secteur. L'évaluation, le mérite et la performance ont fait leur apparition dans le quotidien. Même les cadres n'arrivent plus à suivre la succession des réformes.

Le collectif et la notion d'équipe ne survivent que par la volonté farouche des professionnels de résister à l'isolement. Chacun est devenu le maillon d'un protocole à appliquer au plus vite, à moindre coût, et dans lequel le patient n'est plus pris en compte.

Les réformes aux enjeux principalement financiers ont dévoré la santé des agents, notamment en leur rappelant sans cesse ce qu'ils coûtent sans jamais leur dire à quel point ils sont indispensables. Jamais ces mutations ne sont allées dans le sens de l'investissement dans la santé et dans l'humain. Pourtant, l'Hôpital, c'est avant tout des personnes qui en soignent d'autres.

Les investissements dans la santé et le bien-être social sont essentiels pour la croissance économique. Ils doivent constituer un élément clé des stratégies nationales de développement. Appréhender les réformes du système de santé uniquement en termes de coûts, c'est oublier que le secteur sanitaire social et médicosocial, tout comme l'éducation, rayonne sur le reste du fonctionnement économique. Arrêtons de considérer le secteur de la santé comme un fardeau et rien d'autre ! Un changement de comportement s'impose.

 

Chaque jour des personnes abîmées par le travail sont soignées dans nos établissements, ce qui fait de l'hôpital un témoin privilégié des dégâts du manque de responsabilité sociale d'autres secteurs. La Santé est financée par des fonds issus de la protection sociale, elle a donc des comptes à rendre à la collectivité, y compris dans le cadre de pratiques responsables qui remettent le salarié au coeur de l'entreprise. Pour tout cela, elle devrait être une tête de pont dans ce domaine. C'est loin d'être le cas... Aujourd?hui l'hôpital rend malade. Les taux d'absentéisme et de démission progressent de manière inquiétante.

Lutter contre les arrêts maladie, est-ce interdire aux salariés d'être malades ou bien avoir la volonté et le courage de se demander pourquoi ils le sont ? Pour cela, il faut commencer par ouvrir des espaces d'expression pour les salariés et recréer du dialogue social. Rendons aussi leur rôle aux directeurs d'hôpitaux en les responsabilisant sur les questions sociales au niveau local. Faute de quoi, ils resteront confinés dans l'exécution des cohortes de directives qu'ils sont tenus d'appliquer sans autre forme de discussion.

Un usager fragile, malade, menacé ne peut pas être correctement aidé par un professionnel lui-même fragile, malade et menacé. Redonnons aux métiers de la santé et du social les moyens d'effectuer leur travail. C'est ce qu'expriment les 56.400 personnes interrogées par la CFDT.

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