Le noeud gordien des banques

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Par Éric Lamarque Professeur de finance à Bordeaux IV Associé de Secor Europe et membre du Cercle de l'entreprise

Lorsqu'on regarde ce qui est demandé aux banques aujourd'hui, un constat s'impose : il n'existe pas de solution satisfaisante à apporter aux attentes dont elles font l'objet. Quelles sont-elles ?

- Renforcer leur capital et leur liquidité : pour se prémunir contre la défaillance de créanciers et la perte de valeur de certains actifs, banques et assurances doivent respecter des exigences minimales de fonds propres et de liquidité disponible. Lorsqu'une banque accorde un prêt, lorsque, elle, ou un assureur, achète une obligation, souscrit un emprunt d'État, elle doit faire en sorte d'augmenter ses fonds propres proportionnellement au montant mobilisé et en fonction du risque associé à cette opération. Si elle détient déjà des obligations, si celles-ci voient leur note dégradée, elle doit augmenter le niveau de ses fonds propres en conséquence. Avec Bâle III, le régulateur renforce son exigence en la matière en demandant de passer de 8 % à 12 % de fonds propres, pour l'ensemble des risques, d'ici à 2019, de 6,6 à 10,2 si l'on ne parle que du risque de crédit. Il souhaite que cette progression se fasse principalement avec des fonds propres dits « durs » (Tier One ou Core Tier One), autrement dit des bénéfices gardés en réserve pour l'essentiel. Il en va de même avec leur liquidité disponible qui devra être renforcée. La nouveauté de ces derniers jours, et pas des moindres, réside dans la volonté des États de voir les banques respecter les critères de solvabilité dès 2012 ! Cette démarche est largement justifiée par les conséquences de la crise bancaire de 2008. L'intervention des États dans le sauvetage des banques a été mal perçue par les opinions publiques et il a été en quelque sorte acté que cela ne devait pas se reproduire.

- Soutenir la restructuration de la dette souveraine : d'abord totalement exclue, le dernier sommet européen vient d'avancer la possibilité d'une dépréciation de 50 % supportée par les banquiers et les assureurs européens détenteurs d'une bonne partie de celle-ci.

- Continuer à financer l'économie : la crainte clairement exprimée, toujours par ces mêmes États, est de voir les banques restreindre la distribution de crédit, notamment aux entreprises. Celle-ci repose sur deux conditions : la qualité des emprunteurs et l'accès à de la liquidité. Si le premier critère reste encore aujourd'hui (mais pour combien de temps ?) correctement orienté, le second entre directement en conflit avec les deux exigences précédentes. En effet le renforcement des fonds propres, malgré l'enregistrement de provisions sur la dette souveraine, est fortement consommateur de liquidités. Si celles-ci étaient disponibles, cela ne constituerait pas une difficulté. Seulement, ce n'est pas le cas ! Depuis vingt ans, les banques françaises et européennes sont en recherche permanente de liquidités, en raison d'une croissance continue de l'offre de crédit beaucoup plus forte que celle des dépôts. Fin 2010, le déficit de dépôts des banques françaises par rapport aux crédits accordés se situait autour de 300 milliards d'euros. Le recours aux marchés s'impose donc et suppose la confiance des investisseurs et les banques ont entamé, de leur côté, une démarche pour renforcer leurs ressources dans les bilans et recherchent de nouveaux déposants. Elles en font même une condition de plus en plus systématique pour accorder des financements. Soit, mais à ce moment-là, il n'est pas acceptable qu'elles s'engagent dans des opérations à hauts risques sur quelques produits dérivés ou qu'elles ne disposent pas de dispositifs de contrôle permettant d'éviter des affaires telle celle d'UBS il y a quelques jours.

Les négociations qui viennent de s'achever tendent à dénouer une partie du problème. Absorber une dépréciation importante de la dette grecque tout en respectant les ratios réglementaires de solvabilité exigés par Bâle III dès 2012 ne pouvait s'obtenir que par une recapitalisation des banques, les moins à même de supporter une telle décision. Celle-ci a d'ailleurs pour objectif de rassurer les marchés afin que les institutions financières puissent toujours s'y refinancer et éviter une tension du côté de la liquidité et ainsi continuer à faire du crédit. Mais à quel prix ! Celui d'un retour en force des États dans le capital des banques alors qu'ils s'étaient bien jurés de ne plus y revenir ? En demandant aux banques et assurances de conserver tous leurs résultats en capitaux propres et donc ne payer ni bonus, ni dividendes ? Rien n'est arrêté. Mais la mise en oeuvre de cette décision risque d'avoir un autre coût, psychologique celui-là ! Les attentes des États sont, sans aucun doute, bien légitimes mais, il faut le reconnaître, impossibles à satisfaire dans le même temps. Impossibles à satisfaire en même temps sauf à prendre des mesures drastiques à leur égard. Une situation qu'on peut qualifier de « noeud gordien », expression héritée d'une prophétie... grecque !

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