Samuel Grzybowski, le prophète de la laïcité

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Son affabilité semble inébranlable, malgré un emploi du temps de ministre et la fatigue du décalage horaire dû à son retour des États-Unis, la veille. Sa foi dans la laïcité - « la laïcité sans concession définie par Aristide Briand en 1905 » - l'est plus encore.
Cette année, ce jeune homme de 22 ans lancera de nouvelles initiatives pour rassembler autour de projets communs des personnes de religions différentes : une colonie de vacances pour les enfants en été, et une première expérience de colocation interreligieuse en septembre.
Depuis le dépôt des statuts de Coexister, fin 2009, près de 55.000 personnes ont participé à l'une des 873 initiatives menées par l'association : des activités prétextes au dialogue inter-religieux, comme des dîners ou des visites d'exposition, mais aussi des mobilisations pour une cause sociale, et des interventions dans les collèges et les lycées.
En février dernier, Coexister a été désigné lauréat de « La France s'engage », le concours impulsé par le président de la République pour promouvoir les initiatives socialement innovantes et d'intérêt général.
À travers ses 24 groupes - dans des villes ou des campus -, Coexister fédère 1800 adhérents et emploie cinq salariés, 17 volontaires en service civique et 65 bénévoles en responsabilité sous contrat.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Apôtre de la non-violence qui cite volontiers Gandhi et Martin Luther King, Samuel Grzybowski riposte aux fous de Dieu par les mots.
Le logo de Coexister a ainsi été vu dans les rues, aux journaux télévisés et a même inspiré l'artiste de rue Combo qui l'a utilisé dans ses créations sur les murs parisiens.
L'envie d'oeuvrer pour « créer des ponts entre les gens » lui est venue après qu'il a visité le camp d'Auschwitz, en novembre 2008. Il y est retourné trois fois depuis.
Diplômé à la Sorbonne de deux licences en sciences politiques et en histoire, Samuel Grzybowski n'hésite pas à prendre position dans le débat politique, et rencontre souvent des conseillers de l'Élysée. Il consulte souvent, également, le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène :
Catholique, aîné d'une famille de quatre enfants, Samuel Grzybowski a ressenti très tôt une aversion pour l'uniformisation :
Pianiste depuis l'âge de 6 ans, appréciant le jazz et Ray Charles, et engagé dans le scoutisme depuis l'âge de 10 ans, il garde un souvenir émerveillé du jamboree auquel il a participé en 2007 :
Mais l'enfant sage sait devenir rebelle pour défendre ses convictions. À 15 ans, il a interpellé des policiers menant un contrôle d'identité au sein d'un groupe de jeunes, leur reprochant de « ne demander leurs papiers à aucun des blancs présents ».
Début 2009, lors d'une marche blanche à Paris contre l'opération « Plomb durci » menée par Israël dans la bande de Gaza, il propose aux participants « d'organiser un don du sang, pour que le sang coule pour la paix et non pour la guerre ». Onze jeunes décident de l'épauler dans cette collecte de 300 poches de sang.
Trois d'entre eux entérineront les statuts de Coexister six mois plus tard.
Curieux de prendre le pouls du dialogue interreligeux à travers le monde, Samuel Grzybowski commence à plancher sur un projet de tour du monde avec son équipe. Son idée a séduit Christian de Boisredon, le fondateur de Sparknews, qui lui accordera une bourse de 5000 euros :
Entouré de Josselin (agnostique), Victor (athée), Ilan (juif) et Ismaël (musulman), Samuel a rencontré les acteurs de 435 initiatives. Sans oublier, à chaque étape, d'envoyer une carte postale à ceux qui ont soutenu le projet. Une attention qui a touché Randianina Peccoud, chargée de la société civile et des affaires culturelles à l'ambassade des États-Unis à Paris :
Ce voyage, il le raconte dans un livre, intitulé Tous les chemins mènent à l'Autre, publié en janvier dernier.
Grâce à ces actions de sensibilisation, Coexister autofinance 57% des 200.000 euros de son budget annuel.
En octobre prochain, Samuel Grzybowski quittera ses fonctions de président. Pas question pour autant de prendre du recul avec Coexister. Au contraire :
En parallèle, il planche avec deux amis sur la création d'une société de conseil en management interculturel :
Bon élève, il reprendra aussi ses études.
Perrine Créquy