Samuel Grzybowski, le prophète de la laïcité

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(Crédits : DR)
À 22 ans, le président de l’association Coexister organise des événements pour « déconfessionnaliser le dialogue interreligieux » et milite pour le « vivre-ensemble dans le respect des différences ».

«Dans le métro, j'ai prié tous les dieux en même temps pour que vous m'offriez un café à mon arrivée », sourit Samuel Grzybowski, un ristretto entre les mains.

Son affabilité semble inébranlable, malgré un emploi du temps de ministre et la fatigue du décalage horaire dû à son retour des États-Unis, la veille. Sa foi dans la laïcité - « la laïcité sans concession définie par Aristide Briand en 1905 » - l'est plus encore.

Coexister s'emploie à promouvoir le vivre-ensemble

Cette année, ce jeune homme de 22 ans lancera de nouvelles initiatives pour rassembler autour de projets communs des personnes de religions différentes : une colonie de vacances pour les enfants en été, et une première expérience de colocation interreligieuse en septembre.

« Dans cet appartement, trois croyants - catholique, juif et musulman - partageront leur vie quotidienne, dans le respect des rites de chacun. Les solutions qu'ils trouveront ensemble donneront peut-être des idées adaptables au niveau macro. »

Depuis le dépôt des statuts de Coexister, fin 2009, près de 55.000 personnes ont participé à l'une des 873 initiatives menées par l'association : des activités prétextes au dialogue inter-religieux, comme des dîners ou des visites d'exposition, mais aussi des mobilisations pour une cause sociale, et des interventions dans les collèges et les lycées.

En février dernier, Coexister a été désigné lauréat de « La France s'engage », le concours impulsé par le président de la République pour promouvoir les initiatives socialement innovantes et d'intérêt général.

« Notre projet a été le plus soutenu par les internautes », se félicite ce rassembleur dans l'âme.

À travers ses 24 groupes - dans des villes ou des campus -, Coexister fédère 1800 adhérents et emploie cinq salariés, 17 volontaires en service civique et 65 bénévoles en responsabilité sous contrat.

Apôtre de la non-violence qui cite volontiers Gandhi et Martin Luther King, Samuel Grzybowski riposte aux fous de Dieu par les mots.

« Après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, début janvier, nous nous sommes mobilisés tout de suite. Nous avons mené le combat des idées sur Twitter et nous avons fait imprimer des autocollants. »

Le logo de Coexister a ainsi été vu dans les rues, aux journaux télévisés et a même inspiré l'artiste de rue Combo qui l'a utilisé dans ses créations sur les murs parisiens.

« Après "Charlie", le nombre de nos adhérents - dont des athées - a doublé dans tous nos groupes », précise Samuel Grzybowski, qui « n'oublie pas la capacité destructrice phénoménale qu'il y a dans chaque être humain ». Mais plutôt que de s'en désoler, il cultive « l'espoir dans le libre arbitre de chacun pour lutter contre cette ambivalence ».

L'envie d'oeuvrer pour « créer des ponts entre les gens » lui est venue après qu'il a visité le camp d'Auschwitz, en novembre 2008. Il y est retourné trois fois depuis.

« Le devoir de mémoire pousse à l'engagement », estime ce militant, loin d'être un idéaliste fleur bleue.

Diplômé à la Sorbonne de deux licences en sciences politiques et en histoire, Samuel Grzybowski n'hésite pas à prendre position dans le débat politique, et rencontre souvent des conseillers de l'Élysée. Il consulte souvent, également, le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène :

« Samuel a une grande connaissance du terrain. Il est très organisé et structuré, tant dans son discours que dans ces actes. Il est emblématique d'une jeunesse responsable et capable de mener des projets ambitieux. »

Catholique, aîné d'une famille de quatre enfants, Samuel Grzybowski a ressenti très tôt une aversion pour l'uniformisation :

« Au collège, tous mes camarades étaient blancs et catholiques. Cet "entre-soi" m'a fait l'effet d'un choc culturel : je venais d'une école primaire qui accueillait aussi bien des enfants de la Ddass que des fils de diplomates, avec 42 nationalités et 7 religions pratiquées. »

Pianiste depuis l'âge de 6 ans, appréciant le jazz et Ray Charles, et engagé dans le scoutisme depuis l'âge de 10 ans, il garde un souvenir émerveillé du jamboree auquel il a participé en 2007 :

« Quarante mille scouts de 195 nationalités étaient rassemblés au même endroit pour échanger. »

Mais l'enfant sage sait devenir rebelle pour défendre ses convictions. À 15 ans, il a interpellé des policiers menant un contrôle d'identité au sein d'un groupe de jeunes, leur reprochant de « ne demander leurs papiers à aucun des blancs présents ».

« J'ai été emmené au commissariat, pour insolence », sourit-il, avec fierté. Le temps d'un stage, il se fait éducateur spécialisé à Argenteuil - la dalle que Sarkozy voulait « karchériser » - dans le but de « découvrir un métier... et lutter contre la ghettoïsation des élites parisiennes » : « Je suis arrivé avec mes chemises et mes mocassins, tel Candide. C'était trois ans après les émeutes de 2005. »

La même spontanéité a généré

Début 2009, lors d'une marche blanche à Paris contre l'opération « Plomb durci » menée par Israël dans la bande de Gaza, il propose aux participants « d'organiser un don du sang, pour que le sang coule pour la paix et non pour la guerre ». Onze jeunes décident de l'épauler dans cette collecte de 300 poches de sang.

« Je me suis dit qu'on avait une super équipe, avec des religions différentes et unie par un projet commun ».

Trois d'entre eux entérineront les statuts de Coexister six mois plus tard.

Curieux de prendre le pouls du dialogue interreligeux à travers le monde, Samuel Grzybowski commence à plancher sur un projet de tour du monde avec son équipe. Son idée a séduit Christian de Boisredon, le fondateur de Sparknews, qui lui accordera une bourse de 5000 euros :

« Samuel est sympathique et déterminé. Il sait séduire et convaincre. Il a une culture phénoménale de toutes les religions. L'initiative qu'il m'a présentée n'avait jamais été réalisée, et le résultat a dépassé mes espérances. »

Entouré de Josselin (agnostique), Victor (athée), Ilan (juif) et Ismaël (musulman), Samuel a rencontré les acteurs de 435 initiatives. Sans oublier, à chaque étape, d'envoyer une carte postale à ceux qui ont soutenu le projet. Une attention qui a touché Randianina Peccoud, chargée de la société civile et des affaires culturelles à l'ambassade des États-Unis à Paris :

« Samuel est un leader, au sens américain du terme. Il est frais, innovant, plein de sérénité et d'une bienveillance rare pour quelqu'un d'aussi jeune. »

Ce voyage, il le raconte dans un livre, intitulé Tous les chemins mènent à l'Autre, publié en janvier dernier.

« Adolescent, j'ai été inspiré par le livre de Laurent de Cherisey Recherche volontaire pour changer le monde », confie Samuel Grzybowski. Il espère faire des émules en partageant son expérience, et en intervenant dans les lycées pour « dissiper les idées reçues ».

Grâce à ces actions de sensibilisation, Coexister autofinance 57% des 200.000 euros de son budget annuel.

« Nous recevons aussi des financements privés, notamment de la Fondation Financière de L'Échiquier, de la Fondation Notre-Dame, du Kaiciid et du Mouvement juif libéral de France. »

En octobre prochain, Samuel Grzybowski quittera ses fonctions de président. Pas question pour autant de prendre du recul avec Coexister. Au contraire :

« Je souhaite développer une structure au niveau européen », confie-t-il.

En parallèle, il planche avec deux amis sur la création d'une société de conseil en management interculturel :

« Elle s'appellera Conviventia. Nous avons déjà déposé le nom. »

Bon élève, il reprendra aussi ses études.

« Un Master de sciences politiques, de relations internationales ou de management interculturel, selon l'université qui retiendra mon dossier. »

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