Idées... pour profiter de la transition numérique

La France tire-t-elle suffisamment profit du numérique ? Par Le Conseil d'Analyse Economique
(Crédits : © Kacper Pempel / Reuters)

Les Français sont de grands consommateurs d'Internet et y ont accès à un coût plutôt faible relativement à ceux pratiqués dans le reste de l'Union européenne, notamment pour l'accès haut débit et les forfaits mobiles. La France est aussi un des leaders pour l'ouverture des données publiques et l'offre est abondante en matière d'administration numérique. Pour autant, l'effort déployé pour l'innovation semble insuffisant. Les entreprises, et notamment les PME, sont en retard dans la transition numérique. Six entreprises françaises sur dix possèdent par exemple un site web (64 %), contre près de huit sur dix dans le reste de l'OCDE (76 % - 2014). Alors qu'il est destiné à irriguer tous les secteurs, le numérique voit aussi son essor ralenti par certaines réglementations. Enfin, la France manque également d'investisseurs de long terme et de business angels pour financer ses start-up et les aider à croître. En 2016, elle ne comptait que trois « licornes », jeunes entreprises valorisées à plus d'un milliard de dollars, alors qu'on en trouve six en Allemagne, sept en Suède et dix-huit au Royaume-Uni (Étude GP Bullhound Research).

Faire de la France une championne du numérique... un cadre adapté à l'innovation et à ceux qui la portent

Pour favoriser l'innovation et permettre aux entreprises de se tourner davantage vers le numérique, faciliter le quotidien des entrepreneurs semble prioritaire. La généralisation et la pérennisation du statut d'auto-entrepreneur serait un premier effort nécessaire. Il faut renforcer son accessibilité et permettre qu'il soit cumulé avec d'autres formes d'emploi. Pour favoriser la concurrence et permettre davantage de mobilité professionnelle, la portabilité des données est aussi un enjeu clé dans tous les secteurs. Cela implique par exemple de développer l'authentification des données personnelles de satisfaction-client afin d'attester d'une expérience professionnelle dans la perspective d'un emploi salarié ; ou bien l'authentification d'un parcours bancaire pour accéder plus facilement à un logement, pour une personne ne bénéficiant pas d'un contrat à durée indéterminée.

Si la France veut soutenir ses entreprises innovantes, elle doit développer le droit à l'expérimentation, en échange des données nécessaires pour évaluer ces expériences. Le dispositif « France expérimentation » lancé en juin 2016 permet à une entreprise de déroger temporairement aux normes en vigueur pour explorer de nouvelles possibilités de développement. Il gagnerait à être davantage utilisé. Pour aider au financement du numérique, les business angels et les entrepreneurs doivent également être davantage incités à réinvestir dans l'écosystème des entreprises innovantes. Cela passe par un accès plus étendu au « compte PME Innovation » introduit par la loi de finances rectificative de 2016, qui permet un report d'imposition sur les plus-values réinvesties dans l'écosystème. Pour ne pas fausser le jeu sur un marché du numérique en plein essor, il importe que l'autorité de la concurrence dispose des moyens techniques et humains adaptés au numérique, en particulier dans le domaine du traitement des données de masse.

Développer une République numérique... une offre de services renouvelée et soucieuse des utilisateurs

Les opportunités de la transition numérique ne se limitent pas au secteur privé : l'innovation a également toute sa place dans l'administration ! Pour améliorer la qualité du service public tout en réduisant son coût, les services entièrement dématérialisés doivent être développés, en veillant à l'ergonomie des sites via des évaluations régulières. Pour les publics fragiles, il est nécessaire de développer l'assistance téléphonique à distance et les services publics itinérants.

L'innovation dans le secteur public gagnerait également à associer davantage les utilisateurs et les spécialistes du numérique, en renforçant notamment la transparence dans l'usage des données et des algorithmes qui fondent la décision publique. En octobre 2016, une partie du code source de l'algorithme « Admission Post Bac » (APB) a été rendue publique par le ministère de l'Éducation nationale. Il faudrait aller plus loin en donnant le code complet de l'application ainsi qu'un dictionnaire de variables pour entamer une véritable collaboration avec les associations d'utilisateurs et les spécialistes du numérique.

Puisque les données collectées grâce au numérique sont la matière première de cette révolution technologique, la France devrait ouvrir un débat sur le choix entre opt-in et opt-out en matière de transmission des données personnelles. L'option par défaut est le non-partage des données avec l'administration dans le premier cas, son partage dans le second. Cette dernière option favorise l'innovation mais pose la question de la protection des données personnelles qui reste une nécessité impérieuse.

Start up d'Etat

Enfin, le numérique est également une formidable opportunité pour développer des services qui répondent mieux aux besoins des utilisateurs. Le recours aux « start-up d'État » devrait ainsi être développé. Elles permettent de produire des services publics innovants via l'expérimentation, en lien direct avec les utilisateurs et les administrations concernées. La plate-forme beta.gouv.fr permet par exemple de tester de nouveaux services en ligne avant leur généralisation mais elle est encore trop peu visible ! Les applications en test devraient être relayées sur les sites grand public, comme celui de Pôle emploi pour lequel la start-up Boomerang propose une plateforme qui centralise le suivi des candidatures. La France doit également s'efforcer d'impliquer les citoyens dans la coproduction et l'évaluation des services publics. Les données échangées sur les plateformes sont autant de possibilités de renouveler des services. Par exemple, l'application TellMyCity, utilisée par 56 villes, permet aux citoyens de signaler des problèmes et de soumettre des idées directement à leurs services municipaux.

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Commentaire 1
à écrit le 14/02/2017 à 16:46
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Des start up d'état, oui, mais pas des énièmes boites à planques pour la lignée de l'oligarchie svp, sinon c'est inutile. L'état n'est pas obligé de reproduire ce qu'il se fait dans le privé, enfin un état non incarné par des politiciens corrompus...

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