L'Europe sous le capot de VW

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(Crédits : Dado Ruvic)
À moins de trois mois de la conférence de Paris sur le climat, la Banque européenne d'investissement (BEI) vient d'adopter la première « politique climatique » de son histoire.

« Jusqu'à présent nous avions un objectif - de financement de projets liés à la lutte contre le changement climatique -, mais pas de stratégie », a expliqué cette semaine son vice-président, Jonathan Taylor, en visite à Bruxelles.

Et sa stratégie passe par le « développement de systèmes d'analyse et de mesure » des effets écologiques des investissements soutenus, une priorité plus forte donnée à l'« adaptation », autrement dit la « réparation » des répercussions du changement climatique, et aussi la prise en compte de ce phénomène dans tous les domaines d'intervention de la banque.

Il n'y aurait qu'à se réjouir, si... n'avait éclaté sur ces entrefaites le scandale Volkswagen. La BEI a prêté au groupe allemand, comme elle prête à Renault, Bouygues et des milliers d'autres entreprises européennes. Et Volkswagen s'est justement appuyé sur l'argument écologique pour obtenir des financements.

En 2009, par exemple, la banque a débloqué 400 millions d'euros pour participer à « la mise au point de composants pour moteur et systèmes de transmission plus économes en carburant et produisant moins d'émissions, de même que les investissements visant à appliquer à la conception et à la production de véhicules les résultats des travaux de recherche menés », indique un communiqué publié à l'époque.

En Inde et en Argentine, des usines ont reçu des financements qui, le plus souvent, avaient une dimension écologique. Le groupe a reçu 4 milliards de financement au cours des quinze dernières années dont 1,8 court toujours.

Le 2 octobre, la BEI a publié un communiqué indiquant que « ses services ont pris contact avec VW pour comprendre aussi rapidement que possible si l'un de ses prêts a servi à financer le développement de logiciels illégaux ou leur déploiement dans des voitures ». L'affaire est plus qu'embarrassante. Pour l'immense majorité des financements ayant un lien avec la protection du climat et le contrôle des émissions, la vérification s'impose en effet.

« Nous sommes très inquiets », a encore dit Jonathan Taylor à Bruxelles.

Inquiet, il y a de quoi l'être

Pas seulement à cause d'un possible détournement mais pour la réputation de la banque.

Ce scandale a déjà fait des dégâts collatéraux quand la Commission européenne s'est vue accusée, au lendemain des révélations, d'avoir failli dans son rôle de normalisateur. Une telle critique a posteriori serait encore moins justifiée concernant la BEI qu'on voit mal un banquier aller soulever le capot d'une Polo parce que l'idée lui serait venue qu'elle pourrait abriter un logiciel frauduleux.

La fraude de Volkswagen, même si elle semble avoir été inspirée par la cupidité, est différente de celle des financiers qui ont mené le monde au bord du gouffre en 2008. À l'époque, l'effondrement du système avait été précédé par des décennies de capture du pouvoir réglementaire - et pour tout dire de corruption du pouvoir politique - par les banques afin qu'elles aient les mains aussi libres que possible. Ici, on ne peut pas faire grief aux autorités européennes d'avoir encouragé ou laissé faire ce genre d'errements, tout au plus d'avoir placé la barre haut en termes écologiques, accentuant le dilemme coût/ performance auquel Volkswagen a cherché à se soustraire.

D'ici à 2017, la BEI se fixe l'objectif de consacrer plus de 50 milliards d'euros à la « finance climatique ». Bref ! Pas vraiment une révolution mais une inflexion qui, vu la puissance de feu de la banque européenne (la plus grande banque publique multilatérale du monde), profitera aux Européens. Ce faisant, elle court le risque d'être prise au piège à nouveau de possibles abus de la part des entreprises qu'elle soutient. Mais prenons garde que la malhonnêteté de quelques-uns ne discrédite une stratégie qui, malgré tout, fait sens.

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Commentaires
a écrit le 14/10/2015 à 20:58 :
Je ne suis pas technicien mais je me demande tout simplement si les fabriquants de moteurs à explosion (essence ou diesel) sont capables de les faire fonctionner dans des conditions normales au regard des normes européennes de plus en plus contraignantes. Je découvre qu'en fait les constructeurs n'ont plus que quelques références à leur disposition (que l'on retrouve pratiquement partout) et sont obligés d'utiliser des accessoires, des boîtes, des artifices, et que les moteurs Diesel actuels ressemblent beaucoup au moteurs à essence (sauf qu'ils consomment du Gazole, anciennement Gasoil = fuel = fioul). A écouter autour de soi la durée de vie des moteurs, à regarder les caractéristiques, la différence est mince. Le problème est qu'il y a de plus en plus de véhicules qui polluent tous un peu moins mais que la population mondiale augmente, ce qui en fait ne change rien. En toute logique l'Europe devrait interdire le moteur diesel. Et les poêles à Fioul ! Cela serait la fin d'une époque mais au moins ça serait plus simple.
a écrit le 13/10/2015 à 18:44 :
Propriétaires de véhicules truqués du groupe Volkswagen, indignez vous.

http://www.class-action-volkswagen.eu/

Nous sommes déjà plus de 3500.
Merci.
a écrit le 13/10/2015 à 16:08 :
Qui a envie de se retrouver prisonnier sous le capot du bricolou..?

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