Le patriarche et ses enfants terribles

Florence Autret

Florence Autret
Ce serait comme une grande réunion de famille... qui se tiendrait en public. On se dit des choses... mais pas tout. On s'engueule et on s'encourage. On règle des comptes, mais cela n'empêche pas de faire des projets ensemble.
Puis finalement, chacun, réconforté d'appartenir au même clan, repart à ses affaires. Le congrès du PPE n'a pas fait exception à la règle.
Peu connu du public français, cet Alsacien a siégé sept ans au Parlement européen, avant de prendre la présidence du PPE, où il vient de se faire réélire avec un score stalinien de 96 %. C'est lui qui tient « la maison », rappelle à l'ordre ses « enfants terribles », comme il dit, tout en veillant à ne pas empiéter sur la liberté des chefs de clan nationaux.
Ceux-ci se nomment Angela Merkel, Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol, Enda Kenny, son homologue d'Irlande. À Bruxelles, ses relais sont puissants : 14 membres de la Commission sur 28, dont le président Jean-Claude Juncker et le président du Conseil Donald Tusk. Autant dire que cette famille-là domine la scène politique européenne. Pour combien de temps ?
Viktor Orban a expliqué que la crise des migrants était en réalité une « crise de l'immigration incontrôlée », due à la pression démographique du Sud, non pas le fruit temporaire de la guerre en Syrie.
Sur ce point, le chef de la famille ne lui donne pas tort. « Nous devons gérer cette immigration et expliquer qu'elle ne va pas s'arrêter demain matin », estime Joseph Daul, qui ne ménage pas ses efforts pour éviter sa marginalisation.
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Ceux qui ont perdu le pouvoir y gardent leur place. Fidèle à lui-même, l'ancien président français Nicolas Sarkozy est venu ajouter une touche dramatique au tableau.
On n'en est pas là. Mais le PPE, qui parle désormais d'un risque de « mort de Schengen », selon les termes de Joseph Daul, n'a jamais été aussi près d'embrasser le dessein sarkozien d'une « politique de migration européenne », comme le montre une résolution adoptée la semaine dernière. « Il y a encore un mois, nous n'aurions jamais pu obtenir cela », dit-il.
En ce moment, c'est Mariano Rajoy, favori aux élections du 20 décembre, qui porte les espoirs du clan. S'il réussit, la preuve sera administrée que les programmes d'austérité pilotés par Bruxelles dans le sud de l'Europe étaient pertinents... et non le fruit d'un intégrisme budgétaire inspiré par Berlin. Angela Merkel n'a pas eu de mots assez tendres et encourageants pour lui... Le populisme ne fleurira sur la crise migratoire que si la crise économique s'aggrave, voulait-on croire à Madrid.
Difficile équation.
Florence Autret
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