Peut-on encore sortir de l'impasse ?

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Comment l'Europe va-t-elle se sortir de l'impasse dans laquelle elle s'enfonce, jours après jours ? Peu d'experts, d'économistes ou de dirigeants politiques osent une réponse à cette question. Pendant quelques semaines, le thème du retour de la croissance a fait illusion.

On a cru trouver une martingale qui, d?un coup, aurait transformé le paysage économique de l?Europe et allumé, partout, les feux de la croissance. Il n?aura fallu que quelques jours pour que l?on réalise qu?il ne suffit pas d?exiger que le mot croissance figure sur tel ou tel texte pour que les outils qui permettront cette croissance soient inventés et mis en ?uvre dans l?instant. Qu?il s?agisse de la recapitalisation de la BEI, de la mise en ?uvre des « project bonds » de l?identification de projets d?infrastructures qui pourraient faire l?objet de financements mixtes public-privé, tout cela prendra du temps, beaucoup de temps.

 

On a pensé ensuite prendre l?Allemagne par surprise sur les euro-obligations. Mais pour toutes les raisons qui sont largement exposées dans ces colonnes, le gouvernement allemand n?y est pas prêt. Il a de bonnes raisons pour cela, même si nous avons le droit de les considérer comme égoïstes. Que reste-t-il comme solution praticable à un terme compatible avec les engagements de retour à l?équilibre des comptes, faits par les pays membres de la zone euro?? Franchement, à part les réformes dites structurelles, on n?en voit guère. L?exemple espagnol montre que l?un des sujets les plus épineux d?un certain nombre de pays européens est la solvabilité du système bancaire. Comme le rappelle l?économiste Jean Tirole dans ce numéro (lire page 8), les autorités européennes ont eu le tort de considérer différemment la dette souveraine des états et la dette « privée » des banques. Dans la réalité, on voit bien que la dette privée des banques devient la dette publique des états. La dette de Bankia est celle de l?état espagnol, cela ne fait aujourd?hui de doute pour quiconque.

 

Or, les autorités nationales de contrôle des banques ont totalement échoué à prévenir le risque d?insolvabilité des banques en Espagne (le gouverneur de la Banque d?Espagne vient d?ailleurs d?annoncer sa démission) mais aussi en Irlande. Si la zone euro veut être cohérente avec les nouveaux principes d?intégration et de gouvernance dont elle veut se doter, elle devrait instaurer un contrôle européen de ses banques. À quoi sert en effet de gendarmer les états sur leurs déficits excessifs, comme le fait Bruxelles avec la France, si personne en Europe n?est en mesure de contrôler l?état du système financier de la zone euro ? Une piste de sortie de crise pourrait donc être celle de gouvernances plus centralisées, ce qui implique des pertes de souveraineté dont on ne voit pas comment l?Union Européenne et la zone euro pourraient s?abstraire.

 

 

L?insoutenable de compétitivité de l?Allemagne

On aura beau demander à l?Allemagne de prendre à sa charge une partie du chemin, en acceptant davantage d?inflation, en généralisant les hausses de salaires, en lui imposant, d?une façon ou d?une autre, d?assurer davantage la zone euro contre le risque d?insolvabilité, on n?aura rien résolu sur le fond. C?est là où l?heure de vérité approche avec la France. L?écart de coût du travail de chaque côté du Rhin est proche de son niveau de rupture. En toute logique, ce chantier devrait être la priorité du gouvernement, après qu?on l?a laissé en déshérence depuis une bonne dizaine d?années. Mais il y a une réalité politique dont il faut tenir compte, et qui ne va pas plaider pour une réforme structurelle du marché du travail, par exemple ? un sujet que la Commission européenne a pointé du doigt, car il est central.

 

 

L?inefficacité relative des plans d?austérité et de redressement mis en place en Europe.

 

Comment l?Espagne pourrait-elle passer d?un déficit de 8,9 % à la fin 2011 à 3 % en 2013, comme elle s?y est engagée, et cela malgré un nouveau plan d?austérité de 27 milliards d?euros en 2012, qui ne prend pas en compte une éventuelle recapitalisation massive de son système bancaire ?

On voit bien que les méthodes utilisées jusqu?à maintenant patinent. Les injections de liquidités de la BCE vers le système bancaire européen (1 000 milliards d?euros en quelques mois) ont surtout servi à désendetter les banques allemandes (lire notre dossier, page 4) mais n?ont pas suffi à ramener la sérénité attendue dans les banques du sud de l?Europe. Il faudra sans doute recommencer. Les plans d?austérité ne produisent pas d?effets spectaculaires, pour l?instant, sur la compétitivité des pays qui les mettent en ?uvre (sauf en Grèce?) et ne créent aucun effet « croissance ». Seuls un nouvel examen en profondeur des objectifs de baisse des déficits et de leur calendrier, une analyse des régulations financières à mettre en ?uvre au niveau européen, la mise en ?uvre d?un plan concerté de retour à la compétitivité de pays les moins performants pourraient peut-être favoriser l?ouverture d?une perspective nouvelle et un peu plus encourageante que ce rendez-vous avec l?apocalypse qui semble se profiler devant nous.

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a écrit le 07/06/2012 à 13:55 :
C'est très bien dit, on solde les erreurs du passé, c'est à dire de l'endettement funeste. Le problème c'est le mensonge politique: on fait croire qu'il existe de l'argent pour les retraites. Quand un salarié du privé part en retraite, en général, elle n'est pas complète car il manque des années, sans parler du mode de calcul. Mais quand un fonctionnaire part en retraite, lui n'a jamais cotisé. C'est ainsi que Sarkozi supprimait les emplois bidons du passé pour payer les retraites, ce faisant il spoliait les jeunes. Nous avons de très sérieux problèmes qui ne peuvent se traiter par des élections qui flouent systématiquement les classes moyennes.
a écrit le 06/06/2012 à 13:54 :
"gouvernances plus centralisées": je préfèrerai une gouvernance plus fédérale et non pas centrale. Nous avons avons besoin d'un systéme flexible pour répondre rapidemment aux situations de crise, pas d'un molosse hypertrophique qui n'aboutirait qu'à l'enlisement. Mais comme les francais dans leur ensemble n'ont pas ou peu de culture fédérale (paradoxal quand on pense à Tocqueville) ils mélangent allègrement fédération et centralisation prêtant à l'une les défauts de l'autre.
a écrit le 06/06/2012 à 12:59 :
"Experts, économistes ou dirigeants politiques": Une des clés au problème actuel se retrouve ici. Il n'y a pas d'expert en ce domaine, ça se saurait depuis que la crise est déclarée... Des économistes? Lequels? Je ne connais que des "économistes politiques et non des scientifiques susceptibles de créer un nouveau modèle d'economie, celui en cours étant mort. Ceux que l'on appelle, à tort, des économistes s'acharnent aujourd'hui à essayer piteusement de le ramener à la vie, c'est dire le niveau...Des dirigeants politiques: ils ne comprennent rien à ce qui se passe puisque conseillés par les fameux économistes décriés.... Ca peut donc durer encore longtemps comme ça....
Réponse de le 06/06/2012 à 13:46 :
@ Lutner :
Quels économistes ?? mais les seuls qui mérient ce nom, et qui ne sont jamais dans les journaux, car contre la pensée unique.
Les économistes libéraux !!!! les seuls qui comprennent quelque chose, car l libéralisme est fondé sur la raison. Vous voulez des analyses parfaites et implacables ? lisez CONTREPOINTS.ORG
Réponse de le 06/06/2012 à 14:08 :
@john galt: implacable est bien choisi en effet pour définir la doctrine libérale. Sous couvert d'émancipation des uns (les bons ceux qui entrprennent) on asservi les autres (les méchants ceux qui veulent vivre au crochet du système). Parce que bien sûr, il n'y a pas de milieu. Et puis vu l'état de notre planète, je n'ose penser à ce qui arriverait si plus aucun garde-fou éthique ne venait freiner l'exploitation de notre écosystème, pour garantir une liberté complète aux échanges commerciaux et financiers.
Réponse de le 06/06/2012 à 14:38 :
@Rose :
expliquez moi comment en émancipant (??) les uns, on "asservi" les autres ? la base d'une société libérale, c'est le respect des droits de l'homme, renseignez vous ...
A moins que vous trouviez parfaitement normal le comportement des "free riders" cad, comme disait Bastiat, ceux qui veulent vivre au dépens des autres ?
Quels sont les pays les plus écologiques ? les pays libéraux. Comment lutter contre la polution ? en intégrant les externalités négatives, cela a été prôné en premier par Friedman, un libéral, renseignez vous...
Enfin, la seule philosophie éthique, c'est le libéralisme, renseignez vous encore ...
l'asservissement des uns pour l'émancipation des autres, c'est le socialisme et les dictatures, renseignez vous ...
Réponse de le 06/06/2012 à 15:12 :
Renseignez-moi, donc. Comment se fait-il que nous en sommes arrivés à un tel niveau de destruction de notre écosystème en suivant justement les préceptes de Friedman et Cie, érigés en dogme depuis le tournant Reagan/Tatcher?
Si vous faîte allusion aux pays scandinaves, ou même à l'Allemagne, pour l'écologie ce serait nier de facon éhontée l'action étatique justement en cette matière venant encadrer et poser les limites (ah! le vilain mot) à l'activité individuelle.

Libéralisme philosophie éthique peut-être pour Benjamin Constant, mais depuis...c'est surtout la loi du plus fort. Et entre le fort et le faible c'est la liberté qui asservit et la loi qui libère. Siéyès, bien sûr un abominable socialo-communiste. Dieu qu'il est pratique de vivre dans un monde en noir et blanc comme vous. respectez ce que le maître dit et ne pas faire usage de son esprit critique. Mais bon j'imagine que c'est moi la bornée.
Réponse de le 06/06/2012 à 16:30 :
l'écosystème des pays développés (pourquoi seulement scandinaves ???) ne s'est jamais aussi bien porté, renseignez vous, la polution est dans les pays qui ne sont pas libres. Renseignez vous, le "dogme" (??) Reagan Tchatcher a été abandonné depuis plus de 15 ans, et regardez ou cela nous mène (et allez voir les résultats de reagan et tchacher, et regardez où en étaient les USA et la GB avant leur arrivée, et par lafaute de quel genre de politique).
Citez moi un seul auteur libéral depuis Constant qui ne soit pas éthique ? j'attends, et je vais attendre longtemps. l'affirmation de Sieyes est à remettre dans elcadre de l'ancien régime, ou les nobles étaient libres de faire ce qu'ils voulaient (ce qui n'est pas la liberté) et la loi était à leur ordre. Renseignez vous, le libéralisme prône le respect de la loi, c'est l'un de ses principes premiers. Si vous considérez que le noir et le blancs, ce sont les faits, la réalité contre l'illusion et le mensonge, oui, je vois le monde tel qu'il est et non tel que je l'imagine ...
Encore une fois, vous faites erreur, le libéralisme est basé sur l'esprit critique, car c'est la seule philosophie issue de la raison.
lisez réellement Friedman, hayek, bastiat, constant et autre, et vous regarderez el libéralisme autrement.
Ce qui pose des limites à l'individu, c'est la liberté des autres individus, ne tombez pas dans la présomption fatale (hayek) de croire que l'état est omniscient, c'est faux, et c'est cea qui nous coule.

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