Patrons : le salaire de la crise

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Pas un mot. Alors que chaque déclaration, chaque annonce de mesure du nouveau gouvernement Ayrault, est scrutée à la loupe, commentée, stigmatisée, le projet d'encadrement des rémunérations versées aux responsables d'entreprises contrôlées par l'Etat semble vouloir prospérer dans un silence assourdissant.
On pourrait bien sûr expliquer cet apparent consensus par la foule de sujets bien plus mobilisateurs pour tous les bataillons politiques : le tweet de "vatriew", les triangulaires, le  "matraquage fiscal" qui se prépare et bien d'autres... Certes. Mais, l'essentiel est ailleurs.

En réalité, cette histoire de limitation de rémunérations tombe dans une séquence parfaite. D'abord, les quelques affaires récentes (bonus de Maurice Lévy, agression des actionnaires pendant les assemblées générales...) ont en quelque sorte préparé le terrain et les esprits à la mise en ?uvre d'un tel dispositif. Ensuite, les milieux patronaux ont ces temps-ci d'autres chats à fouetter moins médiatiques, mais tout aussi importants à leurs yeux : le lobbying contre certaines orientations fiscales qu'ils jugent préjudiciables à leur activité les occupe beaucoup. Et il n'est jamais bon de mener plusieurs combats à la fois. Enfin, la crise européenne, qui jette un voile d'inquiétude, c'est peu de le dire, sur les perspectives sociales et économiques, rendrait un rien déplacée une quelconque résistance à cet «effort de solidarité», comme le qualifie le gouvernement. En d'autres termes, il n'est pas question de s'attaquer aux méchants patrons mais bien de faire de cette opération-justice un symbole du changement.
Reconnaissons-le, c'est assez réussi. D'autant que beaucoup estimaient en privé qu'une telle mesure serait techniquement très complexe à mettre en ?uvre et pourrait avoir des effets collatéraux importants. Raté. Mieux, en passant cette étape sans encombre, en tout cas pour le moment, le gouvernement Ayrault en a profité pour préparer la suite. D'abord en annonçant qu il ne lâchait pas le morceau sur les groupes qu'il ne contrôle pas majoritairement (France Telecom, Air France...), et demanderait à ses représentants de « proposer les mêmes règles de modération salariales dans les organes de gouvernance de ces entreprises ». Et puis, surprise, il assure vouloir, dès l'automne, déposer un projet de loi pour encadrer les rémunérations des chefs d'entreprises du secteur purement privé. Pas question bien sûr de limitation brutale, mais il ne s'agira certainement pas d'une simple cosmétique.
Tout porte en effet à croire que la conjoncture économique ne sera pas joyeuse à la rentrée, c'est d'ailleurs le moins pire que l'on puisse espérer. Dans un tel climat, une nouvelle offensive sur l' "effort de solidarité" a toutes les chances de porter. Et ceux qui brandiront la menace d'une fuite de nos meilleurs managers à l'étranger auront bien du mal à se faire entendre. Ce discours a d'ailleurs déjà perdu beaucoup de sa force car rien, dans la réalité des faits, ne l'a jusqu'à présent validé : après tout, la fuite aurait déjà pu commencer, ne serait-ce que pour des raisons fiscales.

C'est donc sur un terrain pourtant d'une sensibilité extrême que François Hollande a des chances d'arriver à ses fins sans trop d'encombres. Et ce n'est pas si anecdotique que cela comme on pourrait l'imaginer, eu égard à la relative faiblesse des sommes en jeux et surtout à la gravité de la situation économique. Car il ferait ainsi un sacré pied de nez à son prédécesseur tant accusé de trop frayer avec ces grands patrons qui le faisaient rêver. Et pourquoi ne pas rêver, justement, il n'est pas impensable que cette exception française puisse faire jurisprudence au-delà des frontières, car le sujet est hautement populaire et devenu très politiquement correct. Même Angela Merkel, même si l'Allemagne est moins que d'autres touchée par le phénomène des rémunérations aberrantes, pourrait se laisser convaincre...
 

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a écrit le 14/06/2012 à 2:33 :
Il y a 30 ans les salaires des dirigeants entre autres étaient moins élevés et çà n'empêchait pas les création de richesses, des chercheurs en pointe, des sociétés innovantes etc pas uniquement attirés par l'argent. Revenir à ce modèle est indispendable. Les salaires déraisonnables ont accru la crise mondiale. L'argent n'est pas un but, juste un moyen.
Réponse de le 14/06/2012 à 9:46 :
+1
On a l'impression que c'est un drame ce qui est entrain de se passer. Ne pas oublier que ford lui meme(qui n'est pas connu pour etre un bolchevique) disait que les remunerations des patrons ne devaient pas depasser plus de 60 fois celui du plus petit salaire(aujourd'hui on atteint 100 parfois 300,dans les grosses boites) D'ailleurs il faudrait l'etendre a toutes ces professions "artistiques",sportives.Les footeux qui gagnent en 1 mois 4 ans de smic(pour les moins bien payes) est un scandale surtout que le modele est largement deficitaire,les clubs feraient des benefs,ca passerait mais tout les grands clubs sont en faillite sur le papier et ne restent en vie que grae a l'argent du petrole
Réponse de le 14/06/2012 à 9:48 :
Il y a 30 ans on ne pouvait pas aller travailler à Londres, Singapour ou Shanghai avec des perspectives plus attrayantes que de rester en France (le salaire n'est qu'un des aspects de la question).

Vouloir régimenter les salaires avec des règles uniformes est stupide. Il faut juste continuer à ajuster les règles pour que le salaire des dirigeants soit réellement approuvé par les actionnaires et non pas des "petits arrangements entre amis".

Le seul aspect positif est que ça poussera les dirigeants de haut vol à créer leur propre entreprise.
Réponse de le 14/06/2012 à 13:26 :
au pire .. même si certains dirigeants très bien payés changent de pays ( ce qui n'est pas certain du tout, je n'ai pas l'impression que l'on en veuille ailleurs ), cela fera des places disponibles pour des plus jeunes et cela permettra de faire bouger toutes les hiérarchies, donc plus de motivation pour ceux qui resteront .. et qui ne sont pas forcément mauvais :-))
a écrit le 13/06/2012 à 21:54 :
Pas difficile pour Hollande d'arriver à ses fins sans trop d'encombres, comme vous dites. Les uns ne sont pas créateurs de richesses, mais vivent dans le microcosme du capitalisme de connivence de l'état et de ceux qui se le sont accaparé, les autres ne font pas grève, une minorité n'est déjà plus concernée par la France qui n'est plus qu'un pays d'accueil comme un autre. Simplement, ceux qui sont aujourd'hui créateurs n'emplois et de richesse finiront par jeter l'éponge ou aller voir ailleurs. On en sentira les effets massifs dans quelques années. Entre temps, l'idéologie sera servie, à défaut des intérêts des français.
a écrit le 13/06/2012 à 21:53 :
a tout tirer vers le bas, on vat finir par toucher le fond. Tous au smic, pas de details, toutes les entreprises sous couvert de l'état....et les files d'attentes interminables pour avoir du pain...Voila ce qui nous attend.

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