La corde et la cordée
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
Le plus important, dans une cordée, c'est la solidité de la corde. L'avoir oublié, voilà l'erreur commise par Emmanuel Macron dans l'acte I de son quinquennat. En mettant l'accent sur les « premiers » de cordée, en prenant des mesures fiscales en apparence dirigées exclusivement en direction des plus favorisés, il a provoqué une explosion de colère inédite des oubliés de la croissance qu'il a mis ensuite neuf mois à éteindre. 17 milliards d'euros de dépenses publiques plus tard, la colère s'est apaisée, mais le feu couve toujours, car ce n'est pas seulement avec une lance à incendie fiscale que le chef de l'État peut espérer rétablir la confiance rompue. Notre sondage BVA le montre : si la moitié de la population reste confiante dans son avenir personnel, l'autre moitié n'y croit plus. La fracture entre les gagnants et les perdants de la mondialisation est plus vive que jamais. Surtout, les Français sont dans leur grande majorité inquiets, pour l'avenir du pays, celui de leurs enfants et celui de la planète.
Quand avons-nous perdu confiance ? Cette situation ne date pas du mouvement des « gilets jaunes ». Elle s'inscrit dans un temps beaucoup plus long, qui, en France, a sans doute commencé en 2002, lorsque pour la première fois le Front national s'est hissé au second tour de l'élection présidentielle. Elle s'est confirmée en 2005 avec le rejet du traité constitutionnel européen, s'est aggravée avec la crise économique et financière de 2008. L'élection présidentielle de 2017 a été une réplique de la secousse de 2002, mais la victoire d'Emmanuel Macron sur Marine Le Pen, considérée comme la preuve que l'on pouvait faire barrage au populisme, n'a pas empêché celle du Rassemblement national aux européennes de 2019. Le danger est toujours là, la défiance à l'égard des élites, des médias, des corps intermédiaires et des partis, demeure toujours aussi vive.
Le Grand débat a été pour le chef de l'État l'occasion d'appuyer sur le bouton « reset ». L'acte II du quinquennat mettra la priorité sur l'humain, a-t-il promis, et tentera de réparer la corde en apportant des réponses sociales et institutionnelles à la crise de confiance. Présence des services publics sur le territoire, nouvel acte de décentralisation, revalorisation du rôle du maire, l'action du gouvernement va s'attacher à rétablir les liens de proximité. Dans une société numérique de plus en plus virtuelle, il faut recréer d'urgence des lieux de sociabilité et d'échange entre les individus. Il faut aussi apporter des réponses concrètes à la contradiction entre la fin du monde et la fin du mois, alors que l'opinion est de plus en plus sensible à l'urgence écologique.