Quoi ma dette ? Qu'est-ce qu'elle a ma dette ?

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Reuters
« Mes chers amis, je pars. Comme dirait Michel Sardou, je vous aime, mais je pars ». C'est sur l'air nostalgique d'un chanteur populaire à la droite bien assumée que Bruno Le Maire a tiré sa révérence jeudi en fin de matinée, à l'heure de l'apéro dans la cour d'honneur du ministère des Finances.
Un départ après sept ans de service où le transfuge de la droite de 2017 a porté Bercy au firmament de sa puissance avec autorité sur l'Économie et les Finances, mais aussi sur les Comptes publics avec Thomas Cazenave, sur l'Industrie et l'Energie avec Roland Lescure, sur les Entreprises, le Tourisme et la Consommation avec Olivia Grégoire, sur le Numérique avec Marina Ferrari. Jamais, depuis Dominique Strauss-Kahn entre 1997 et 1999, la forteresse Bercy n'avait eu autant de pouvoirs, de compétences et de responsabilités.
Chaudement applaudi par ses « amis », collègues ministres et collaborateurs, Bruno Le Maire aurait pu choisir d'autres chansons du répertoire des grands succès français pour accompagner son départ. « Quoi ma dette ? Qu'est qu'elle a ma dette ? » à l'inspiration de Johnny est venu à l'esprit de bien des observateurs au vu de la situation calamiteuse des finances publiques révélée au fil de l'été. Mais Bruno Le Maire refuse d'en endosser (seul) la responsabilité. N'a-t-il pas averti au sommet de l'Etat, jusqu'à se voir refuser par Emmanuel Macron la loi de finances rectificative qu'il appelait de ses vœux au printemps, et qui aurait permis de constater et de traiter bien plus tôt le drame budgétaire dont le fardeau vient d'être transmis à Michel Barnier ?
Le nouveau Premier ministre, bien à la peine pour constituer un gouvernement à la hauteur de la situation dont il hérite, a promis dès la passation de pouvoir de « dire la vérité sur la dette financière et la dette écologique ». Le Savoyard de 73 ans prend d'emblée le parti des générations futures, qui devront la rembourser d'une façon ou d'une autre. Osera-t-il une opération-vérité avec un audit de la situation des finances publiques ?
S'il est une chanson en tout cas que n'a pas envie d'écouter le nouveau locataire de Matignon, c'est « Paroles, paroles » entonnée par Dalida (avec Alain Delon). « Nous allons davantage agir que parler » a promis Michel Barnier, façon de rhabiller son prédécesseur Gabriel Attal pour un hiver parlementaire qui promet de ne pas être « For me... Formidable ». Le prochain locataire de Bercy -on évoque à ce poste le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, ancien dircab de DSK- devra être un « héros », n'en déplaise à Daniel Balavoine pour tenir les engagements de la France de ramener les déficits à 3% en 2027.
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Avant de partir, Bruno Le Maire ne s'est quand même pas privé de léguer quelques bons conseils à Michel Barnier, sur l'air de « Rien, je ne regrette rien » d'Edith Piaf : « La France ne doit pas revenir en arrière sur le rétablissement de ses comptes publics (...) Toute autre décision conduirait mécaniquement à augmenter les impôts ou à plonger la France dans des difficultés financières aiguës et immédiates »...
Arrêtons là la chansonnette, car dés la semaine prochaine, les choses sérieuses vont commencer. Pour Michel Barnier, à deux semaines de la date limite théorique de présentation du projet de budget, le compte à rebours s'accélère.
La confusion budgétaire actuelle n'est pas seulement alarmante parce qu'elle pourrait conduire les agences de notation a, à nouveau, dégrader la dette de la France, et les « gnomes de Zurich » à vendre les valeurs du Trésor qu'ils ont en portefeuille. L'attentisme engendre aussi une incertitude fiscale qui inquiète les ménages comme les milieux d'affaires qui attendent de recevoir la facture de la cuvée du redressement cru 2025. Et les très nombreux lobbyistes patronaux présents à Bercy pour applaudir le départ de Bruno Le Maire ne cachaient pas leurs inquiétudes à l'idée de se voir présenter la note pendant la discussion de la loi de finances. Car s'il y aura sans doute des décisions douloureuses sur les dépenses de l'Etat, des collectivités locales ou de l'assurance-maladie, la grande crainte des acteurs économiques concerne bien sûr la hausse quasi inévitable des impôts.
Elle a déjà commencé de façon discrète avec le curieux projet de taxation des énergéticiens, dont EDF, conçue par Bercy pour remplacer la contribution sur les rentes infra-marginales, la CRIM si mal nommée pour tenter d'imposer les « super-profits » du gaz et de l'électricité. La CRIM n'était pas si parfaite puisque Bercy qui en attendait plus de 4 milliards d'euros de recettes n'a perçu au final que 330 millions en raison de l'effondrement des prix de l'énergie. L'Etat compte bien se refaire l'an prochain par une nouvelle taxe qui risque de se répercuter sur les consommateurs, à l'image de la taxe sur les autoroutes. La créativité fiscale étant une spécialité française, on se méfie donc dans les milieux patronaux du risque de voir quelques amendements de nuit pimenter le projet de budget. Le secteur de la finance craint la création d'une taxe sur les transactions financières et a conscience qu'elle n'échappera pas à la taxe sur les rachats d'actions promise par le président de la République lui-même.
Un haut responsable patronal évoque de son côté avoir été sondé sur la hausse d'impôt « qui ferait le moins mal » aux entreprises. Réponse immédiate : « tout ferait mal dans un pays devenu le champion du monde de la pression fiscale » ! Parmi les pistes, la réforme du pacte Dutreil sur les transmissions d'entreprises figure en bonne place, tout comme la limitation des allégements de charges sociales patronales sur les bas salaires ou les aides à l'apprentissage, très (trop) généreuses. Selon des nouvelles évaluations, elles coûteraient 25 milliards d'euros par an !
D'autres avancent l'hypothèse d'un scénario à la Juppé qui avait créé en 1997 une surtaxe temporaire de 10% sur l'impôt sur les sociétés (doublée par la gauche avec Jospin), pour assurer le passage à l'euro. Comme à l'époque, l'urgence est de rétablir rapidement la crédibilité de la France sur la scène européenne pour rassurer sur sa réelle détermination à réduire les déficits. Ce qui impose des mesures d'un rendement certain et rapide.
De fait, s'il est bien une exception française, c'est bien celle-là : la France est le seul pays européen à n'avoir pas réduit sa dette après la crise du Covid. Tous les autres s'y sont attelés, voilà une vérité sur la dette financière que Michel Barnier va devoir rappeler. Et corriger. Quant à la dette écologique, c'est une autre chanson qui attendra une prochaine chronique. A moins que l'idée de recréer un ISF « vert » ne vienne à l'esprit dans l'agitation parlementaire de l'automne. Avec l'abrogation de la réforme des retraites, c'est l'une des rares mesures communes au NFP et au RN. Même si leurs objectifs n'étaient pas les mêmes, s'uniront-il pour le faire adopter ? A suivre...
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