Viva Brasilia

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Nicolas Sarkozy a décroché, hier, six milliards de contrats à Rio pour les industriels français : des ventes d'hélicoptères et de sous-marins notamment. Le Brésil, c'est une économie qui marche bien, Erik Izraelewicz ?

Oui, un vrai conte de Noël, ou presque. Le Général de Gaulle avait dit, à son époque, que le Brésil, c'était « un pays d'avenir et qu'il le resterait longtemps » ! La formule avait un peu froissé les Brésiliens. Eh bien, aujourd'hui, ils sont en train de démontrer que le XXIème siècle, c'est aussi le leur. Le Brésil, avec ses 180 millions d'habitants, ce n'est pas qu'une équipe de foot, c'est aussi une économie qui marche, la dixième dans le monde. Elle est même, en ce moment, l'une de celles qui résiste le mieux à la crise. Là-bas, la croissance ralentit, c'est vrai, mais on n'y parle pas de récession. La pauvreté continue à reculer. Le pays a plein de projet.

Le secret de la réussite du Brésil, c'est quoi ?

Le pays a des atouts, c'est vrai. Une démographie favorable, des terres cultivables en quantité, du pétrole même maintenant. Mais ce qui fait sa force, c'est sa gestion, c'est notamment la politique suivie par Lula, son président, à la tête du pays depuis 2002. L'ex-syndicaliste n'a pas viré au populisme comme c'est souvent le cas dans la région. Il a fait du Brésil l'un des meilleurs élèves du FMI. Il a remis les comptes publics à l'équilibre, remboursé la dette du pays, stimulé les exportations. Le Brésil est devenu une grande puissance agricole : il vend massivement soja, bœuf et blé dans le monde entier. Il a surtout instauré un état de droit dans le pays. Au Brésil, contrairement à ce qui prévaut chez des voisins comme le Vénézuéla, les règles du business sont stables ; elles ne changent pas tous les jours au gré des humeurs du président ou de son entourage.

Pour vendre ses hélicoptères au Brésil, la France a dû lui dire comment on les fabrique. Elle se crée là-bas un futur concurrent, non ?

Ah, les transferts de technologie. C'est vrai que pour vendre ces hélicos, Paris a dû accepter de céder un peu de son savoir-faire sur le sujet. La France va aider le Brésil à en assembler, à en fabriquer, va donc contribuer à créer un pays concurrent demain dans ces domaines. C'est un vrai risque. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, on n'a pas vraiment le choix.

Si le Brésil n'achète pas nos hélicoptères, il en achètera à un autre pays, avec d'autres technologies - il deviendra quand même l'un de nos concurrents. Ces transferts de technologies, c'est la même chose en Chine ou en Inde, il faut y voir aussi les opportunités qu'ils créent. Un. En aidant le Brésil à devenir une puissance industrielle, la France se crée un client pour ses entreprises. Et là, tout commerçant sait qu'il vaut mieux avoir des clients riches et bien portants que pauvres et endettés.

Deux. La cession de nos technologies d'aujourd'hui, ça nous oblige, et c'est bon, à accélérer notre travail, nos recherches, nos développements sur les technologies de demain. Pour conserver une longueur d'avance. Le développement du Brésil, c'est au total une chance pour la France, pas un malheur. Le mieux à espérer, c'est que le conte de Noël, là-bas, se poursuive.

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