Reconstruire ? Oui, mais pas à l’identique !

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La Tech française est prête à s'engager sans réserve dans cette politique de souveraineté compétitive (Laurent Giovachini, directeur général adjoint de Sopra Steria et président de la fédération Syntec).
"La Tech française est prête à s'engager sans réserve dans cette politique de souveraineté compétitive" (Laurent Giovachini, directeur général adjoint de Sopra Steria et président de la fédération Syntec). (Crédits : Syntec)
Souveraineté, relocalisation des chaines de valeur, réaménagement du territoire et restauration des capacités d'ingénierie de l’État... : le redémarrage de l'activité économique ne doit pas viser à un retour pur et simple au statu quo ante, selon Laurent Giovachini, directeur général adjoint de Sopra Steria et président de la fédération Syntec. Il préside le comité Souveraineté du MEDEF ainsi que le conseil d’administration de l’ENSTA Paris.

Lorsque l'on s'intéresse à la reconstruction de Notre Dame de Paris, il est permis de s'interroger : faut-il ou non y remonter la même flèche que celle que Viollet-le-Duc avait érigée il y a 160 ans ? Les avis sont légitimement partagés. Quand on examine en revanche les conditions dans lesquelles la relance économique doit intervenir à l'issue de la phase aigüe de la crise sanitaire, le doute n'est pas de mise : le nécessaire redémarrage de l'activité ne doit pas viser à un retour pur et simple au statu quo ante.

Car les maux - plus marqués dans notre pays que chez ses voisins - qui existaient avant la crise (captation de la richesse produite par un petit nombre de grandes métropoles, panne de l'ascenseur social, coût du logement...) pourraient bien si l'on n'y prend garde se trouver fortement aggravés dans les 3 à 5 ans à venir, période dans laquelle nous aurons très vraisemblablement à déplorer la destruction d'un grand nombre d'emplois.

La Tech française pour une politique de souveraineté

Comme ce fut le cas à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'État va être appelé à jouer un rôle déterminant dans le processus de reconstruction. Au-delà des actuelles mesures d'aide aux entreprises en difficulté, une commande publique dynamique et avisée sera nécessaire, au plan national comme au plan local, pour soutenir l'économie, notamment dans les secteurs qui sont appelés à souffrir durablement. Il faudra par exemple, pour compenser ne serait-ce que partiellement la chute de l'activité dans l'aéronautique civile, que les pouvoirs publics accroissent leurs investissements dans les domaines de l'espace et de la défense.

L'État sera également en première ligne pour organiser, en lien étroit avec les filières industrielles concernées, la relocalisation des chaînes de valeur dont la maîtrise par la France ou au moins par l'Europe est jugée nécessaire. La restauration de notre souveraineté dans les secteurs sensibles, comme celui de la santé, aura certes un coût. Mais la perte de compétitivité à laquelle ces "rapatriements" sont susceptibles de conduire sera largement atténuée par l'utilisation des technologies numériques. La Tech française est prête à s'engager sans réserve dans cette politique de souveraineté compétitive.

Réaménagement du territoire

Cette politique de réindustrialisation, il serait dommage de ne pas la mettre au service d'un rééquilibrage de l'activité économique entre les métropoles et le reste du territoire. La phase de confinement que nous vivons met chaque jour en évidence la possibilité pour beaucoup d'entre nous de travailler efficacement depuis notre domicile grâce au digital. Le dogme de la supériorité des hubs, plateaux physiques et autres open spaces est battu en brèche. La nécessité de s'agglutiner dans un petit nombre de quartiers d'affaires surpeuplés est clairement remise en cause.

Chacun s'aperçoit qu'une nouvelle politique d'aménagement du territoire est possible, plus verte, plus humaine, moins risquée sur le plan sanitaire. Une meilleure répartition géographique de la richesse créée est à notre portée, avec ses conséquences positives en termes de transports, de logement et de capacité pour les jeunes ruraux ou « périphériques » à se projeter dans l'emploi qualifié.

Recrutement, une opportunité pour l'État

Pour conduire ces politiques de commande publique avisée, de relocalisation compétitive et de rééquilibrage du territoire, l'État a besoin de restaurer ses capacités d'ingénierie. A l'exception notable de quelques poches résiduelles (au ministère des Armées notamment), les pouvoirs publics ne disposent plus aujourd'hui d'une expertise suffisante pour conduire une véritable politique industrielle, de grands travaux et d'aménagement du territoire. Si les entreprises feront leur maximum dans la période qui s'ouvre pour préserver l'emploi et recruter des talents, nombre d'entre elles vont malheureusement devoir se séparer de profils seniors et vont embaucher, pendant au moins 2 ou 3 ans, beaucoup moins de jeunes diplômés à la sortie des écoles d'ingénieurs et des universités.

Il serait regrettable que l'État ne saisisse pas cette occasion pour se renforcer en compétences en recrutant massivement, pour une durée déterminée et sur des projets précis, ou à plus long terme, des ingénieurs débutants et expérimentés. Il évitera ainsi la multiplication de promotions sacrifiées de jeunes diplômés et la sortie de l'emploi de cadres qui peuvent encore apporter beaucoup à la collectivité !

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Commentaires
a écrit le 22/05/2020 à 11:05 :
Reconstruire ne fait pas parti de leur dictionnaire commun.jusqu’à présent ils ont
le prix Nobel de la destruction sociale absolue.
La pierre de fondement d’une infime reconstruction ( qui est inconnu à leur dictionnaire) est
de «  reconnaître «  ce «  fait »
Seront ils capables d’accepter
leur responsabilité à propos de cette situation actuelle ?
L’urgence est de reprendre
«  l’activité et l’économie « en restant au plus proche de toutes les entreprises et «  geler » les licenciements massifs jusqu’à nouvel ordre « 
C’est «  un minimum «  de responsabilité ...( pas grand chose mais pourtant complètement ignoré )la construction est pour après cette étape .
a écrit le 20/05/2020 à 11:51 :
Après une telle débâcle économique l'avenir ne pourra se faire qu'en utilisant plusieurs leviers: le premier notre organisation politique: décentralisation, une vraie et en finir avec l'Etat protecteur Jacobiun, obèse, lourd, et peu efficace et l'on n'a pu en avoir une preuve éclatante avec cette pandémie; les comparatifs avec nos voisins sont suffisamment parlant. La deuxième en finir avec l'ENA, science Po et toutes les fabriques de fonctionnaires inutiles et dépassées. Donc il faudra ni augmenter les prélèvements obligatoires, ni tailler dans nos dépenses sociales, mais profiter de tout remettre à plat pour faiure des économies de plusieurs points de PIB dans notre organisation: fonction publique nationale, territoriale et suppressions de toutes les combines Francvo Françaises à créer des commissions ou organismes Etatiques comme les ARS, les 1.000 postes inutiles du Ministère de la Santé et bien d'autres.
a écrit le 20/05/2020 à 8:32 :
Il est édifiant de constater qu'à tous les niveaux en France, il est devenu habituel de s'en remettre à l'état plutôt de de chercher à son niveau à apporter sa pierre.
L'état doit ici relancer l'économie en investissant, comprendre dépenser de l'argent, dans des commandes publique, la relocalisation, l'aménagement du territoire et même l'emploi des jeunes ingénieurs en attente de leur embauche par les sociétés de services telles Sopra Stéria. Beaucoup trop d'incantation en vérité. Plutôt que de demander à l'état de faire, dite nous ce que vous proposer de faire vous-même en matière d'embauche, d'aménagement du territoire et le cas échéant en relocalisation. Montrez l'exemple.
a écrit le 19/05/2020 à 12:22 :
Reconstruire a l'identique c'est jouer les faussaires, c'est ne vouloir rien comprendre du passé...
C'est perpétuer une rente sans remise en question et a moindre effort!
Quand on parle de rente c'est toujours en faveur d'une minorité au dépend d'une majorité!
a écrit le 19/05/2020 à 11:41 :
beaucoup de voeux pieux!
decantraliser, c'est bien... avec un etat jacobin c'est autre chose, le seul truc qui a ete decentralise, c'est certains impots ( et encore avec la suppression de la taxe d'habitation qui va etre compense, on en reparle)
paris et le desert francais c'est les annees 70
relocaliser les boites? hahaha tres drole! en plus des impots sans noms, des insultes sur les patrons negriers voyous et autres joyeusereies baveuses, y a toutes les lois ubuesques ( florange dailymotion et consors), et ca c'est quand il n'y a pas en plus des montebourgs dont les sbires proposent de faire rendre gorge a la pharma
revenir produire en france ca n'interesse personne
les capacites de l'etat? oui on voit bien que la ou y a encore c'est ce qui a trait a l'armee... est ce que c'est parce que les militaires n'ont pas le droit de greve ou y a d'autres raisons?
des agences d'etats prises en otage par la cgt sud et fo, ca n'interesse personne ( sauf ceux qui veulent ptaper dans la caisse)
recrutement massifs? comme les tuc de lionel jospin?
on embauche quand on a des projets et c'est triste a dire, la france du nivellement par le bas des l'ecole n'en n'a plus
a écrit le 19/05/2020 à 10:39 :
"La Tech française est prête à s'engager sans réserve dans cette politique de souveraineté compétitive."

Avec des GAFA qui sont maîtres d'internet que notre trop vieille UE gangrenée par sa pathologique cupidité et son incapacité à bouger, à parler pour dire un truc d'intérêt, ne sait que taxer, ça ne va pas être simple. C'est un peu cro-magnon à qui on confierait le projet d'une IA.

"les pouvoirs publics ne disposent plus aujourd'hui d'une expertise suffisante pour conduire une véritable politique industrielle, de grands travaux et d'aménagement du territoire"

Parce que le problème des gens compétents c'est qu'ils connaissent les dégâts structurelles que causent le dumping social et fiscal européen et mondial, les deux mamelles de l'UE qui n'est pas prête d'arrêter de nous tirer des balles dans nos pieds, à nous autres citoyens européens, complètement troués, cela en devient impossible pour avancer.

Encore pire que le dumping social et fiscal comme phénomènes fondateurs, le manque d'intelligence, du moins son éradication imposée par une oligarchie totalement dépassée intellectuellement, en UE ne peut que nous faire couler tous les jours un peu plus.

Courage les gars !

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