Relocaliser, réindustrialiser  : dans quels buts ?

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(Crédits : Gonzalo Fuentes)
La crise sanitaire a suscité différents appels à la relocalisation de la production industrielle, qui constitue de fait l'un des axes structurants du plan de relance. Si cet objectif est souvent présenté comme une évidence, il nécessite des interventions couteuses, qui ne peuvent être mises en œuvre sans que ses motivations soient dûment réfléchies et explicitées. Sébastien Jean, directeur du CEPII et Vincent Vicard, économiste au CEPII.

1-Améliorer le solde courant ou en changer la composition ?

La volonté d'améliorer la balance courante peut constituer un premier motif de soutien spécifique à l'industrie, parce qu'il s'agit du principal secteur échangeable. De fait, la France présente un déficit courant, même si son ampleur limitée (-16 milliards d'euros ou 0,7% du PIB en 2019) et stable n'en fait pas un déséquilibre macroéconomique important. Le déficit des échanges de biens est à peu près compensé par les revenus tirés de l'utilisation de facteurs de production français dans la production à l'étranger : en 2019, la France affichait ainsi un excédent de 21 milliards d'euros au titre des rémunérations de salariés à l'étranger et de 29 milliards au titre des revenus d'investissement, l'excédent des revenus issus des investissements directs à l'étranger (48 milliards) étant partiellement compensé par le déficit des revenus d'investissement de portefeuille. Cette structure de la balance courante, avec un déficit des échanges de biens important qui contribue à la désindustrialisation, reflète le mode d'internationalisation des entreprises françaises. L'inconvénient évident, pour l'économie française, est que les revenus tirés de la production à l'étranger n'apportent pas les mêmes bénéfices que les recettes d'exportation, qu'il s'agisse de volume d'emploi, de recettes fiscales ou de répartition sectorielle de l'activité ; vouloir favoriser les exportations reste donc pertinent, quand bien même les recettes de production à l'étranger devraient être réduites pour éviter de créer de nouveaux déséquilibres macroéconomiques.

2-Défendre l'autonomie stratégique, une nécessité qui doit cibler les produits d'importance critique

La préservation de son autonomie stratégique peut aussi motiver l'intervention de l'État pour soutenir son industrie. Les incertitudes liées à la disponibilité de produits « courants » peuvent être gérées par les entreprises en fonction de la volonté des ménages de payer pour limiter les risques correspondants, sans qu'une intervention publique soit justifiée. En revanche, dès lors qu'il s'agit de biens dont l'importance est critique, dans le sens où un défaut d'approvisionnement est inacceptable pour la collectivité, la puissance publique doit se donner les moyens de sécuriser son approvisionnement, quand bien même cela occasionnerait un surcoût substantiel.

De longue date, cette motivation explique l'intervention forte de l'État dans les secteurs de la défense, de l'énergie et de l'agroalimentaire. La crise sanitaire pointe des fragilités potentiellement problématiques dans deux autres domaines au moins : les produits de santé, étant donné les pénuries constatées de masques, de réactifs pour tests virologiques, de respirateurs, et les inquiétudes qui ont entouré la disponibilité de produits anesthésiques ; les infrastructures numériques, tant leur rôle paraît désormais central pour assurer le fonctionnement de l'économie et la capacité de l'État à gérer les situations de crise. Une intervention de l'État pourrait s'y appuyer sur des aides ciblées, des structures dédiées, des contraintes associées aux commandes publiques, des mesures réglementaires, voire dans certains cas des droits de douane.

L'évaluation détaillée de l'opportunité de telles interventions est cependant complexe. La production sur le territoire permet certes d'exercer un contrôle plus direct et de disposer de bases à partir desquelles une adaptation à une circonstance de crise est plus facile, mais elle ne permet pas toujours de sécuriser la disponibilité des biens, pour laquelle le stockage, la diversification des approvisionnements et les risques associés à chaque fournisseur doivent également être pris en considération.

3-Faire fructifier les externalités du secteur industriel

Le soutien à l'industrie peut, enfin, être motivé par ses spécificités territoriales, sociales et technologiques et par les externalités que celles-ci peuvent engendrer. L'industrie représente aujourd'hui une part de l'emploi total limitée et déclinante dans la plupart des économies riches (10% en France en 2019 pour l'industrie hors construction), mais elle se distingue qualitativement des autres secteurs à la fois par la localisation et la structure et les rémunérations de ses emplois. On trouve ainsi relativement plus d'emplois manufacturiers dans les bassins d'emploi moins densément peuplés, contribuant à la vitalité des territoires en dehors des grandes zones urbaines, y compris par les emplois qu'elle peut induire dans les autres secteurs. En outre, l'industrie valorise relativement bien les qualifications intermédiaires en comparaison des services, que ce soit en termes d'emplois ou de salaires.

L'autre spécificité majeure du secteur manufacturier est technologique, puisqu'il concentre la majorité de la dépense de R&D des entreprises françaises (70% en 2017). Même si l'effort de R&D est déjà puissamment aidé en France par le crédit d'impôt recherche, le processus d'innovation s'appuie souvent sur ses complémentarités avec la fabrication elle-même, qui doit donc être maintenue si l'on veut préserver les « communs industriels » qui permettent des interactions fertiles au niveau des territoires.

En somme, le soutien à la relocalisation, et plus généralement à la production industrielle, peuvent être justifiés, non pas comme une politique systématique, mais comme un outil visant des objectifs bien identifiés. Articuler précisément les buts poursuivis constitue une étape nécessaire pour permettre une mise en œuvre adaptée, c'est-à-dire nécessairement sélective et ciblée.

Vous pouvez retrouvez l'intégralité de la lettre du CEPII ici

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Commentaires
a écrit le 06/10/2020 à 8:55 :
il est grand temps d'analyser
les néfaste de la délocalisation invente par vge et mitterand
pour coupe cours au revendication salariale du type 68 tard
et soutenue ce jour par une grande partie des ecolos et leurs deconstruction.
si la france ne pollue plus ou bien moins que les autres
ceci favorise les autres nation a l'image de l'allemagne avec ces central a charbon
jamais dénonce par nos ecolos francais bien que ceci tire a boulet rouge sue nos central nucleaire et pour quelle raison
les maire de bordeaux et grenoble accepte que leurs ville recoivent ce type d'electricite
voila l'hypocrisie de ces personnes
a écrit le 05/10/2020 à 15:21 :
top des ventes auto en France dans le désordre ce mois ci :
208
2008
dacia sandero
clio 5
captur
Pas une n'est fabriqué en France. Fin de l'histoire.
a écrit le 05/10/2020 à 14:38 :
Pour être indépendant d'une dictature communiste. Mais, certains préfèrent se soumettre pour gagner, apparemment, quelques sous quitte à y perdre leur indépendance. Ils devraient se souvenir de ce qui c'est passé avec Hitler.
a écrit le 05/10/2020 à 12:21 :
il est vrai que le but depuis 20 ans, c'était de permettre des revenus aux actionnaires aux pdg et dg, donc maintenant qu'il n'y a plus d'argent, la perte des savoirs faire, et l'incompétence de vision de gens qui gestionnaire ne savent pas ce qu'est le développement, disons que les mêmes qui ont délocalisé, finalement sont ceux qui n'avaient aucunement réfléchis aux solutions de réindustrialisation.

'(du fiat des revenus) la plupart des gagnants de la délocalisation sont généralement ceux qui n'avaient pas de vison, donc je ne vois pas que le patronat ait changé , qui fera que la vision reviendra !!!

les savoirs faire éparpillés, je suis chanceux d'en avoir eu deux gros savoirs, mais bon les frères, tellement vous êtes loin, et tellement vous prenez tout l'oseille, que je ne fais plus de développement, je préfère laisser les "connaisseurs" faire, puisqu'il semble que l'inertie endogamique pour un développeur, tu sait que c'est pas toi qui fait l'oseille !

Au contraire, tu te retrouves dans un plan social une fois le taff fait, alors désolé pour vous, d'ici 20 ans je regarderai ou cela en est, mais bon tellement les savoirs faire donne de l'avance, que finalement cela me fait constater aussi le vide managérial, d'anticipation, de développement et de préparation a la mondialisation.

Le retard est la, et le nord de l'europe sait qui fait, et qui parle, alors les gars a ces moments intenses d'incertitudes, le vide est devant, moi j'ai eu a la connaitre, mais a présent sachant comment fonctionne le business ici, disons qu'il vaut mieux regarder que participer, ou sinon aller vers des pays qui ont une culture de l'agir et non du constat !

Jamais deux sans trois, donc le trois dépend du choix que l'on fait, et le mien est de regarder "la french tec", nous constaterons donc dans une décade. (je donne rdv dans une décade depuis 20 ans) faut croire que beaucoup de chose sont lisible ici facilement.
a écrit le 05/10/2020 à 11:19 :
La relocalisation n'est qu'un leurre et une chasse a subvention sur des produits sans avenirs! Ne pas oublier que ce sont des multinationales!
a écrit le 05/10/2020 à 10:59 :
Ah ben tiens on oublie le problème écologique comme par hasard...

Crédibilité ? Zéro.
Réponse de le 06/10/2020 à 5:59 :
Mieux vaut faire polluer ailleurs que polluer ici? c’est ça votre vision?
Réponse de le 07/10/2020 à 9:09 :
@ binaire pénible

Non, mieux vaut faire ici sans polluer du tout en protégeant le tout avec du protectionnisme. C'est pas compliqué même toi tu peux arriver à le comprendre je t'assure hein...
a écrit le 05/10/2020 à 10:41 :
oui oui
les francais qui ont mis l'industrie dehors veulent faire revenir le grand capital ccapitaliste pour exploiter des delegues d'ultraneo gauche a 3 briques par mois
et pour faire ca y a les lois alur eckert sapin dailymotion florange, le fait de devoir prevenir le ce en cas de discussion avec une autre entreprise ou pour l'achat d'un taille crayon sous peine de delit d'entrave passible de penal
y a aussi toutes les lois pactes ou on doit dire en quoi on sauve les ours blancs et a quoi on contribue aux bien etre de la france
bien sur les principes de precautions seront prioritaires
bien sur une fois en local il y aura des lois comme celles que subissent els industries auto qui vont aller au tas
bien sur faudra lutter contre le rechauffement et remplir des papiers ubuesques
et bien sur a la fermeture, ca sera goodyear bis, avec appui des elus locaux et manifs d'ultragauche contre les patrons negriers et voyous
alors voila, c'est pas un article universitaire, mais au moins vous savez pourquoi personne ne sera assez con pour revenir
Réponse de le 05/10/2020 à 14:10 :
Une industrie auto, des industries au tas merci pour la conjugaison !

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