Le moins-disant numérique d'Eric Besson

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Copyright Nicolas Reitzaum
Copyright Nicolas Reitzaum (Crédits : Nicolas Reitzaum)
Par Fleur Pellerin, membre de l'équipe de François Hollande, pôle société et économie numérique.

Le numérique est bien plus qu'une question de chiffres : c'est une révolution sociétale, industrielle et populaire qui mérite mieux que le vague plan "France 2020 " présenté par Eric Besson à l'occasion des Assises du numérique. La notion même de plan numérique relève de l'oxymore... Mais qu'on se rassure : le travail de M.Eric Besson ne comporte ni grande vision d'avenir, ni gestion prudente de père de famille !

C'est un ensemble de mesurettes, qui sont non seulement incohérentes entre elles, mais aussi contradictoires avec les nouveaux modèles d'affaires de l'Internet, avec les intérêts stratégiques des entreprises françaises et avec les directives européennes en vigueur ou en préparation. Selon les propres données d'Éric Besson, le numérique représente 3,7% de l'emploi en France, et expliquerait un quart - et bientôt un tiers - de la croissance. En outre, il aurait créé 700.000 emplois depuis quinze ans et en créerait 450.000 de plus d'ici à 2015.

Avec pour toile de fond ces prévisions mirifiques dans la période de crise que nous traversons, chacune des mesures annoncées aujourd'hui apparaît conçue comme si le numérique fonctionnait en silo, secteur par secteur, avec, suivant la méthode qui restera la marque des années Sarkozy, des petits cadeaux entre amis... Développer la 3D ? Créons une chaîne pour cela, et qu'importe si elle se fait sans contenus ni technologie française, faute de moyens adéquats pour les soutenir ! Améliorer la compétitivité ? La valorisation de la recherche sera le modèle de référence, même si le numérique crée des interactions nouvelles entre chercheurs, designers, entrepreneurs et société civile ! Prendre pied dans le "cloud " ? Assimilons-le au calcul intensif et maquillons les investissements d'avenir pour soutenir des programmes déjà prévus depuis plusieurs années !

Le comble est atteint quand M. Besson affirme vouloir soutenir les "start up" alors que la majorité a rogné au printemps le statut des jeunes entreprises innovantes (JEI) et raboté le crédit d'impôt recherche.

La France n'a pas besoin d'un plan 2020 ! Elle dispose déjà d'écoles de niveau international dans tous les secteurs du numérique, d'un vrai terreau d'entrepreneurs et d'acteurs associatifs, souvent très impliqués dans la communauté du logiciel et des contenus libres. Elle a su préserver un vivier de créateurs capables d'alimenter les "tuyaux " et de développer les services sur Internet. Ce qui manque à notre pays, c'est un écosystème en ordre de marche et un environnement juridique stable.

Après les revirements de la droite sur le statut des jeunes entreprises innovantes, que la nouvelle majorité de gauche au Sénat essaie de rétablir, les investisseurs français et étrangers ont besoin d'être rassurés. Les défis de la télévision connectée, de la Net-neutralité, de l'e-santé, de l'e-éducation ou du "green IT ", pour n'en citer que quelques-uns, méritent qu'on s'y intéresse bien plus sérieusement. Après dix ans d'une gestion calamiteuse de l'innovation par la droite, nos entreprises, nos chercheurs et nos start-up ne rêvent que d'une chose : partir ! A nous de leur donner envie de rester. Retrouvons la "french touch " du numérique !

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Commentaires
a écrit le 27/01/2012 à 18:29 :
Les acteurs des Rencontres Internet d'Autrans se sont réunis en Janvier 2012 et ont produit une déclaration sur le développement numérique, en cette année d'échéances électorales.
http://www.autrans.net/spip/Declaration-d-Autrans-2012-projet.html
Elle sera finalisée fin Janvier.
a écrit le 06/12/2011 à 15:56 :
Les vraies priorités autour du numérique devraient être (et par ailleurs interdépendantes) :

1) mise en place d'une vraie alternative non monopolistique de publication sur internet avec achat à l??uvre offrant une vraie plus value à acheter par rapport à pirater (j'ai acheté ça ça marche et puis c'est tout, je ne m'occupe d'aucun fichier, copies, backups, etc, concept atawad), ce qui quoi qu'on en dise à plus ou autant à voir avec le besoin d'une nouvelle fonction et séparation des rôles qu'avec des questions techniques :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/concepts-economie-numerique-draft/

2) Ne pas laisser la "bataille de l'identité sur le net"(utilisation compte facebook, twitter, g+, au autre pour se loguer sur quasi tous les sites ou services) à deux ou trois monstres (prônant en plus le nom anonymat), et en voyant cela plus ou moins comme une fatalité, alors qu'il n'en est rien (à ce propos idenum début d'analyse ):
http://iiscn.wordpress.com/2011/06/29/idenum-une-mauvaise-idee/

3) Pour la lutte anti piratage, arrêter de faire tout à l'envers, c'est à dire prendre l'approche :
a) concentrée sur les centres et non utilisateurs finaux (il y a toujours des centres du fait du besoin de catalogues, "peer to peer" aussi vaste hypocrisie dans les termes et tout le monde le sait)
b) Aucun besoin de monitorer/superviser les flux utilisateurs finaux.
c) besoin de procédures légales et publiques pour le filtrage/blocage des sites: http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/piratage-hadopi-etc

4) Cesser les emplois imbéciles des adjectifs virtuel ou immatériel autour d'internet numérique et compagnie -- symptôme de terrible régression intellectuelle s'il en est une--, et pour l'informatique en général, sortir de son syndrome paroxystique du cordonnier toujours le plus mal chaussé :
http://iiscn.wordpress.com/about/
a écrit le 06/12/2011 à 13:06 :
Il faudrait commencer, pour cela, par remettre de l'ordre dans la représentation du numérique en France : les instances comme le CNN ou le comité de filière des TIC sont peu représentatives de l'ensemble de la filière... "la France numérique d'en bas" y est totalement absente en effet (petites entreprises, associations professionnelles, utilisateurs, syndicats...)

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