Le niveau de l'euro ravive la fracture européenne

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Même si, sur les marchés financiers et notamment le marché de la dette, la fracture (ou plus exactement la « fragmentation ») se réduit entre les Etats de la zone euro, comme se plait à le rappeler Mario Draghi à chaque réunion de la BCE, la situation politique semble prendre le chemin inverse.

 

On connaissait déjà la fracture économique entre les pays du « Nord » et ceux du « Sud » de la zone euro, comme en témoigne la concentration de « AAA » dans la partie nord de l'Europe... mais cette fracture s'était, du moins en apparence, réduite lors des différentes rencontres européennes et notamment le sommet de juin 2012 au cours duquel les grande lignes directrices pour les années à venir avaient été mises en place (union bancaire, fonds de soutien MES, aide au secteur financier espagnol, etc..).

 

Ce consensus sur le fond et sur la forme a tout de suite plu aux marchés qui ont dès lors commencé à inverser leur trajectoire hésitante avant d'être catapultés à la hausse par l'intervention de Mario Draghi quelques jours plus tard. Cette volonté affichée en juin de renforcer les outils de la convergence européenne et de mettre en place les pare-feu nécessaires aura duré jusqu'à ce que les discussions sur le budget européen ravivent les tensions entre pays membre de la zone euro et plus largement, de l'Union Européenne.

Des divergences profondes qui persistent

Mais ce sont les déclarations sur le niveau de l'euro par rapport aux autres devises qui ont remis au grand jour les divergences profondes qui persistent au niveau européen et l'exercice extraordinairement délicat d'appliquer une politique monétaire commune à des Etats présentant des structures et un tissu économique très différents. C'est d'ailleurs un point qu'avait, il y a quelques mois, soulevé le président de la FED au sujet de la zone euro en déclarant que les Etats-Unis avaient une politique monétaire et budgétaire commune alors que la zone euro disposait d' une politique monétaire commune (via la BCE), mais d'autant de politiques budgétaires qu'il y a d'Etats membres.

 

Un des premiers pays à « ouvrir le feu » sur le niveau de l'euro a été la France par la voix de son ministre de l'Economie, rapidement suivi par le Président lui-même. Réaction immédiate de l'Allemagne par l'intermédiaire du porte-parole de la chancelière qui a déclaré que l'euro n'était pas surévalué. Même rapidité de réaction lorsque la France a émis l'idée d'une politique monétaire en zone euro : les taux de change doivent être librement fixés par le marché selon les dirigeants allemands. Le président de la Bundesbank lui-même s'est exprimé à ce sujet en confortant les propos de l'exécutif.

Les marchés d'abord attentifs aux décisions politiques

Depuis que ce débat sur le niveau de l'euro s'est intensifié, les marchés ont tout de suite cessé leur progression, nous rappelant (même si c'est à un moindre degré) que les divergences politiques et l'absence de consensus qui prédominaient au plus fort de la crise de la dette avaient fait plonger les marchés à des niveaux extrêmes, niveaux ne reflétant plus les fondamentaux économiques réels de la zone euro. C'est bien l'absence de consensus politique au plus fort de la crise de la dette qui a catalysé la baisse des marchés et fait flamber les taux d'emprunt des pays fragiles. Bien au-delà des conséquences économiques réelles...

Les marchés nous rappellent une nouvelle fois depuis quelques jours qu'ils sont autant attentifs aux décisions « politiques » qu'aux statistiques économiques. Face à la vague de politiques monétaires accommodantes au Japon, Etats-Unis ou encore Grande-Bretagne, la zone euro devra parler d'une seule voix au risque de brouiller le message délivré et de freiner la timide reprise qui s'annonce pour le second semestre 2013.

Le G20 à Moscou en fin de semaine sera une occasion à ne pas rater...

 *analyste chez Saxo Banque

 

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Commentaires 15
à écrit le 14/02/2013 à 16:59
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En tant qu'allemand et fonctionnaire je me dis que pour le moment, grâce a nôtre excédent de la balance commerciale de 16 Milliards PAR MOIS en moyenne et ceci depuis plus de 10 ans. Nous profitons plus que quiconque de l'UE et de l'Union Monétaire, ...

le 14/02/2013 à 17:19
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Vous êtes digne d'être français ! mais ne le seriez vous pas ? Marine, ouvre tes bras !

le 14/02/2013 à 17:28
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Entièrement d accord , les allemands pratiquent un néocolonialisme en Europe de l est ,je vais souvent en Roumanie , les allemands rachètent tout mais les francais sont juste derrière , comme les autrichiens et les hollandais , mais notre chasse gar...

le 16/02/2013 à 11:13
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Grossiere Erreur, vous faites encore comme en 40, vous etes tout petit en face il y a les ogres Chinois et Indiens qui debarquent, ils vont laminer votre industrie, de plus vos établissements financiers sont attaqués avec succes par les banques Franc...

à écrit le 14/02/2013 à 16:58
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Assez d'accord. La crise de la zone euro a d'abord été politique avant d'être économique. les tergiversations sur les mesures à prendre pour endiguer la crise ont laissé penser que la zone euro exploserait. La maison brulait et au lieu d'éteindre l'i...

à écrit le 14/02/2013 à 16:08
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Une devaluation doit être une surprise, et des manoeuvres sont toujours faite pour eviter la spéculation pour faire croire le contraire, dans Eurogroupe seul Allemagne est contre en apparence, les Anglais ont peur mais il n ont aucune crédibilité sur...

le 14/02/2013 à 16:25
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bonne analyse mais hélas peu probable, il est bien dommage que nous ne prenions pas contience du probleme plus vite comme en 1931 ou par surprise les anglais ont dévaluer puis le Japon et les US, en France nous ne l'avons pas fait le pays etant au au...

à écrit le 14/02/2013 à 15:58
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Par contre, je suis entièrement d'accord avec l'auteur lorsqu'il écrit que l'absence de consensus politique a précipité la crise. Face aux marchés, l'accompagnement en faveur de la convergence de la zone euro a fait défaut beaucoup trop longtemps.

à écrit le 14/02/2013 à 15:50
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Cette analyse n'est pas correcte. La divergence a été provoquée par le réseau financier anglo-saxon qui a imposé des taux discriminatoires et divergents, ce que nos politiques et nos industriels ne comprennent pas toujours. Il y a un conflit d'intérê...

à écrit le 14/02/2013 à 15:42
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c'est une simple question de temps, Allemagne est contre mais quand son industrie sera pris au piége indo/chinois il viendrons a cette idée de monaie trop forte, les Anglais son hors jeu ce qui fonctionne bien c'est la city et les fonds de pensions ...

le 14/02/2013 à 16:05
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L allemagne a un excédent de 180 Milliard d' euro , elle a toujours reussit a s adapter a une monaie forte, qui permet une inflation faible mais necessite une forte innovation . Le problèmes de la france est qu historiquement ,avant l euro elle privi...

le 14/02/2013 à 16:42
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La balance commercial ne doit pas cacher la réalité de endettement de Allemagne 2000 milliards d'Euro deux fois notre dette et ce n'est pas structurel comme en france alors pas de possibilite de faire des reforme pour reduire, Allemagne paye toujours...

à écrit le 14/02/2013 à 15:35
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L'Europe a besoin de compromis pour avancer. Pour y parvenir, chaque partie prenante défend ses intérêts. La France qui a à la fois de l'industrie, qui importe pour exporter, et de l'agroalimentaire qui exporte, hors Europe, sans importer, doit défen...

à écrit le 14/02/2013 à 15:01
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Nous voici pieds et poings liés. Nous n'avons plus notre destin en main et nous ne pouvons pas défendre nos intérêts au G20 à cause des divergences des dirigeant de la zone EURO. Les états européens ont le cul entre deux chaises, une monnaie commune ...

le 14/02/2013 à 15:48
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La volonté politique, c'est une chose. La réalité, notamment économique, en est une autre. Les intérêts des Allemands ne sont pas ceux des Italiens qui ne sont pas ceux des Français qui ne sont pas ceux des Autrichiens qui ne sont pas ceux des Espagn...

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